Réunis en Conseil à Luxembourg, les ministres de l’Environnement et du Climat des 27 États membres de l’Union européenne sont difficilement parvenus, lundi 14 octobre, à adopter une position commune en vue de la COP29, prévue à Bakou (Azerbaïdjan) du 11 au 22 novembre prochains.
Et pour cause, la gestation de ce « texte ambitieux, mais équilibré », selon les termes de la ministre d'État hongroise, Anikó Raisz, s'est heurtée à des désaccords persistants sur le rôle du nucléaire dans la transition énergétique mondiale, les objectifs de réduction des émissions à l’horizon 2040 et le financement climatique.
Sur le nucléaire, la ministre française, Agnès Pannier-Runacher, a fermement soutenu son inclusion dans le mix énergétique européen. Elle a affirmé que le nucléaire est « essentiel pour garantir une énergie pilotable » et compléter les énergies renouvelables intermittentes comme l’éolien et le solaire. Selon elle, l'atteinte de la neutralité carbone d'ici 2050 nécessite de « construire sur ce qui a été obtenu » à la COP28, où le nucléaire était déjà reconnu comme une source d’énergie à faible émission de carbone.
Toutefois, cette vision n'a pas fait l’unanimité. La ministre fédérale autrichienne du Climat, Leonore Gewessler, est restée catégoriquement opposée à cette approche. Elle a défendu un abandon rapide des énergies fossiles au profit exclusif des énergies renouvelables, qu’elle considère comme le futur incontournable de la réduction des émissions. Mme Gewessler a déclaré qu’« il est impératif de se concentrer sur des sources d’énergie sûres, peu coûteuses et capables de répondre aux défis du climat », précisant que le nucléaire ne remplit pas ces critères.
Selon son homologue allemande, Anna Lührmann, le nucléaire n'est pas une option aussi sûre ou durable, comparé aux énergies renouvelables, notamment en raison des contraintes liées à la gestion des déchets nucléaires et des préoccupations de sécurité.
Des pays comme la Pologne et la Roumanie se sont montrés plus proches de la position française, soutenant une flexibilité technologique qui prenne en compte leurs contextes nationaux.
Objectif 2040. La Suède, comme l'Allemagne et l'Autriche, a milité pour que l’Union européenne adopte un objectif de réduction de 90% d’ici 2040, et ce dès maintenant. La ministre suédoise, Romina Pourmokhtari, a considéré qu’un tel engagement est crucial pour que l’UE fasse preuve de leadership.
Cette proposition a toutefois rencontré une résistance de la part de la Hongrie, dont la ministre, Anikó Raisz, a souligné qu'il est « prématuré de fixer de tels objectifs sans proposition officielle de la Commission ». Mme Raisz a appelé à la prudence, évoquant les pays avec un secteur industriel important qui doivent aussi considérer les implications économiques de telles résolutions.
Financement. L'adoption de nouveaux objectifs quantifiés pour le financement climatique mondial étant l'un des objectifs de la COP29, l'UE a réitéré son engagement à mobiliser 100 milliards de dollars par an pour le financement climatique jusqu’en 2025, lors du Conseil des Affaires économiques et financières du 8 octobre (EUROPE 13499/23).
La France et l’Allemagne, notamment, ont appuyé cette initiative, plaidant pour la transparence et l’aide aux pays vulnérables. La Pologne, de son côté, a souhaité préserver la compétitivité économique de l’UE tout en élargissant la base des contributeurs pour mieux répartir l’effort.
Accéder aux conclusions : https://aeur.eu/f/dw4 (Nithya Paquiry)