Le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a appelé la communauté internationale, dimanche 24 novembre depuis Beyrouth, à faire pression sur Israël et sur le Hezbollah afin qu’ils acceptent un cessez-le-feu négocié par les États-unis.
« Nous devons faire pression sur le gouvernement israélien et maintenir la pression sur le Hezbollah pour qu'il accepte la proposition américaine de cessez-le-feu. Cela a été accepté », a-t-il expliqué. M. Borrell a espéré que l'accord conclu avec l'envoyé spécial américain soit « enfin mis en œuvre et que le cessez-le-feu interviendra et que les bombardements cesseront de faire des morts au Liban ».
Lundi, l’ambassadeur israélien aux États-Unis, Mike Herzog, a estimé, auprès de la radio de l’armée israélienne, que, même s’il restait « des points à finaliser » et que tout accord nécessitait l’accord du gouvernement, « nous sommes proches d’un accord ». « Cela peut se faire dans les jours à venir ».
M. Borrell a plaidé pour « un cessez-le-feu immédiat et simultané par toutes les parties et la mise en œuvre intégrale de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations Unies ».
Le Haut Représentant a estimé que « ce qui se passe au Moyen-Orient, en particulier à Beyrouth, met la communauté internationale à l’épreuve pour savoir si nous sommes vraiment disposés et capables de faire la paix ».
« Le prix de l’absence de paix au Moyen-Orient est devenu exorbitant, inabordable pour les gens qui meurent sous les bombes, pour le peuple libanais, pour la région et pour le monde entier », a-t-il prévenu, estimant que le Liban était « au bord de l’effondrement ».
Plus de 3 500 personnes auraient déjà été tuées au Liban, « soit trois fois plus que lors du conflit de 2006 », et 15 000 auraient été blessées.
Solution à deux États. La veille, à Chypre, à l’occasion d'une réunion de la Coalition des deux États pour Israël et la Palestine, le Haut Représentant avait insisté sur l’importance de la mise en œuvre de cette solution, en mettant en avant cinq principes : soutenir le camp de la paix, affronter les fauteurs de troubles, s’en tenir aux faits et, donc, lutter contre la désinformation, protéger le droit international et faire en sorte que l'UE joue un rôle dans la mise en œuvre d'une solution à deux États.
M. Borrell a aussi appelé à protéger le droit international. « Nous ne pouvons pas prétendre défendre un ordre international fondé sur des règles et ne pas appliquer la décision de la Cour pénale internationale. Nous ne pouvons pas choisir les décisions qui nous plaisent et celles qui ne nous plaisent pas », a-t-il prévenu (EUROPE 13530/13), estimant qu'il y avait « trop d'impunité » dans cette guerre.
De plus, selon lui, il n’est pas possible de prétendre être et de se présenter comme les gardiens du droit international si les Européens regardent « de l’autre côté » lorsque le droit international est violé. Ainsi, « quand la Cour internationale de justice dit que l’occupation est illégale, elle est illégale. Et si elle dit que l’occupation des territoires palestiniens doit prendre fin le plus rapidement possible, n’est-ce pas une chose qui doit être soutenue par tout le monde ? Ou est-ce de la pure rhétorique ? », s’est-il interrogé, faisant un parallèle avec la Crimée.
M. Borrell a rappelé que l'UE avait interdit l'importation des produits en provenance des territoires occupés parce qu’ils étaient illégalement occupés alors que les produits des territoires palestiniens occupés sont seulement étiquetés. « Nous devons faire exactement la même chose que nous avons fait avec la Crimée, sinon l’accusation de 'deux poids, deux mesures' viendra et il sera difficile de la réfuter », a-t-il estimé.
Enfin, le chef de la diplomatie a souhaité que l'UE utilise le levier dont elle dispose. « L’UE est pertinente quand elle veut l’être. Pour être pertinente, il faut être unie, sinon ce n’est pas possible. Nous devons continuer à faire ce que nous avons toujours fait avec brio : défendre la réalité internationale et promouvoir la solution à deux États », a-t-il rappelé, expliquant que la question est de savoir ce qu'il faut faire pour mettre en œuvre cette solution. « La mise en œuvre signifie prendre des décisions, signifie utiliser la coercition, signifie imposer des contraintes, sinon ce n’est que de la rhétorique. Nous sommes très bons pour dénoncer les violations du droit international ; nous devrions l’être aussi lorsque ces violations sont commises par notre partenaire proche », a-t-il prévenu. (Camille-Cerise Gessant)