La Commission européenne veut rendre l’UE plus compétitive et, pour cela, il va falloir s’attaquer au chantier des compétences et lacunes des élèves dans des disciplines clefs ainsi qu’aux pénuries de main-d’œuvre dans des secteurs stratégiques, comme les technologies vertes ou l’aérospatiale.
C’est l’objectif de l’'Union des compétences', lancée mercredi 5 mars par la vice-présidente exécutive chargée des Emplois de qualité, des Droits sociaux et de la Préparation, Roxana Mînzatu, qui constituera « l'une des réponses essentielles aux lacunes et pénuries de compétences » dans l'UE, a-t-elle décrit.
L'Union recoupe des dizaines d’initiatives sur trois ans, essentiellement non législatives, et doit permettre aux citoyens de toute l'UE de développer leurs compétences dans leur vie professionnelle tout au long de leur vie, de remédier au déséquilibre entre les sexes et d'aider les entreprises à trouver les travailleurs dont elles ont besoin.
Elle doit répondre à trois défis : - le besoin de compétences plus nombreuses et de meilleure qualité alors que l’UE subit des pénuries de diplômés qualifiés, mais aussi de personnes ayant suivi un enseignement et une formation professionnels ; - un problème d’acquisition des compétences de base - un adulte sur cinq dans l’UE n'ayant pas de compétences de base ; - la fragmentation des politiques, qui affecte aussi le développement des compétences et qui demande plus de coordination dans la prévision des compétences et l'adéquation entre les besoins et l'offre.
L’Union se décline ensuite en quatre volets : - bâtir les compétences ; - recycler les compétences ; - faire circuler les compétences ; - attirer, maintenir et développer les compétences en retenant notamment les ressortissants des pays tiers.
Alors que l’UE reste actuellement très loin de son objectif de réduire la part des élèves en sous-performance en alphabétisation, en mathématiques, en sciences et en compétences numériques en deçà de 15% d'ici 2030, que près d'un jeune de 15 ans sur trois ne possède pas les compétences de base en mathématiques et un sur quatre n'atteint pas le niveau minimum en lecture et en sciences, le premier volet est logiquement le plus urgent.
La Commission a donc proposé deux plans d’action ce mercredi : un sur l’acquisition des compétences de base et un autre plan stratégique sur les STEM, l’acronyme de science, technologie, ingénierie et mathématiques.
Il s’agira, pour le premier, d’appeler à mettre en place des mécanismes d'identification précoce et un suivi régulier pour renforcer le soutien immédiat aux enfants et aux jeunes en difficulté, avec un soutien personnalisé. Cela implique d’associer la communauté au sens large, la communauté locale et les parents et un projet pilote sera lancé. Le plan STEM se concentre plus spécifiquement sur les secteurs stratégiques et leur lien avec l’agenda de compétitivité de l'UE.
La Commission propose ici de mettre en place un « panel exécutif STEM, qui réunira le secteur de l'éducation et le secteur des affaires » pour travailler sur les programmes d'études et collaborer avec le secteur de l'éducation et le secteur des entreprises.
Plusieurs cibles sont ici fixées pour 2030, comme le fait de faire parvenir à 45% la part des étudiants engagés dans un cursus de formation STEM, dont une femme sur quatre, contre 36% actuellement.
En ce qui concerne la part des étudiants inscrits dans les domaines STEM au niveau tertiaire, il s’agira de porter cette part à 32% (contre 27%), et également au niveau du doctorat pour le secteur des technologies de l'information et de la communication (TIC), il faudra porter la part à 5%, contre 3,7% aujourd'hui.
La Commission prévoit encore une initiative sur l'intelligence artificielle dans l'éducation ainsi qu'une initiative sur le manque d'attrait de la profession d'enseignant et le manque d'enseignants.
Sur le troisième volet de la circulation des compétences, 2026 sera marquée par une initiative sur la transférabilité des compétences, avec une reconnaissance automatique.
Pour attirer et retenir les compétences des pays tiers, un projet de 'réservoir de talents' pour le secteur des technologies de l'information sera proposé ; la révision de la stratégie sur les visas, prévue fin 2025, doit aussi servir cet objectif.
La Commission lancera aussi un appel pilote 'Choose Europe' doté d'un budget de 22,5 millions d'euros pour « attirer les meilleurs talents du monde entier, en offrant d'excellentes conditions de travail et d'emplois scientifiques et des perspectives de carrière ».
Pour la gouvernance, un Observatoire européen des compétences fournira des données et des prévisions sur les compétences.
Un comité européen de haut niveau sur les compétences, réunissant les chefs d’entreprise, les prestataires d’enseignement et de formation et les partenaires sociaux, sera aussi mis sur pied.
Au niveau des financements, la Commission rappelle que l’UE consacre déjà 150 milliards d’euros à travers ses différents fonds. Elle mise sur les financements publics et privés et le programme Invest EU.
Lien vers les documents : https://aeur.eu/f/fqh ; https://aeur.eu/f/fqi ; https://aeur.eu/f/fqj (Solenn Paulic)