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Bulletin Quotidien Europe N° 13503
Sommaire Publication complète Par article 33 / 33
Kiosque / Kiosque

N° 115

Travellers in Transit

Pas de Kiosque sans un bon roman. Pour voyager, changer d’atmosphère, s’évader loin de la bulle européenne. Et c’est justement ce que nous offre Helena Buckinx avec ce premier roman publié en 2021, en version originale néerlandaise, sous le titre : Reizigers op doorreis. Disponible depuis peu de jours en anglais, il affiche un titre évocateur pour chacune et chacun. Voyageur d’un jour ou de toujours. Simple touriste, expatrié, artiste, fonctionnaire, militaire… passant d’un lieu géographique à un autre. Mais n’est-on pas aussi en transit dans notre vie ? Avec des choix, conscients ou inconscients, bien ou mal informés ? Des choix que l’on modifierait volontiers, ou pas, si l’on pouvait remonter le temps…

Car c’est dans un voyage intérieur que nous entraîne Helena. Un voyage à l’intérieur d’une famille décomposée et recomposée. Avec deux personnages principaux : une jeune femme, Cassi, et son demi-frère, Paul, qui se connaissent sans se connaître et se rencontrent malgré eux dans un huis clos qui n’est pas sans rappeler la pièce de Sartre. Un huis clos dont le théâtre est une grande maison vide et où défilent, en sept jours à peine, les souvenirs et les rêves, les joies et les peines, les incompréhensions, les nostalgies, les souffrances, les interrogations. De toute une vie. De plusieurs vies. Un huis clos où se mêlent passé et présent, où des masques tombent, laissant paraître les fragilités, les défauts, les mensonges, mais aussi tout ce qu’il peut y avoir de beau dans notre humanité.

Tout bien sûr ne se limite pas à deux personnages enfermés dans cette grande maison. L’une et l’autre ont une vie ailleurs. Des vies dont le cours va profondément changer durant ces sept jours. Dans une succession de tableaux où Cassi et sa chatte Clarabella jouent presque toujours un rôle. Majeur pour le personnage de fiction, Cassi. Mais celui de Clarabella est-il pour autant mineur ? Assurément pas dans le cœur de l’auteur, artiste peintre et responsable de la communication d’une grande banque d’affaires, qui déplore la perte d’une chatte du même nom. De là à imaginer que sous les traits de… Mais non, c’est bien connu : toute ressemblance avec des faits et des personnages existants ou ayant existé serait purement fortuite et ne pourrait être que le fruit d’une pure coïncidence ! (Olivier Jehin) 

Helena Buckinx. Travellers in Transit. Troubador Publishing Ltd. ISBN : 978-1-8051-4501-1. 245 pages. 19,15 €

The European Union at a Crossroads

La fondation Jean Monnet rassemble ici les textes de deux conférences données respectivement par l’ancien président du Parlement européen, le libéral irlandais Pat Cox, et le directeur de la fondation, Gilles Grin. Tous deux y soulignent l’importance des défis que l’Union européenne va devoir affronter dans les années qui viennent. Et les efforts qu’elle doit réaliser pour y parvenir. En voici quelques extraits.

