« Je ne peux pas accepter l'idée que nous avons entamé les négociations sans penser aux agriculteurs. C'était la partie la plus difficile à négocier. Nous avons négocié de manière extrêmement dure. Nous avons été très fermes », a déclaré le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, qui a défendu d’arrache-pied, jeudi 30 janvier, l'accord de commerce UE/Mercosur devant la commission de l’agriculture du Parlement européen (EUROPE 13559/4).
Il a ajouté, face aux critiques de certains eurodéputés, que la Commission négociait toujours ces accords de libre-échange « en plaçant les agriculteurs en tête de ses priorités ».
Il a aussi logiquement rejeté l'idée « que nous avons sacrifié les agriculteurs sur l'autel des exportations de l'industrie. Ce n'est pas vrai ».
Il a insisté auprès d’Herbert Dorfmann (PPE, italien) sur le besoin « géopolitique » de trouver de nouveaux accès au marché et a dit à Dario Nardella (S&D, italien) que cet accord, « le plus important jamais conclu », est quatre fois plus conséquent que l’accord avec le Japon. « Il est très important pour notre économie et je pense qu'il est très important pour nos agriculteurs », a-t-il fait valoir.
Mesures de sauvegarde. Maroš Šefčovič a répété que des contingents tarifaires très bas sont prévus pour les produits sensibles, de même que des contrôles SPS rigoureux et un chapitre sur le commerce et le développement durable « très ambitieux ».
Plusieurs députés ont demandé des garanties sur l’interdiction du bœuf traité aux hormones. « Pour nous, les normes SPS ne sont absolument pas négociables. Le bœuf aux hormones n'arrivera tout simplement pas sur le marché européen », a promis le commissaire au Commerce. Et d’ajouter : « Lorsque nous détectons un risque potentiel d'introduction du bœuf aux hormones en Europe, nous arrêtons tout simplement l'autorisation pour ces installations, pour ces abattoirs, d'exporter cette viande vers l'Union européenne ». Il a promis aux eurodéputés inquiets que l’UE augmentera encore la qualité des contrôles.
27 audits ont été réalisés par la Commission dans ces pays, a rappelé le commissaire à l'Agriculture, Christophe Hansen, présent aux côtés de Maroš Šefčovič.
Autre argument avancé par le commissaire au Commerce : la Commission prépare actuellement la réforme douanière la plus profonde depuis la création de l'Union douanière, avec une nouvelle agence douanière européenne et un nouveau centre douanier, où tous les fonctionnaires disposeront d'un seul logiciel. « Nous aurons de bien meilleurs renseignements, une bien meilleure évaluation des risques et nous pourrons contrôler plus en détail non seulement les produits agroalimentaires, mais aussi tous les produits entrant dans l'Union européenne ».
Concernant la viande bovine (l’UE autorisera en cinq ans l’entrée sur son marché de 99 000 tonnes de viande bovine assujetties à un droit de 7,5%), le commissaire Christophe Hansen a répondu à Norbert Lins (PPE, allemand) que le quota actuel de bœuf Hilton (10 000 tonnes) venant en plus sera libre de droits. L'UE importe déjà 200 000 t de bœuf en provenance de ces pays et il n'est pas certain que ces 99 000 t s'ajouteront à ces volumes, a dit M. Hansen, en répondant à Luke Flanagan (La Gauche, irlandais).
Concernant les vins, le commissaire au Commerce a évoqué les chiffres actuels des exportations (entre 221 et 388 millions d'euros par an), avec des droits de douane allant jusqu'à 35%, « et ces droits disparaîtront », a-t-il relevé. L’élimination des droits s’appliquera aussi à l'huile d'olive et à de nombreux autres produits pour lesquels l'Europe est traditionnellement très forte.
L'Italie est l'un des principaux producteurs en ce qui concerne les indications géographiques protégées de l’UE. « Tous vos fromages célèbres, vos vins, vos produits ne peuvent plus être imités. Ils seront protégés, vendus à un prix plus élevé », a clamé Maroš Šefčovič.
Clause de révision. Les commissaires ont rappelé l’introduction dans l’accord d’une clause de révision qui prévoit qu'après trois ans d'application de cet accord, nous réexaminerons l'accès au marché et le respect du chapitre sur le commerce et le développement durable. « Cela nous donnera une nouvelle occasion de voir comment l'accord fonctionne, s'il y a des divergences, des anomalies, des problèmes. Nous corrigerons tout ce qui ne va pas », a assuré M. Šefčovič.
Par ailleurs, il a vanté les mérites de l’accord en ce qui concerne les nouvelles possibilités de diversification de l'approvisionnement en matières premières essentielles, pour contribuer à la compétitivité de l'économie européenne. (Lionel Changeur)