Apóstolos Tzitzikóstas, le commissaire aux Transports et au Tourisme durables, a présenté, mercredi 5 mars, son Plan d'action industriel pour le secteur automobile européen. Si les mesures ont été plutôt bien accueillies, le report des normes d’émissions de CO2 visant à donner aux constructeurs un délai de trois ans pour s’y conformer n’a pas fait l’unanimité.
D’emblée, le commissaire a rappelé que le secteur automobile contribue à hauteur de 7% au PIB de l'UE et emploie directement et indirectement quelque 13,8 millions de personnes. « Cette industrie fait partie de notre histoire et est une source de fierté, mais aujourd'hui, elle est menacée », a-t-il souligné.
Il a rapidement évoqué les financements qui seront mis à disposition : - jusqu'à 50 milliards d'euros dans le cadre d'InvestEU pour les technologies et la mobilité propres ; - 1,8 milliard d'euros du Fonds pour l'innovation pour la fabrication de batteries ; - 1 milliard d'euros d'Horizon Europe pour les véhicules connectés et autonomes et les batteries ; - 570 millions d'euros au titre de la 'Facilité pour l'infrastructure des carburants alternatifs' pour les points de recharge. Il a ajouté un financement pour le développement des compétences, dont 90 millions d'euros provenant d'Erasmus+ pour la formation de la main-d'œuvre et un financement supplémentaire pour les petites et moyennes entreprises (PME), dont le montant n’a pas été précisé.
Flottes d’entreprises. Le plan d'action et ses initiatives phares, détaillés mardi 4 mars par Agence Europe (EUROPE 13592/4), sont assortis d’une communication pour décarboner cette part du marché. Les immatriculations d'entreprises représentent environ 60% de toutes les immatriculations de voitures (EUROPE 13572/7). La Commission a émis plusieurs suggestions à destination des États membres, notamment au niveau fiscal ou de la mobilité urbaine.
« Ces mesures viendront compléter nos efforts pour décarboner la mobilité dans les villes tout en soutenant les constructeurs automobiles pendant cette période difficile », a réagi Thomas Lymes, qui défend les intérêts du réseau de villes européennes Eurocities.
D'ici le troisième trimestre 2025, la Commission lancera une initiative visant à accélérer le déploiement de véhicules à émissions nulles dans les flottes de location de certains aéroports, afin de garantir des connexions améliorées au réseau électrique et de faciliter le déploiement d'infrastructures de recharge utilisées par les sociétés.
« Ces dernières années, nous avons mis l’accent sur le déploiement de l’offre. [...] Le plan de la Commission va enfin garantir des débouchés grâce à des mesures de soutien à la demande, notamment avec une législation pour verdir les flottes d’entreprises », s’est réjoui l’eurodéputé Pascal Canfin (Renew Europe, France).
Divergence d’opinions autour du report des normes d’émissions de CO2. Annoncé par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lundi 3 mars, le délai de trois ans octroyé aux constructeurs automobiles et la levée des pénalités sont soit trop indulgents pour l’industrie, soit pas assez.
Sigrid de Vries, directrice générale de l'Association des constructeurs européens d'automobiles (ACEA), a déclaré que cette mesure « promet de donner un peu de répit aux constructeurs de voitures et de camionnettes, à condition que les mesures relatives à la demande et à l'infrastructure de recharge, qui sont indispensables, soient effectivement mises en œuvre. »
Au sein du PPE, pas d’unanimité non plus. Alors que l’eurodéputé allemand Peter Liese a salué le fait que la proposition « garantit que les objectifs climatiques de l'Union européenne restent en place », « le Groupe PPE espér[ait] un engagement clair à réviser rapidement l'interdiction des moteurs à combustion interne ». « Je regrette la décision idéologique du 'tout électrique' du précédent mandat. Il est important d’avoir une approche neutre sur le plan technologique pour encourager l’innovation », a estimé le Français Laurent Castillo.
« Nous considérons que le concept d''électricité seule' est un avantage incroyable pour les Chinois », a regretté également Guido Guidesi, président de l'Alliance des régions automobiles (ARA) du Comité européen des régions.
« Ce n'est pas en ralentissant l'électrification que l'on atténuera les droits de douane et les autres vents contraires qui sévissent à l'échelle mondiale. Cela ne fera que donner à la Chine une avance encore plus grande sur les voitures électriques », a rétorqué Julia Poliscanova, du centre de réflexion Transport & Environment (T&E).
De même, Agustín Reyna, directeur général du Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC) considère que cette mesure « envoie vraiment un mauvais signal aux consommateurs ». « Elle ne fera que dissuader les constructeurs automobiles de proposer de nouveaux modèles plus abordables jusqu'à la fin de la décennie. Les consommateurs n'auront plus le choix qu'entre des options plus coûteuses », a-t-il déploré.
Lire le plan d'action : https://aeur.eu/f/fr3 ;
Lire la communication sur les flottes d'entreprises : https://aeur.eu/f/fr4 (Anne Damiani, avec la rédaction)