À une semaine de la présentation du plan d’action pour des prix abordables de l’énergie (EUROPE 13582/2), le commissaire européen à l’énergie, Dan Jørgensen, a souligné, jeudi 20 février, devant une poignée de journalistes, dont Agence Europe, la nécessité d’opérer des « changements transformateurs » face à un contexte géopolitique marqué par le rejet des États-Unis des politiques climatiques, mais a toutefois, laissé entendre que l’UE pourrait importer davantage de gaz américain.
« Le fait que les États-Unis s'éloignent maintenant de l'agenda vert et mettent un terme à la transition écologique ne signifie pas que nous ferons de même. Quand ils reculent, nous avançons », a-t-il affirmé.
Pour maintenir cet agenda vert et, en même temps, agir sur les prix élevés de l’énergie en Europe face aux concurrents américains et chinois, le commissaire a mentionné une série d’actions prioritaires.
Il souhaite ainsi miser sur l’accélération de la production d’énergie renouvelable domestique, l’investissement dans les infrastructures de réseaux électriques, l’action sur la taxation de l’énergie ou encore le découplage entre les prix de détail de l’électricité et ceux du gaz par l’utilisation d’outils financiers à long terme, comme les contrats PPA (‘power purchase agreements’).
Sortie des combustibles fossiles russes. Le commissaire a également souligné la nécessité de se défaire totalement des importations de gaz russe dans l'UE, qui représentent encore une part de 13%. La Commission présentera donc, fin mars, une 'feuille de route' consacrée à la sortie d'ici 2027 des combustibles fossiles russes, comme le gaz et le pétrole, mais possiblement aussi les matières premières nucléaires.
Davantage de GNL américain. Toutefois, M. Jørgensen n’envisage pas aujourd'hui de sortie définitive du gaz fossile, en ce compris le gaz naturel liquéfié américain (GNL), malgré l’écart politique qui se creuse entre Washington et Bruxelles.
« Nous avons toujours besoin de gaz, et nous devrons trouver d'autres sources d'approvisionnement que celles provenant de Russie. Cela peut également se traduire par des importations plus importantes en provenance des États-Unis », a-t-il affirmé devant la presse.
Dans une version provisoire du plan d’action pour des prix abordables de l’énergie (EUROPE 13582/2), la Commission souligne la volonté de s’engager dans des contrats à plus long terme pour obtenir des volumes de gaz naturel liquéfié (GNL), et ce malgré la fin des contrats à long terme pour la fourniture de gaz fossile après 2049, actée dans le paquet 'gaz' (EUROPE 13455/26) pour s’aligner avec l’objectif de neutralité carbone d’ici 2050.
Le document provisoire mentionne même l’investissement dans des infrastructures d’exportation à l’étranger - sans mentionner de pays - s’inspirant éventuellement du « modèle japonais » impliquant l’achat de participations dans des entreprises de GNL à l’étranger en échange d'un accès continu au gaz à des prix préférentiels.
Soutien au nucléaire. Plus tôt dans la journée, M. Jørgensen avait appelé les députés de la commission de l’Industrie, de la recherche et de l’énergie (ITRE) du Parlement européen à faire preuve d’unité au sein de l’UE en « ces temps de division », en particulier sur la question des sources composant le mix énergétique européen.
Le commissaire a ainsi reconnu que l’énergie nucléaire continuerait à faire partie de ce mix à l’avenir et qu’il présenterait prochainement le nouveau rapport PINC pour évaluer les besoins en investissement, ainsi qu’une stratégie pour les petits réacteurs modulaires (‘SMR’) et une stratégie pour la fusion.
Objectif d’énergies renouvelables pour 2040. Le commissaire a rappelé toutefois que l’expansion du nucléaire dans les prochaines années ne serait pas aussi importante que celle des renouvelables. « Sur l'ensemble des centrales énergétiques qui sont en train d'être construites sur la planète, 85% sont renouvelables, 5% sont nucléaires et les 10% restants sont des centrales au gaz ou au charbon », a-t-il détaillé.
Il a donc réaffirmé clairement sa volonté de présenter un objectif renouvelable à l’horizon 2040, tel que mentionné dans sa lettre de mission, mais décrié par les défenseurs de l’atome, qui militent pour un objectif commun incluant à la fois les énergies renouvelables et le nucléaire d’ici 2040.
Il a ensuite indiqué que la Commission ne prévoyait pas pour l’instant de présenter un objectif pour l’efficacité énergétique pour 2040. (Pauline Denys)