Les ministres des Affaires étrangères de l’UE discuteront, lundi 14 octobre à Luxembourg, de la situation en Ukraine et au Proche Orient.
Ukraine. Les ministres discuteront d’abord avec leur nouvel homologue ukrainien, Andriy Sybiha, de la situation sur le terrain en Ukraine et des demandes du pays.
Comme le feront plus tard dans la semaine les dirigeants européens lors de leur sommet, les ministres se pencheront sur le soutien militaire de l’UE à Ukraine. Ils pourraient discuter du déblocage de 6,6 milliards d’euros de la 'Facilité européenne pour la paix', qui ne peuvent pas être décaissés du fait du veto hongrois depuis mai 2023.
Selon plusieurs sources, le Service européen pour l’action extérieure a proposé que les États membres fassent des contributions volontaires pour contourner le veto hongrois. Un diplomate européen a précisé qu’il s’agissait encore d’une « proposition très préliminaire », qui consisterait à utiliser une disposition de la Facilité permettant des contributions volontaires. Si celle-ci était initialement destinée aux pays tiers, elle pourrait être appliquée aux 26 États membres (hormis la Hongrie), qui verseraient une contribution volontaire. L’enveloppe globale, actuellement de 6,6 milliards, serait cependant diminuée de la contribution hongroise. Cette proposition devra être adoptée à l’unanimité et pose « toute une série de questionnements sur le fonctionnement de l’instrument à plus long terme et des questions budgétaires » pour certains États membres, qui devraient faire voter leur Parlement sur les contributions volontaires, selon ce diplomate.
Le renouvellement du mandat de la Mission d’assistance militaire de l’Union européenne en soutien à l’Ukraine (EUMAM) pour deux ans devrait être évoqué, tout comme la situation énergétique de l'Ukraine.
Les ministres discuteront de possibles nouvelles sanctions à l’encontre de la Russie et de la lutte contre le contournement des mesures avec l’envoyé spécial de l’UE pour les sanctions, David O’Sullivan.
Le Conseil devrait aussi adopter des sanctions ciblées contre 14 individus et entités iraniens. Selon un diplomate européen, il s’agit de compagnies aériennes, d’entreprises impliquées dans la production et le transfert de missiles et des individus impliqués dans la prolifération des armes au Proche-Orient et en Russie.
Vendredi, un haut fonctionnaire européen a révélé que le nouveau ministre des Affaires étrangères iranien avait confirmé au Haut Représentant, lors d’un rendez-vous en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies, que son pays avait fourni des roquettes à courte portée – 250 km – et nié leur caractère balistique. Le ministre n’aurait d’ailleurs pas utilisé le terme 'missiles'.
Le Conseil devrait aussi revenir sur les plans de paix sur la table : le plan ukrainien et celui proposé par la Chine et le Brésil.
Proche-Orient. Les ministres européens des Affaires étrangères feront le point sur la situation au Proche-Orient. Ils devraient revenir sur la situation à Gaza, en Cisjordanie, mais aussi au Liban. « Toutes les dimensions seront abordées », a prédit une source. Les ministres devraient également rappeler leur appel à un cessez-le-feu et à l’accès de l’aide humanitaire, leur soutien à la mise en œuvre de la résolution 1701 de l’ONU et tenir un langage de fermeté vis-à-vis de l’Iran.
Les ministres devraient discuter du soutien à apporter à l’armée libanaise et à la FINUL, à laquelle participent 16 États membres de l'UE.
Jeudi, le Haut Représentant de l’UE, Josep Borrell, a condamné les bombardements de l’armée israélienne contre les soldats de la FINUL, qu’il a qualifiés « d’actes inadmissibles pour lesquels il n'existe aucune justification ». « Deux 'Casques bleus' ont été blessés et c'est inacceptable. Toute attaque délibérée contre des soldats de la paix constitue une grave violation du droit international humanitaire et de la résolution 1701 : Israël a l'obligation de respecter ces deux droits. Une pleine responsabilité est nécessaire », a-t-il ajouté.