Évoquant le défi des futurs élargissements, Pat Cox constate que « les événements en Pologne, dans les années récentes, et de façon persistante en Hongrie soulignent combien le fait de s'écarter des normes de l'UE en matière d'État de droit, de liberté des médias ou de respect des droits des minorités révèle une adhésion à l'UE en tant que vecteur de prospérité, mais une aversion pour l'UE en tant que communauté de valeurs partagées ». « Le Premier ministre hongrois proclame fièrement que son pays est une démocratie illibérale » alors que, « quelle que soit la marge d'interprétation de l'article 2 du TUE, il est évident qu'il ne s'agit pas d'une charte pour une démocratie illibérale », poursuit-il, avant d’ajouter : « Cela [les valeurs inscrites à l’article 2 : NDLR] faisait partie de l'accord d'adhésion à l'UE et est inscrit dans tous les traités d'adhésion et a été accepté par tous les États [lors de leur adhésion]. L'attitude qui consiste à dire : 'gardez vos valeurs, mais envoyez votre argent' n'est pas une base durable pour le respect mutuel - ce qui ne doit pas échapper aux États candidats actuels qui cherchent à rejoindre l'UE. J’espère que les critères de Copenhague vont jouer un rôle plus fondamental dans les futures négociations, éventuellement avec des clauses du traité d'adhésion qui offrent à l'UE une capacité plus robuste de défendre les droits et les valeurs contre les dérives. L'UE n'est pas seulement un marché et le progrès matériel, aussi souhaitable soit-il, n'est pas sa seule ni même sa raison d'être essentielle ». Et s’agissant de l’Ukraine, l’ancien président ajoute : « Un règlement territorial et une paix stable - dans laquelle l'adhésion à l'UE peut jouer un rôle - seront une condition préalable essentielle à l'adhésion. L'UE a besoin de stabilité et non de chaos sur son flanc oriental et embrasser l'Ukraine est, en fin de compte, dans l'intérêt collectif de l'UE et de l'Ukraine ».

Gilles Grin, qui utilise la matrice SWOT pour identifier les forces, faiblesses, opportunités et menaces, estime que « la crise de valeurs récente, au cœur de laquelle se trouve depuis plusieurs années la Hongrie de Viktor Orbán, est une crise de faiblesse de l’Europe, pas parce que cette dernière ferait quelque chose de faux, mais parce qu’elle est trop mal outillée pour faire face à un déraillement dans un État membre ». Et de poursuivre : « La Pologne a été un grand facteur de préoccupation ces dernières années. Toutefois, le changement de gouvernement à Varsovie en fin d’année 2023 semble marquer le retour d’une normalité dans le pays. En même temps, d’autres fronts font souci. On peut penser actuellement à la Slovaquie de Robert Fico et Peter Pellegrini en particulier. L’UE aurait tout intérêt à mieux expliciter ce que sont les règles de l’État de droit et la façon dont des atteintes seront traitées pour éviter qu’un seul État, ou un petit nombre d’entre eux puissent enrayer la mécanique subtile et complexe de l’Union ».

« Il reste de puissants freins intergouvernementaux au sein de l’UE. Le fait qu’un État puisse parfois bloquer une décision pose plusieurs problèmes : la capacité de l’Union est affaiblie ; le risque mathématique est grand qu’il manque toujours au moins un État pour pouvoir décider ; ce risque devient mécaniquement toujours plus grand à mesure qu’augmente le nombre d’États membres ; un État non collaboratif peut être tenté de monnayer son soutien sur un sujet donné à d’autres concessions à recevoir de ses partenaires ; un État peut être tenté de faire peser le fardeau d’une décision sur ses seuls partenaires », constate Gilles Grin, qui souligne qu’« un autre frein lié se trouve dans la nécessité de l’unanimité pour réviser les traités ». Et il ajoute : « Pour ce qu’elle a de plus essentiel, la décision sur la façon de décider, l’UE est restée confédérale. Si l’on considère que la légitimité politique appartient aux seuls États membres, cela est en ordre. Si, en revanche, on considère qu’il existe des intérêts communs qui surpassent chaque pays individuel, il s’agit d’un déni de démocratie à l’échelle du continent ».

L’UE dépend aussi très largement des États-Unis pour sa sécurité. Et au sein de l’OTAN, les Européens n’ont pas édifié un véritable pilier commun. « La crainte de l’impuissance européenne est grande. Mais tout aussi grande est la crainte de la division des Européens, qui pourraient être tentés de rechercher des solutions nationales telles que des garanties bilatérales de sécurité, par exemple en échange de l’achat d’équipements américains », affirme Gilles Grin, qui considère qu’« une Europe de la défense crédible, si le soutien américain devait faire défaut, devrait inclure des budgets nationaux renforcés, des programmes d’armements communs appuyés sur une industrie d’armement européenne, des garanties de sécurité multilatérales et une dissuasion la plus forte possible vis-à-vis des agresseurs potentiels. Autrement dit, il faudrait des plans de bataille et des règles d’engagement communs ».

