Le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a estimé, lundi 14 octobre, que les États membres étaient proches d’un accord sur la 'Facilité européenne pour la paix', en passant de contributions obligatoires à des contributions volontaires, afin de lever le blocage de la Hongrie (EUROPE 13502/18).
« Il y a un consensus pour débloquer, nous y sommes presque. Je ne peux pas dire (qu'il y a un accord) à 100% mais je suis sûr que vous parviendrez à un accord sur ma dernière proposition », a annoncé M. Borrell à l'issue du Conseil 'Affaires étrangères' à Luxembourg. Il a espéré - mais ne pouvait pas garantir - un accord pour son dernier Conseil en tant que Haut représentant, en novembre.
Une proposition soutenue par la Hongrie. « Le Haut Représentant a présenté une proposition visant à verser des contributions sur une base volontaire. C’est exactement ce que nous demandons depuis 2,5 ans… J’ai dit au Haut Représentant que nous soutenons les contributions sur une base volontaire », a expliqué le ministre hongrois, Peter Szijjártó, à l'issue du Conseil.
Ce déblocage aurait été salué par M. Borrell au grand dam de plusieurs délégations, selon une source européenne, qui a rappelé que la Hongrie bloquait 6,6 milliards d'euros depuis un an et demi.
« La Hongrie est disposée à trouver une solution. Elle essaiera de débloquer le fonds dans les prochains jours, si possible », a expliqué le ministre croate, Gordan Grlić-Radman, à sa sortie du Conseil.
Malgré la fin du veto hongrois, un accord n’aurait pas encore été trouvé, certains États membres étant hésitants. D’autres devront faire valider cette contribution par leur Parlement, étape qui n’est pas acquise.
« Je suis toujours un peu hésitant quand on dit au niveau européen que nous ne pouvons pas trouver un accord à 27 et que, maintenant, nous abrogeons un accord à 27 et faisons en sorte que nous prenions, pour ainsi dire, une décision au niveau national », a publiquement expliqué le ministre autrichien, Alexander Schallenberg.
Interrogé sur le risque que les États membres n'honorent pas leurs contributions sur une base volontaire, M. Borrell a balayé de la main cette possibilité. Il s'agit, selon lui, de « requalifier le processus » pour avancer sans l'accord de la Hongrie, a-t-il expliqué.
Le Haut Représentant a également annoncé que l'UE allait prolonger de deux ans le mandat de la mission d’assistance militaire de l’Union européenne en soutien à l’Ukraine (EUMAM), espérant qu'il sera aussi possible de trouver un consensus pour adapter le mandat de la mission.
Devant les médias, M. Borrell a rappelé que le soutien militaire allait de pair avec la paix, « qui ne peut pas être confondue avec la capitulation », alors que le nouveau ministre ukrianien, Andrii Sybiha, a présenté à son homologue le plan de victoire du président, Volodymyr Zelensky. Ce dernier le présentera lui même aux dirigeants européens lors du sommet européen des 17 et 18 octobre.
« Nous devons mettre fin au cycle 'les Russes détruisent, nous réparons', nous devons éviter les destructions », a souligné le Haut Représentant. Il a rappelé qu'il y avait une forte hausse de victimes civiles et que les attaques russes contres les infrastructures énergétiques, mais aussi portuaires et les bateaux contenant des céréales, se multipliaient. « Une fois de plus, les exportations sont sous la menace militaire de la Russie. On ne peut pas autoriser que la sécurité alimentaire soit mise en danger », a prévenu M. Borrell. Et d'ajouter : « Poutine prévoit de mettre l'Ukraine dans le noir et le froid. C'est pourquoi, il cible l'énergie. Il a échoué l'année dernière et doit échouer à nouveau cette année ».
Le Haut Représentant, tout comme plusieurs ministres, ont donc appelé à des sanctions supplémentaires, notamment contre la flotte de navires fantomes russe ou encore liées à l'énergie et à l'accès aux technologies. Si « des progrès ont été réalisés » pour lutter contre le contournement des sanctions, « il reste encore beaucoup à faire », a estimé M. Borrell. « Cela commence chez nous, pas seulement dans le pays où se déroule le contournement. Nous devons accroître la vigilance (due diligence) des entreprises », selon lui. « Malheureusement, à nos frontières extérieures, on voit de nombreuses entreprises européennes qui exportent toujours des choses en Russie qui ne sont pas nécessairement dans le respect des sanctions européennes », a confirmé la ministre lettone, Baiba Braže. (Camille-Cerise Gessant)