Deux soldats libanais sont morts dans de nouvelles frappes, vendredi. Selon un haut fonctionnaire européen, une déclaration du Haut Représentant sur ce sujet, au nom de l’UE, était en préparation.
L’aspect humanitaire sera aussi discuté. L’escalade de violence au Liban a poussé la Commission européenne à débloquer 40 millions d’euros de financement humanitaire d’urgence pour les populations vulnérables, fin septembre (EUROPE 13493/24) et début octobre (EUROPE 13496/14).
M. Borrell a dénoncé à de multiples reprises l’obstruction de l’aide humanitaire vers les territoires palestiniens, notamment lors d’une visite au point de passage de Rafah, début septembre (EUROPE 13478/10).
Par ailleurs, le lancement d'une nouvelle campagne de vaccination contre le virus de la poliomyélite dans la bande de Gaza a été annoncé par l'Unicef, jeudi 10 octobre. Une première campagne menée début septembre avait permis la vaccination d'environ 560 000 enfants.
Royaume-Uni. Au cours du déjeuner, les ministres procéderont à un échange de vues informel avec leur homologue britannique, David Lammy. Il s’agit du premier échange de ce type depuis le Brexit. La discussion portera sur les questions de sécurité et de défense. « C’est une première discussion, afin d’identifier ce que pourraient être les souhaits du côté britannique de réengagement avec l’UE sur des sujets d’affaires étrangères et de défense », a expliqué un diplomate européen. Il a ajouté qu’il s’agirait de voir de manière préliminaire dans quels domaines l’UE et le Royaume-Uni pourraient avoir une coopération plus concrète.
Affaires courantes. Rapidement, les ministres discuteront de la situation dans la Corne de l’Afrique, de la Moldavie, de la Géorgie, de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan et du Venezuela.
Afrique. Les ministres aborderont la situation dans la Corne de l’Afrique, à savoir la crise humanitaire au Soudan engendrée par le conflit entre les Forces armées soudanaises (FAS) et les Forces de soutien rapide (FSR) (EUROPE 13500/27) ainsi que la situation en Somalie, où les tensions avec l’Éthiopie sont persistantes (EUROPE 13475/27). Ils pourraient discuter du financement de la mission de l’Union africaine au Soudan.
Les présidents érythréen, somalien et égyptien sont convenus, jeudi 10 octobre, de renforcer leur coopération en matière de sécurité régionale lors d'un sommet tripartite inédit à Asmara (Érythrée), aggravant ainsi les relations avec l'Éthiopie.
Moldavie. Les ministres discuteront de l’élection présidentielle et du référendum pour l’adhésion à l’UE du 20 octobre alors que le pays subit l’ingérence de la Russie. Ils pourraient adopter des sanctions contre des personnes qui cherchent à déstabiliser le pays.
Géorgie. Le Conseil devrait s'entretenir de la situation dans le pays, après l’adoption de plusieurs lois jugées liberticides, entraînant de facto un arrêt du processus d'adhésion de la Géorgie, et à quelques jours des élections législatives du 26 octobre.
Arménie/Azerbaïdjan. Les ministres s’entretiendront sur les tensions entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Selon une source, la période pré-COP29 à Bakou est une fenêtre d’opportunité pour un accord de paix.
Venezuela. Le Conseil se penchera sur la situation au Venezuela, rappellera qu’il ne reconnaît pas Nicolas Maduro comme président démocratiquement élu et qu'il soutient l’opposition démocratique (voir autre nouvelle). La dégradation de la situation des droits de l’homme, tout comme les tentatives régionales pour une solution, devraient également être abordées.
Par ailleurs, à la demande de l’Allemagne, la coordination du message commun des Européens sur les résultats des élections américaines pourrait être évoquée. (Camille-Cerise Gessant et Bernard Denuit)