Toutefois, « l’Europe semble se placer depuis 2022 sur une nouvelle trajectoire, que l’on qualifie parfois d’économie de guerre » observe Gilles Grin. Et de poursuivre : « Si elle est constante et consistante, elle se doit d’augmenter massivement ses dépenses militaires pour tenir compte du contexte géopolitique global nouveau et du retour de la guerre interétatique sur le sol européen. Plus de la moitié des membres européens de l’OTAN dépensent aujourd’hui plus de 2% de leur PIB pour la défense, mais il reste beaucoup de chemin à parcourir. Plus d’argent pour la défense, autrement dit pour les canons, est au cœur du dilemme qui fait qu’il y aura, toutes choses égales par ailleurs, mécaniquement moins de moyens disponibles pour le ‘beurre’, autrement dit pour financer l’État providence et les diverses prestations publiques. Or, ces dépenses apparaissent au cœur du contrat social de nombreux pays européens, voire apparaissent comme une nécessité pour maintenir une forme de quiétude sociale. Cela a été parfaitement illustré par la politique dite du ‘quoi qu’il en coûte’ en France, adoptée en 2020 au moment de la Covid-19, et dont le pays semble avoir maintenant grande peine à se défaire. L’augmentation de la fiscalité au niveau national semble souvent une perspective explosive. Dans ce contexte, le niveau européen pourrait donner de l’air aux États en difficulté. Il pourrait y avoir, pour reprendre la formule d’Alan Milward, une nouvelle forme de sauvetage des États par la construction européenne. Des actions en commun dans le domaine militaire permettraient d’optimiser l’usage de chaque euro investi en la matière. Même du côté des États sociaux, la création, par exemple, d’une assurance chômage au niveau européen pourrait desserrer l’étreinte qui s’impose aujourd’hui aux pays individuels. En outre, une assurance chômage européenne serait idéale pour faire mieux prendre conscience aux citoyens européens de leur identité également supranationale ».

En ce qui concerne les flux migratoires, Gilles Grin estime que la « limite d’absorption n’est pas justifiée d’un point de vue démographique ou économique, mais plutôt politique et/ou culturel ». « L’Afrique possède une population jeune et dynamique, qui aspire à plus de prospérité. Face à elle, l’Europe est vieillissante et semble prête à accepter somme toute relativement peu de migration. La complémentarité ou le conflit va-t-il prévaloir ? Tout est possible », ajoute-t-il.

Les États-Unis et la Chine subventionnent à tour de bras leur industrie nationale. Aussi, l’Union devrait-elle « mieux stimuler l’innovation et la compétitivité en investissant plus dans ces secteurs stratégiques, mais aussi en créant une culture entrepreneuriale européenne et en établissant une véritable union des marchés de capitaux qui verrait l’épargne européenne se placer au service de la production européenne », observe Gilles Grin, au diapason du rapport ‘Draghi’. Avant d’appeler à la correction de l’endettement structurel de nombreux États membres. Et pas des moindres : « Les pays les plus endettés de l’UE sont la Grèce, l’Italie, l’Espagne, le Portugal et la France. La France est la première puissance militaire – et peut-être encore politique – de l’Union. Mais la gestion de ses finances publiques représente une épée de Damoclès dans sa capacité à entraîner les autres pays, en particulier l’Allemagne et les pays dits frugaux. La France prône de nouveaux emprunts européens pour renforcer la capacité d’action commune. Il est sans doute nécessaire que toute discussion en la matière s’intéresse aussi à la question du mode de remboursement de ces emprunts. Il ne devrait pas y avoir de tabou à évoquer des prélèvements européens. À terme, une Europe toujours plus endettée serait l’antithèse d’une Europe souveraine. En économie, ainsi qu’en politique, il n’existe pas de ‘repas gratuit’ ». (OJ)

Pat Cox et Gilles Grin. The European Union at a Crossroads. Fondation Jean Monnet. Débats et Documents 36, juin 2024. ISSN : 2296-7710. 50 pages. Le texte peut être téléchargé gratuitement sur le site de la fondation : https://aeur.eu/f/duu

États-Unis : élection présidentielle

Le dernier numéro de la revue Futuribles est principalement consacré aux États-Unis et aux conséquences potentielles de l’élection présidentielle du 5 novembre prochain.

