Après avoir discuté de son projet de Collège 2024-2029 avec les présidents des groupes politiques au Parlement européen sans associer de noms aux portefeuilles, la présidente élue de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a présenté, mardi 17 septembre, son équipe pour le prochain mandat.
Ce Collège se veut construit en fonction des priorités fondamentales du prochain mandat : la prospérité, la sécurité et la démocratie. « La toile de fond est la compétitivité dans la double transition » (verte et numérique), a indiqué la présidente, promettant que tout le collège s’engagerait pour la compétitivité (voir autre nouvelle).
De plus, finies les multiples strates de pouvoirs, la présidente ne conserve que les vice-présidents exécutifs en plus des simples commissaires. « Comme le dit le traité, chaque membre du Collège est égal et chaque commissaire a une responsabilité égale pour réaliser nos priorités. Cela signifie que tous les commissaires doivent travailler ensemble », a souligné Mme von der Leyen. Ainsi, chaque vice-président exécutif aura également un portefeuille propre, pour lequel il devra travailler avec d'autres commissaires.
La présidente plaide donc pour une commission plus égalitaire, mais qui lui permettra aussi de garder la main sur tous les dossiers.
Dans les lettres de mission adressées aux candidats désignés, Mme von der Leyen a insisté sur la collégialité. « Les orientations politiques ne sont pas des domaines de travail isolés, elles sont interconnectées et elles auront toutes un impact les unes sur les autres. Il en sera de même pour le travail du collège dans son ensemble et pour chacun de ses membres travaillant ensemble dans un esprit de collégialité. J'attends de chaque membre du collège qu'il s'approprie pleinement ce qui a été convenu », prévient Mme von der Leyen dans les lettres de mission.
Voir les lettres de mission: https://aeur.eu/f/dgh
Pas question, pour Mme von der Leyen, d’avoir des commissaires qui s’opposent à ses décisions ou déclarations, comme ce fut le cas pour Thierry Breton ou Josep Borrell. « On a Ursula Jupiter », a plaisanté Raphaël Glucksman (S&D, français).
De plus, les commissaires seront « invités » tous les six mois à une réunion de ‘reporting structuré’ pour discuter des progrès et des défis dans l'accomplissement de leur mission. Une nouveauté par rapport à la première Commission 'von der Leyen'.
Six vice-présidents exécutifs. La présidente élue a décidé de proposer six vice-présidents exécutifs, dont les portefeuilles reflètent les priorités du futur Collège. Si les femmes sont minoritaires dans la Commission 'von der Leyen II' – 11 sur 27 –, quatre d’entre elles occuperont un tel poste, y compris la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Kaja Kallas (Renew Europe, estonienne).
De plus, l’Espagnole Teresa Ribera (S&D) pourrait devenir 'vice-présidente exécutive d'une Transition propre, juste et compétitive', et serait également responsable de la Politique de concurrence.
Henna Virkkunen, de nationalité finlandaise (PPE), serait chargée de la 'Souveraineté technologique, de la Sécurité et de la Démocratie'. Elle sera également responsable du portefeuille sur les Technologies numériques et de pointe.
La Roumaine Roxana Mînzatu (S&D) est proposée pour le poste de vice-présidente exécutive chargée des Personnes, des Compétences et de l’état de Préparation et devrait aussi avoir le portefeuille ‘Compétences, Éducation et Culture, Emplois de qualité et Droits sociaux’. « Ces sujets sont sous le chapeau de la démographie », a précisé Mme von der Leyen.
Si la présidente du groupe S&D, Iratxe Garcia Perez, a salué le fait que la vice-présidente exécutive chargée du pilier social et de l'emploi soit issue de ses rangs, la délégation française du S&D, tout comme le groupe La Gauche, ont regretté publiquement qu’il n’y ait pas de vrai portefeuille 'social et emploi' (voir autre nouvelle).
Candidat de dernière minute pour la France (EUROPE 13483/1), Stéphane Séjourné (Renew Europe) devrait devenir vice-président exécutif à la Prospérité et la Stratégie industrielle. Il sera également responsable du portefeuille de l'Industrie, des PME et du Marché unique.
