Les groupes politiques pro-européens du Parlement européen ont critiqué, mardi 17 septembre à Strasbourg, la présidente réélue de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, pour avoir réservé à la presse la primeur de la composition de sa future équipe (EUROPE 13484/1). Ils ont promis de mener des auditions minutieuses et rigoureuses des commissaires européens candidats, la présidente du PE, Roberta Metsola, promettant que « les députés ne feront pas de concessions ». Certains candidats - Raffaele Fitto, Olivér Várhelyi - figurent déjà dans le collimateur de certaines familles politiques.
Les chrétiens-démocrates, qui se taillent la part du lion dans le futur Collège, veulent aller vite. Le président du groupe PPE, l'Allemand Manfred Weber, s'est félicité que la Commission 'von der Leyen II' soit « une Commission [étiquetée] PPE » qui reprend les thèmes déroulés pendant la campagne, comme « la sécurité et la compétitivité ».
Au nom du groupe S&D, l'Espagnole Iratxe García Pérez a estimé que certaines questions fondamentales pour les sociaux-démocrates avaient été résolues dans la dernière ligne des négociations sur la Commission 'von der Leyen II' (EUROPE 13479/14), comme l'octroi de « deux vice-présidences exécutives, où les questions relatives au climat, à la transition équitable et verte se retrouvent entre les mains des sociaux-démocrates » ainsi que la prise en compte de la crise du logement.
Parmi les points négatifs, les sociaux-démocrates ont cité l'absence du candidat tête de liste des socialistes européens pendant la campagne des élections européennes, le Luxembourgeois Nicolas Schmit. Le Français Raphaël Glucksmann a estimé que l'éviction de M. Schmit et la disparition du portefeuille de l'Emploi et des Affaires sociales constituent « un grand problème ». Sa compatriote du groupe La Gauche, Leïla Chaïbi, s'est dite « choquée » que le portefeuille des Affaires sociales soit transformé en celui des Compétences. « On réduit les politiques sociales au fait que les gens sont mal formés, mal préparés », a-t-elle dénoncé.
Les cas Fitto et Várhelyi. Autre point noir cité par le groupe S&D : l'octroi d'une vice-présidence au commissaire candidat désigné par l'Italie, M. Fitto. Issu des rangs des conservateurs européens, celui-ci serait chargé de la politique de cohésion et de l'accompagnement des réformes structurelles dans les États membres.
« Cela nous pose problème », a souligné Mme Garcia Pérez, tout en étant « consciente » que la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, allait nommer une personnalité de sa famille politique.
Sur cette ligne, les groupes Renew Europe, Verts/ALE et La Gauche ont averti M. Fitto qu'il devra démontrer ses compétences et son engagement envers les valeurs européennes, lors de son audition au PE. La présidente du groupe Renew Europe, la Française Valérie Hayer, a regretté « ce choix politique » de la présidente réélue d'octroyer à M. Fitto une vice-présidence de la Commission, alors que Mme Meloni s'était abstenue sur la nomination de Mme von der Leyen au Conseil européen, fin juin. Cependant, son compatriote Pascal Canfin a jugé le cas Fitto « moins problématique » que l'hypothèse où un membre du parti Fidesz du Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, aurait pour compétence « la culture, les médias ».
Au nom du groupe des Verts/ALE, l'Allemande Terry Reintke n'a pas compris pourquoi l'Italie obtiendrait une telle récompense dans l'organigramme de la Commission. Elle a vu « un danger » dans le fait de « déplacer la majorité vers la droite » au sein de la Commission. Même son de cloche chez la Française Manon Aubry. Pour la coprésidente du groupe La Gauche, « avoir, pour la première fois, un vice-président d'extrême droite signifie quelque chose sur l'orientation politique de cette Commission ». Elle a critiqué M. Fitto pour avoir été « condamné pour corruption, prise illégale d'intérêt » et pour ses positions « homophobes ».
