« L'heure de vérité est arrivée pour mettre fin à la pollution plastique », a déclaré lundi 25 novembre à Busan, en Corée du Sud, Inger Andersen, directrice exécutive du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), en ouverture de la cinquième session du comité intergouvernemental de négociation chargé d'élaborer un instrument international juridiquement contraignant sur la pollution par les matières plastiques.
Cette cinquième session de négociation doit aboutir à un 'Traité international contre la pollution plastique'. Le moment est « historique », a estimé Inger Andersen. Pourtant, aucun accord n'a encore été trouvé et les 177 pays représentés à Busan ne nourrissent pas les mêmes objectifs, avait prévenu la Commission européenne en septembre 2024 (EUROPE 13496/2).
L'enjeu majeur consiste à s'accorder sur un 'traité plastique' qui agisse sur tout le cycle de vie du plastique, en amont à partir d'un plafonnement de sa production, et en aval par la gestion des déchets.
À ce titre, 130 ONG ont reproché à Mme Andersen d'avoir « une interprétation restrictive du champ d'application du futur instrument en se concentrant exclusivement sur les plastiques à usage unique et à courte durée de vie, en excluant l'extraction et la production de l'ensemble du cycle de vie des plastiques », fin octobre (EUROPE 13508/7).
D'autres craintes existent. L'harmonisation des règles au niveau mondial n'est pas souhaitée par les économies émergentes que sont l'Inde et le Brésil ; l'impact de restrictions des plastiques sur l'industrie transformatrice pose un problème aux producteurs de polymères qui sont aussi des exportateurs majeurs de produits manufacturés (Chine) et la réduction de la production de polymères inquiète les pays qui vont devoir trouver des alternatives aux énergies fossiles, centrales dans leur économie (Arabie Saoudite, Iran, Russie).
Les premières déclarations officielles. De premières déclarations et contributions aux articles du futur 'traité plastique' ont été faites au premier jour des négociations à Busan.
En faveur d'un traité ambitieux, l'UE a prévenu, dès sa déclaration d'ouverture, que, selon elle, « la production de matières plastiques est un problème mondial et non une question Nord/Sud », comme pour répondre aux discussions de la COP29, où le Nord était attendu pour participer au financement de la lutte contre le changement climatique des pays du Sud. Dans le cas du plastique, « les chiffres de la production et de la consommation montrent que la responsabilité de la pollution plastique est beaucoup plus complexe », a déclaré la Présidence hongroise de l'UE à Busan. Si tout le monde doit participer à la lutte, l'UE a tout de même ajouté qu'il faudra tenir compte « des besoins des plus vulnérables ».
La Chine, de son côté, a insisté d'emblée sur l'importance de se recentrer sur ce qui est, selon elle, l'ambition première du futur traité, à savoir : prévenir la fuite des déchets plastiques dans l'environnement. La Chine fait de la « flexibilité » l'un de ses maîtres mots, « pour que l'instrument soit à la fois ambitieux et réalisable » et se demande « s'il est approprié d'appliquer universellement certaines actions ». Enfin, les pays en développement devraient, selon la Chine, « bénéficier d'un soutien suffisant en termes de financement, de technologie et de renforcement des capacités ».
Preuve que rien n'est gagné, l'Arabie Saoudite a déclaré, au nom du groupe des pays arabes, que la note informelle du président du Comité intergouvernemental de négociation, Luis Vayas Valdivieso, ne pouvait « servir de base à nos négociations », contrairement à ce qu'avait suggéré ce dernier (EUROPE 13517/16), dans la mesure où « de nombreux pays ne se sentent pas représentés dans ce document ».
Le mécanisme de financement. Comme à la COP29 et à la COP16 sur la biodiversité, la question du financement sera essentielle. Ainsi, les premières propositions de l'Inde ont concerné l'article sur le mécanisme de financement. L'Inde y ajoute les termes « pays développés » et « pays en développement », de manière à insister sur la responsabilité des premiers en termes de financements, de transferts de technologies et de coopération technique, et sur le besoin des seconds de bénéficier d'un soutien financier, d'une autonomie dans l'utilisation des fonds et de l'évaluation des besoins. (Florent Servia)