Laurent Cohen-Tanugi, avocat aux barreaux de Paris et New York, y explique que Donald Trump, s’il devait être réélu, pourrait affaiblir la relation transatlantique et ce qu’il reste de l’ordre international, tout en se concentrant davantage sur la préservation des intérêts américains et les tensions avec la Chine. Ce possible affaiblissement des liens avec l’Europe devrait, selon l’auteur, inciter celle-ci à reprendre en main sa sécurité et sa défense et à accroître son influence sur la scène internationale. Et c’est loin d’être fait.

Le résultat de l’élection « risque de se jouer, dans le système électoral indirect américain, à quelques dizaines de milliers de voix près dans une poignée d’États pivots, comme en 2016 », rappelle l’auteur, qui souligne aussi que « la majorité qui sortira des urnes au Sénat, renouvelable pour un tiers, et à la Chambre des représentants est tout aussi incertaine ».

S’il juge improbable le retrait des États-Unis de l’OTAN, l’auteur estime que l’on peut redouter en revanche « une réduction du soutien militaire et financier de Washington à l’Ukraine, à charge pour les Européens de prendre le relais sur le plan financier, et une pression pour un règlement du conflit favorable à Moscou ». « Une telle hypothèse ne ferait qu’envenimer une relation transatlantique qui serait – c’est une certitude – beaucoup plus tendue que sous la présidence Biden, avec le retour des guerres commerciales – Donald Trump a déjà annoncé des droits de douane universels de 10% sur toutes les importations -, des conflits réglementaires autour des nouvelles technologies, des tensions au sujet des relations avec la Chine et un soutien aux mouvements populistes et anti-européens au sein des États membres de l’Union européenne, que sa réélection ne manquerait pas de renforcer », écrit Laurent Cohen-Tanugi.

En tout état de cause et quel que soit le locataire de la Maison-Blanche, les Européens doivent « continuer à s’unir pour se renforcer collectivement, mais aussi pour démontrer aux nouvelles générations de leaders politiques américains leur valeur ajoutée et l’importance de la relation transatlantique pour les États-Unis eux-mêmes, dans un monde où le poids économique et politique de l’Occident continuera de décliner », plaide l’auteur.

Antoine Bouët, directeur du centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII), analyse les perspectives économiques des États-Unis, sur la base des effets potentiels de l’Inflation Reduction Act, mais aussi de la taxation à hauteur de 60% de tous les produits d’origine chinoise (voire contenant des composants chinois) entrant sur le territoire des États-Unis, selon l’intention affichée par le candidat Trump. Celle-ci venant s’ajouter à une augmentation de 10% des droits de douane sur tous les produits en provenance de tous les partenaires des États-Unis. Une méga-guerre commerciale qui fait courir des risques aux États-Unis, mais pas qu’à eux. En 2035, le commerce mondial des biens serait inférieur en volume de 6%, si l’on combine les effets des mesures américaines et des rétorsions appliquées par les autres. Selon les calculs du CEPII, le PIB des États-Unis se contracterait de 1,5 à 2,5%. Si la diminution du PIB est faible pour l’Union européenne, celle-ci verrait une réorientation des exportations chinoises vers son marché (+6,9%) et une diminution de ses exportations vers la Chine (-2,9%), entraînant une aggravation du déficit commercial bilatéral « déjà substantiel ». (OJ)

Hugues de Jouvenel (sous la direction de). États-Unis : élection présidentielle. Futuribles. Numéro 462, septembre-octobre 2024. ISBN : 978-2-8438-7477-2. 136 pages. 22,00 €

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