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Bulletin Quotidien Europe N° 13483
INSTITUTIONNEL / Commission europÉenne

Thierry Breton démissionne du Collège avec fracas et cède sa place de commissaire européen candidat à Stéphane Séjourné

Le commissaire européen désigné, Thierry Breton, a claqué la porte de la Commission européenne, lundi 16 septembre, accusant la présidente réélue de la Commission, Ursula von der Leyen, d'avoir demandé sa tête au président français, Emmanuel Macron, qui a aussitôt nommé comme candidat Stéphane Séjourné, ancien président du groupe Renew Europe au Parlement européen et ministre démissionnaire des Affaires étrangères.

Dans une lettre qu'il a lui-même rendue publique, M. Breton ne cache pas son indignation. « Il y a quelques jours, dans la toute dernière ligne droite des négociations sur la composition du futur Collège, vous avez demandé à la France de retirer mon nom − pour des raisons personnelles qu’en aucun cas vous n’avez discutées directement avec moi − et proposé, en guise de compromis politique, un portefeuille prétendument plus influent pour la France au sein du futur Collège [des commissaires européens].Vous allez bientôt recevoir le nom d'un nouveau candidat », a-t-il accusé Mme von der Leyen.

Et d'ajouter : « À la lumière des derniers développements − qui témoignent une fois de plus d’une gouvernance douteuse −, je dois conclure que je ne peux plus exercer mes fonctions au sein du Collège ».

Voir la lettre de démission de M. Breton : https://aeur.eu/f/dfy

Interrogée dans la foulée, la Commission européenne, par la voix de sa porte-parole adjointe, Arianna Podestà, a indiqué que Mme von der Leyen avait pris note de la démission de M. Breton. Elle n'a confirmé ni infirmé aucune des allégations avancées par l'ancien commissaire européen au Marché intérieur. Elle a plusieurs fois souligné l'importance de préserver le caractère « confidentiel » des discussions menées avec les chefs d'État ou de gouvernement des pays de l'UE sur la composition et les attributions du futur Collège.

C'est le choix de M. Breton de publier la lettre, « c'est notre choix de garder les discussions confidentielles », a encore dit Mme Podestà, estimant plus important de maintenir la confiance entre leaders européens.

À ce stade, aucune décision n'a été prise sur le transfert du portefeuille du commissaire démissionnaire à un autre membre de la Commission.

Commissaire européen hyperactif, M. Breton pesait lourd dans la Commission 'von der Leyen I' et il pouvait se targuer de succès tels que la production des vaccins anti-Covid-19 dans l'UE et de la mise en place de l'encadrement européen des géants numériques (DSA/DMA).

Reconduit officiellement à son poste par M. Macron fin juillet (EUROPE 13464/24), il paie ses attaques frontales via X qui ont rompu la confiance que lui accordait Mme von der Leyen. En mars, il avait ironisé sur le faible soutien qu'avait obtenu Mme von der Leyen de la part du Parti populaire européen (PPE), lorsqu'elle avait été désignée candidate des chrétiens-démocrates européens à sa reconduction à la présidence de la Commission. En avril, il s'était mobilisé avec d'autres commissaires européens pour empêcher la désignation de M. Pieper, un chrétien-démocrate allemand, en tant qu'Envoyé de l'UE pour les PME (EUROPE 13392/23).

Les autorités françaises ont vite tourné la page. Le président français, après avoir remercié M. Breton pour son action européenne ces cinq dernières années, a proposé, en accord avec le Premier ministre, Michel Barnier, la candidature de Stéphane Séjourné, qui, selon une source de l'Élysée, « répond à l’ensemble des critères requis » et dont l'« engagement européen lui permettra de porter pleinement l'agenda de souveraineté » que porte la France.

Et d'ajouter : « Le président de la République a toujours défendu l’obtention pour la France d’un portefeuille clé de commissaire européen, centré sur les enjeux de souveraineté industrielle, technologique et de compétitivité européenne. C’est le sens de l’ensemble des contacts qu’il a eus avec la présidente de la Commission européenne depuis son élection par le Parlement européen ».

En déplacement en Arménie, M. Séjourné s'est dit « convaincu », via X, qu'il sera possible, « au-delà des clivages partisans », de relever les défis posés au continent européen. Avec Mme von der Leyen, « nous avons désormais à cœur de convaincre le Parlement européen sur un agenda ambitieux et une gouvernance renouvelée », a-t-il ajouté, annonçant sa venue, mercredi à Strasbourg, pour échanger avec les eurodéputés.

La délégation française du groupe S&D au PE a qualifié la démission de M. Breton de « très mauvais signal » et fustigé la décision précipitée de nommer M. Séjourné « sans la moindre consultation », dans un communiqué. Selon elle, M. Macron aurait dû nommer « une femme de gauche » pour aider Mme von der Leyen à atteindre la parité hommes/femmes au sein du Collège, contrebalancer la domination du PPE sur la Commission et tenir compte du résultat des récentes élections législatives françaises, remportées par la coalition de gauche.

Mme von der Leyen s'entrentiendra avec les présidents des groupes politiques. La présidente réélue de la Commission devait s'entretenir, lundi soir à Strasbourg, avec les présidents des groupes politiques du Parlement européen - l'Allemand Manfred Weber (PPE), l'Espagnole Iratxe García Pérez (S&D), la Française Valérie Hayer (Renew Europe) - qui forment la coalition pro-européenne à la base de sa réélection, en marge de la session plénière du PE. Mardi matin à 9h00, elle échangera avec la Conférence des présidents (CoP) des groupes politiques du PE sur la structure et les portefeuilles du futur Collège. La tenue, dans la foulée, d'une conférence de presse pour lui permettre de présenter sa future équipe n'était pas confirmée, lundi après-midi.

La présidente réélue de la Commission souhaite que le processus de mise en place du Collège soit le plus rapidement mené à son terme, avec la tenue des auditions des commissaires désignés par les eurodéputés encore en octobre. 

Or, la Slovénie n'avait pas encore officiellement transmis le nom de sa commissaire désignée, Marta Kos, faute de feu vert de la commission parlementaire compétente du Parlement slovène, elle-même présidée par l'opposition politique (EUROPE 13478/24).

Par la voix de sa porte-parole adjointe, Delphine Colard, le Parlement européen a indiqué, lundi, qu'il était prêt à débuter le processus des auditions publiques. Le calendrier sera plus clair lorsque le Parlement européen aura reçu tous les documents nécessaires, a-t-elle indiqué, citant les curriculum vitae, les déclarations d'intérêts financiers et les lettres de mission pour chaque commissaire désigné, ainsi que la demande de consultation du Conseil de l'UE incluant les noms de tous les commissaires européens désignés. (Mathieu Bion)

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