Enfin, l’Italien Raffaele Fitto (ECR) pourrait être vice-président exécutif chargé de la cohésion et des réformes. Il serait responsable du portefeuille de la politique de cohésion, du développement régional et des villes. Les représentants des groupes S&D et Verts/ALE se sont interrogés sur le fait d'octroyer une vice-présidence de la Commission à un membre de l’ECR, les conservateurs italiens n’ayant pas soutenu la candidature de Mme von der Leyen pour sa réélection à la présidence de la Commission européenne. La présidente du groupe Renew Europe au PE, la Française Valerie Hayer, a elle aussi regretté « ce choix politique qui est fait par Ursula von der Leyen, malgré les alertes qui ont été les nôtres ».
Interrogée sur le sujet, Mme von der Leyen a souligné l’importance de l’équilibre des partis politiques au sein des vice-présidences exécutives et rappelé la « vaste expérience » de M. Fitto, actuel ministre des Affaires européennes, concernant l'Italie du Sud, la Politique de cohésion, et le Plan national pour la reprise et la résilience, qui lui servira « pour aider à moderniser et renforcer notre cohésion, nos investissements et les politiques de croissance ».
La chrétienne-démocrate allemande a aussi rappelé que le Parlement européen avait lui-même deux vice-présidents sur 14 issus du groupe ECR. « Je pense qu’apprendre de la composition du PE et (la transposer à) la composition de la Commission européenne est une manière intelligente d’avancer », a ajouté Mme von der Leyen.
Économie/Commerce. De leur côté, les actuels vice-présidents de la Commission européenne, le Slovaque Maroš Šefčovič (NI) et le Letton Valdis Dombrovskis (PPE), devraient redevenir de ‘simples’ commissaires. Le premier se verrait confier un poste à double casquette avec, à sa charge, le Commerce et la Sécurité économique, y compris la Politique douanière et les Relations interinstitutionnelles et la Transparence. Pour ce second poste, il rendra directement compte à Mme von der Leyen.
M. Dombrovskis, un temps pressenti pour le portefeuille de l’Élargissement, devrait finalement hériter de l'Économie et de la Productivité, mais aussi de la mise en œuvre et de la Simplification. Là encore, pour ce second volet, il rendra directement compte à Mme von der Leyen.
Le portefeuille des Services financiers et de l'Union de l'épargne et de l'investissement devrait revenir à la portugaise Maria Luís Albuquerque (PPE). « Cela sera essentiel pour renforcer et achever notre union des marchés de capitaux et veiller à ce que l'investissement privé soit le moteur de notre productivité et de notre innovation », a précisé Mme von der Leyen.
Ekaterina Zaharieva (bulgare, PPE) pourrait devenir la commissaire aux Start-up, à la Recherche et à l'Innovation, et veillera, selon Mme von der Leyen, « à ce que nous investissions davantage et ciblions nos dépenses sur les priorités stratégiques et sur les innovations révolutionnaires ».
Devant la presse, Mme von der Leyen a révélé qu'au moins 20 États membres voulaient un portefeuille économique et qu'il avait fallu faire des choix.
Affaires étrangères/Défense. La Croate Dubravka Šuica (PPE) devrait s'occuper de la Méditerranée, un nouveau portefeuille. Elle sera également responsable du voisinage sud au sens large. L’objectif sera de créer un 'nouveau pacte pour la Méditerranée', portant sur des « partenariats globaux centrés sur l’investissement, la stabilité économique, l’emploi, l’énergie, les transports, la sécurité, la migration, et les autres sujets d’intérêt commun », selon sa lettre de mission.
Même si la procédure de nomination nationale est toujours en cours, la présidente a tout de même annoncé Marta Kos (Renew Europe) pour le poste de commissaire à l’Élargissement, également responsable du Voisinage oriental et du Soutien à l'Ukraine, y compris la poursuite des travaux de reconstruction.
Jozef Síkela (tchèque, PPE) devrait être le commissaire chargé des partenariats internationaux (voir autre nouvelle). Il dirigera les travaux sur le Global Gateway et veillera à ce que l'UE établisse « des partenariats mutuellement avantageux, qui investissent dans un avenir commun ».