Mme Hayer a promis aussi la plus grande vigilance concernant le candidat reconduit pour un deuxième mandat par la Hongrie, Olivér Várhelyi, qui s'occuperait de santé publique et de bien-être animal. « Est-ce qu'il nous garantira qu'il préservera partout en Europe les droits sexuels et reproductifs pour les femmes ? Quid de la lutte contre le VIH ? », s'est-elle interrogée.
À noter que Mme Reintke a rappelé qu'une majorité des deux tiers des coordinateurs d'une commission parlementaire compétente sera nécessaire pour approuver un commissaire. Sur M. Várhelyi, elle a évoqué la possibilité d'un échange de portefeuille.
Parité hommes/femmes. Plusieurs groupes politiques ont également considéré comme un recul l'absence d'une véritable parité femmes/hommes, malgré les efforts de Mme von der Leyen en la matière. « Nous aurions préféré 50-50% », a indiqué Mme García Pérez, promettant d'« essayer de changer le processus et les règles pour qu'il y ait une obligation de la part des États membres de proposer un homme et une femme » lors de la désignation de leurs commissaires candidats.
À l'instar de Mme Reintke et de Bernd Lange (S&D, allemand), la présidente du groupe S&D a noté qu'en nommant quatre femmes parmi les six vice-présidents exécutifs, Mme von der Leyen tentait de « trouver un équilibre ».
Gouvernance interne. Évoquant la démission surprise, la veille, du commissaire Thierry Breton (EUROPE 13483/1), qui témoigne, selon lui, d'un affaiblissement de la France en Europe, M. Glucksmann a estimé par ailleurs que Mme von der Leyen avait désormais « la Commission à sa main ». « Quasi tous les [commissaires candidats des] États membres sont faibles et elle apparaît comme la femme forte de l’Union », a-t-il insisté, espérant que la socialiste espagnole Teresa Ribera sera en mesure de faire « contrepoids ».
Mme Reintke a fait part de la déception des écologistes européens, qui ne devraient plus être représentés au sein du futur Collège alors que sa famille politique, en votant en faveur de Mme von der Leyen, avait permis sa réélection à la mi-juillet (EUROPE 13456/1).
D'autres eurodéputés ont également relevé le risque, parfois l'opportunité, que certains portefeuilles de commissaires désignés se chevauchent, notamment sur la question du 'Pacte vert européen'.
« Beaucoup de sujets sont imbriqués. Lors de la précédente mandature, nous avons vu que, parfois, les commissaires européens, les directions générales de la Commission fonctionnaient en silo et de façon très cloisonnée », a noté Mme Hayer, préconisant « davantage de fluidité » entre les services de l'institution de l'UE. « Quand nous parlons de compétitivité, cela touche à la décarbonation, aux emplois, à la dimension sociale, et je pourrais citer d'autres exemples », a-t-elle ajouté.
Coprésident du groupe Verts/ALE, le Néerlandais Bas Eickhout a souligné l'importance que les futurs commissaires européens soient en mesure de coopérer efficacement, notamment pour poursuivre la mise en œuvre du 'Pacte vert européen'. Il s'est félicité qu'en tant qu'« objectifs transversaux », les cibles climatiques, que l'UE s'est fixées pour 2030 et 2050, feront partie des lettres de mission de tous les commissaires européens, de même que l'importance pour l'UE de s'adapter au changement climatique et d'en atténuer les effets. Dans la même veine, Mme Reintke a salué le fait que Mme von der Leyen, dans la composition du futur Collège, avait évité le « danger » selon lequel « le 'Pacte vert' serait séparé de la Compétitivité et de l'Industrie ».
En revanche, Mme Aubry a dénoncé le fait que la Commission 'von der Leyen II' fasse désormais « la place au 'tout compétitivité', qui a remplacé le 'Green Deal' » comme projet principal de l'Union.
Voir les lettres de mission adressées aux commissaires européens designés: https://aeur.eu/f/dgh (Mathieu Bion avec la rédaction)