Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a promis, mercredi 4 décembre, qu’il se battrait pour que les Alliés dépensent plus en défense.
Estimant que dépenser 2% du PIB en défense n’était « simplement pas suffisant, si, à long terme, nous voulons maintenir notre dissuasion au niveau où elle est maintenant », M. Rutte a expliqué, à la fin de la réunion des ministres des Affaires étrangères des pays membres de l'OTAN à Bruxelles, qu’il se « battrait » pour que les Alliés dépensent plus.
« Il est absolument clair que si l'on veut maintenir la dissuasion au niveau actuel, 2% ne suffiront pas », a insisté le secrétaire général, connu, quand il était Premier ministre néerlandais, pour être frileux sur les dépenses.
« Maintenant, tout va bien, nous pouvons nous défendre et personne ne devrait essayer de nous attaquer. Mais je veux que cela reste pareil dans quatre ou cinq ans. C'est donc le débat que nous aurons. Ensuite, la question sera de savoir quel devrait être le pourcentage. S'agit-il d'un pourcentage ou faut-il envisager d'établir des objectifs spécifiques à chaque pays en fonction de leurs lacunes en matière de capacités ? C'est un débat que nous devrons avoir au sein de l'Alliance », a-t-il estimé.
Le secrétaire général a également estimé qu’il fallait renforcer la base industrielle de défense. « Nous ne produisons pas assez, à des prix trop élevés, et la livraison est trop lente », a-t-il expliqué, ajoutant que l'industrie de la défense devait donc mettre en place davantage de rotations et de lignes de rotation. Selon lui, les entreprises transatlantiques, y compris de l’UE, doivent travailler en étroite collaboration pour garantir une production à un rythme beaucoup plus élevé et à un prix acceptable.
Le même jour, l’Agence européenne de défense a dévoilé les chiffres des dépenses de défense des États membres pour l’an dernier. Ainsi, en 2023, huit États membres ont consacré 2% ou plus de leur PIB à la défense en 2023, contre cinq États membres en 2022. La Pologne a consacré 3,3% et l’Estonie 3%. De leur côté, l'Irlande, Malte, le Luxembourg et l’Autriche ont dépensé moins de 1%.
Voir le document : https://aeur.eu/f/en1
Changer la trajectoire de la guerre. Le secrétaire général est également revenu sur la situation en Ukraine, estimant que cet hiver pourrait être « le plus difficile pour l’Ukraine depuis 2022 » alors que la Russie poursuit ses bombardements incessants et qu’elle progresse sur la ligne de front.
« Nous devons faire plus que simplement maintenir l’Ukraine dans le combat. Nous devons lui fournir un soutien suffisant pour changer la trajectoire de ce conflit une fois pour toutes », a plaidé M. Rutte. « Changer la trajectoire signifie que nous voulons amener l’Ukraine dans une position de force afin qu’un jour, le gouvernement ukrainien puisse entamer des négociations avec les Russes sur la manière de mettre fin à ce conflit », et que le jour où il voudrait le faire, « (Vladimir) Poutine comprenne qu’il n’y a pas d’échappatoire », a-t-il expliqué.
Le secrétaire général a également mis en garde contre l’alignement croissant de la Russie, de la Chine, de la Corée du Nord et de l’Iran, rappelant qu’en échange de troupes et d’armes, la Russie fournissait à Pyongyang un soutien pour ses programmes de missiles et nucléaires. « Ces développements pourraient déstabiliser la péninsule coréenne et même menacer les États-Unis. La guerre illégale de la Russie en Ukraine nous menace donc tous », a-t-il prévenu.
Le secrétaire général, qui avait invité la Haute Représentante de l’UE, Kaja Kallas, à participer au dîner consacré à l’Ukraine, a rappelé que l’UE était un « partenaire essentiel » de l’Alliance. « Nous coopérons sur toute une série de questions, de notre soutien à l’Ukraine à la mobilité militaire et à l’augmentation de la production de défense », a-t-il expliqué, se réjouissant de développer cette coopération.
Renforcer la lutte contre les actions hostiles de la Russie. Les Alliés ont également discuté « de la posture de plus en plus agressive de la Russie ainsi que de sa campagne croissante d’actions hostiles dans les pays de l’OTAN ».
« Nous avons constaté une forte augmentation de ces attaques et nous devons demander des comptes aux auteurs », a prévenu M. Rutte.
Il a annoncé que les ministres s’étaient mis d’accord sur une série de mesures proactives pour contrer les activités de la Russie, notamment un renforcement des échanges de renseignements, davantage d’exercices, une meilleure protection des infrastructures critiques, une meilleure cyberdéfense et des mesures plus strictes contre la 'flotte fantôme' de navires exportateurs de pétrole de la Russie. Selon M. Rutte, l'Alliance travaille en étroite collaboration avec l’UE sur ces questions. (Camille-Cerise Gessant)