Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, s’est déplacé à Bruxelles, jeudi 17 octobre, afin de présenter aux dirigeants européens son plan de victoire ('victory plan').
« Comment pouvons-nous tous préparer la Russie à une véritable diplomatie et la forcer à une paix réelle ? C’est la vraie question. C’est ce que propose le plan de victoire », a-t-il expliqué aux dirigeants européens réunis en sommet européen. « Si nous commençons maintenant et suivons le plan de victoire, nous pourrons mettre fin à cette guerre au plus tard l’année prochaine », a estimé M. Zelensky. Selon lui, la Russie n’aura recours à la diplomatie que lorsqu’elle verra qu’elle ne peut rien obtenir par la force.
Selon le président ukrainien, le plan a été bien accueilli. « Dix-huit des chefs sont intervenus pour faire leur commentaire, et j’ai aussi eu des discussions plus restreintes avec certains d’entre eux. La majorité des intervenants ont exprimé un soutien plein et entier pour le plan », a-t-il expliqué devant les médias, à l’issue d’une conversation « particulièrement constructive ».
Cependant, selon une source européenne, les réactions sont plus mitigées et les conclusions adoptées par le Conseil européen ne mentionnent à aucun moment ce plan de victoire. « Certains États membres l'ont accueilli très favorablement. (...) Deux États membres ont clairement indiqué que ce n'était pas la voie à suivre », a-t-elle expliqué.
Le Premier ministre belge, Alexander De Croo, a précisé que certains dirigeants autour de la table étaient moins convaincus par l'aspect sécuritaire du plan.
Interrogé sur le plan, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a apporté son soutien, tout en rappelant qu’il ne lui appartenait pas de juger l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN. « Si nous sommes sérieux - et nous le sommes - quant au fait qu’il faut renforcer l'Ukraine - parce que renforcer l’Ukraine, c’est nous renforcer nous-mêmes - eh bien ce plan a le mérite de mettre clairement sur la table les nécessités, les matériels et les financements nécessaires rapidement », a ajouté le président du Conseil européen, Charles Michel.
De son côté, le chancelier allemand, Olaf Scholz, s’est montré plus prudent. « Cela n'avait aucun sens de discuter de tous les détails du plan de victoire. Il est important que nous l'examinions de près », a-t-il précisé.
Un plan en cinq axes. Le plan de victoire de M. Zelensky repose sur cinq axes, le premier étant une invitation à adhérer à l’OTAN. Selon le président, une « invitation immédiate à rejoindre l’Alliance pourrait être décisive ». « Bien sûr, l'adhésion viendra plus tard », a-t-il ajouté. Le président ukrainien a expliqué qu’une invitation n’aurait « aucun coût politique » et qu’il s’agissait d’une « décision forte qui ne demande que de la détermination ». « L'invitation renforcerait la position diplomatique de l’Ukraine, ce qui serait l'un des principaux arguments pour arrêter la guerre », a-t-il insisté. Il a été soutenu par la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, qui a expliqué qu'une adhésion à l'OTAN constituait l'assurance vie la plus importante à octroyer à un pays.
Le président ukrainien s’est rendu à l’OTAN, où il a insisté sur l’importance de cette invitation. Le nouveau secrétaire général, Mark Rutte, a rappelé la ligne officielle de l’Alliance : l’Ukraine sera membre un jour. « D’ici là, nous ferons en sorte que l’Ukraine ait tout ce dont elle a besoin pour l’emporter », a-t-il promis.
Les deuxième et troisième axes sont la défense. M. Zelensky a donc une nouvelle fois appelé les Occidentaux à soutenir son pays. « Il faut faire pression sur la Russie sur le champ de bataille. Il est réaliste de maintenir la ligne de défense sur le champ de bataille (en Ukraine) tout en ramenant la guerre en Russie. (…) Nous avons une liste claire d’armes qui peuvent rendre cela possible », a-t-il expliqué. Avant de détailler : « Nous devons équiper nos brigades sans limitation, investir dans la base industrielle de défense de l’Ukraine et sécuriser la défense aérienne de l’Ukraine dès que possible ».
Il souhaite aussi la mise en place de mesures de dissuasion, « qui forceraient la Russie à participer aux négociations de paix ou permettraient la destruction de leur cible militaire ». Si certains pays ont fourni à l’Ukraine des missiles de longue portée, ils n’autorisent pas forcement le pays à les utiliser en dehors de ses frontières. Pourtant, ces tirs ont un impact. M. Zelensky a expliqué que des tirs à longue portée sur la Crimée avaient permis de détruire 23 navires « ennemis ».
La situation sur le terrain est difficile. M. Zelensky a prévenu que la Russie se renforçait pour continuer la guerre, « pas pour la terminer », ajoutant que la Chine soutient activement Moscou, qui reçoit aussi l’aide de l’Iran. Il a confirmé que, selon les services de renseignements de son pays, 10 000 soldats Nord-Coréens seraient déjà déployés dans les territoires occupés du Dombass pour se préparer à partir au front.
« C’est une étape supplémentaire dans la guerre, et une première étape vers une guerre mondiale », a prévenu le président ukrainien.
Dans ses conclusions, le Conseil européen appelle à une « rapide intensification du soutien militaire et à l'accélération de la livraison, notamment, de systèmes de défense aérienne, de munitions et de missiles ». Il souligne l'importance d'un soutien accru à l'industrie de la défense ukrainienne. Dans ce cadre, il demande au Conseil de l'UE de finaliser rapidement le travail sur la 'Facilité européenne pour la paix', afin de débloquer 6,6 milliards d’euros (EUROPE 13503/7).
L’aspect économique, avec les ressources critiques, sont un autre axe du plan de victoire. Il est proposé aux principaux partenaires de l’Ukraine de conclure un accord spécial sur la protection des ressources essentielles de l’Ukraine, les investissements conjoints et « l’orientation du potentiel économique pertinent vers une croissance partagée ». Selon M. Zelensky, cela passe aussi par des sanctions supplémentaires contre la Russie. Sur ce plan, le Conseil européen s’est dit prêt à prendre des mesures supplémentaires qui limitent les capacités de la Russie à poursuivre la guerre.
Enfin, M. Zelensky a mis en avant l’axe sécuritaire. Il a proposé aux dirigeants européens de soutenir leur sécurité en remplaçant, après la guerre, des contingents américains avec des soldats ukrainiens, « avec une expérience de guerre, et équipés ». « Mais pour cela, nous devons gagner », a-t-il rappelé.
Appel à un accord sur le prêts des pays du G7. Au-delà du plan, le président ukrainien a demandé aux Européens de mettre en place, le plus vite possible, les prêts des pays du G7 à son pays, garantis par les profits exceptionnels futurs générés par les avoirs de la Banque de Russie immobilisés. Il a appelé à l’unité des dirigeants concernant les fonds, alors que la Hongrie bloque la décision pour prolonger les sanctions à 36 mois (EUROPE 13500/27).
« Lorsque nous sommes confrontés à de très longs mois sans soutien militaire, notre production intérieure de drones et d'éléments électroniques nous aide vraiment. Nous avons besoin d'argent pour cela », a expliqué M. Zelensky.
Voir les conclusions du Conseil européen : https://aeur.eu/f/dy9 (Camille-Cerise Gessant)