Enfin, le député européen lituanien Andrius Kubilius (PPE) pourrait prendre le poste de commissaire à la Défense et à l'Espace. « Il travaillera au développement de l'Union européenne de la défense et au renforcement de nos investissements et de notre capacité industrielle », a précisé Mme von der Leyen, qui avait promis au Parlement un commissaire à la Défense.
Climat/environnement/énergie/transports. Actuel commissaire à l'Action pour le climat, le Néerlandais Wopke Hoekstra (PPE) devrait hériter du Climat, de la Neutralité carbone et de la Croissance propre. Il sera également responsable de la Fiscalité.
Jessika Roswall (PPE, suédoise) devrait avoir le portefeuille de l'Environnement, de la Résilience en matière d'eau et d'une Économie circulaire compétitive.
Le Danois Dan Jørgensen (S&D) devrait hériter du poste de commissaire à l'Énergie et au Logement. « Ses travaux contribueront à faire baisser les prix de l'énergie, à investir dans l'énergie propre et à s’assurer que nous réduisions nos dépendances », a précisé Mme von der Leyen, qui avait promis au S&D un commissaire au Logement.
Le portefeuille du Transport et du Tourisme durables, y compris la mobilité des biens et des personnes, devrait revenir au Grec Apostolos Tzitzikostas (PPE).
Agriculture/Pêche/Santé. Le Luxembourgeois Christophe Hansen (PPE) devrait s'occuper de l'Agriculture et de l'Alimentation, et le Chypriote Costas Kadis (PPE) pourrait devenir commissaire chargé de la Pêche et des Océans. L’objectif est, selon Mme von der Leyen, de construire un secteur résilient, compétitif et durable, et de présenter le premier 'Pacte européen pour les océans'.
Le Hongrois Oliver Várhelyi (PfE) devrait hériter du portefeuille de la Santé et du Bien-être animal. « Il sera responsable de la construction de l'Union européenne de la santé et de la poursuite du travail sur la lutte contre le cancer et sur la santé préventive », selon Mme von der Leyen.
Affaires intérieures/Droits fondamentaux. L’Autrichien Magnus Brunner (PPE) devrait être chargé de l'Intérieur et de la Migration. Au-delà de la mise en œuvre du 'Pacte sur l'asile et la migration', il se concentrera aussi sur le renforcement de nos frontières et sur l'élaboration d'une nouvelle stratégie de sécurité intérieure.
Le portefeuille de la Démocratie, la Justice et l'État de droit devrait revenir à l’Irlandais Michael McGrath (Renew Europe). Il devra faire avancer le 'Bouclier européen de la démocratie', les travaux sur l'État de droit, la lutte contre la corruption et la protection des consommateurs.
Budget/gestion de crises/ECJS. Le portefeuille du Budget, de la Lutte antifraude et de l'Administration publique devrait revenir au Polonais Piotr Serafin (PPE), qui rendra directement des comptes à la présidente de la Commission. En plus de préparer le prochain budget à long terme, il devra veiller à ce que la Commission dispose d’une institution moderne à la disposition des Européens.
La Belge Hadja Lahbib (Renew Europe) pourrait devenir la commissaire en charge de l’État de préparation et de la gestion de crise. Ce nouveau portefeuille se penchera sur la résilience, l’état de préparation et la protection civile.
Enfin, le Maltais Glenn Micallef (S&D) devrait prendre le poste de commissaire à l'Équité intergénérationnelle, la Culture, la Jeunesse et le Sport.
Prochaine étape : l’examen des conflits d’intérêts. Une fois que le Parlement européen aura reçu tous les documents officiels que la procédure exige, les candidats feront l'objet d'un examen de leurs possibles conflits d’intérêts, après analyse de leur déclaration d'intérêts.
Ils feront ensuite face à des auditions par les eurodéputés, qui pourraient être fatales pour certains. « C'est maintenant que ça se joue. On sera constructif, mais exigeant dans les auditions des commissaires », a prévenu Valérie Hayer (Renew Europe, française).
Si Mme von der Leyen a rappelé qu'être commissaire ne signifiait pas être un expert technique en détails, mais un responsable politique, Christophe Clergeau (S&D, français) a précisé qu'il ne s’agirait pas seulement d’évaluer « les compétences ou la conformité aux règles des candidats, mais aussi de parler de politique ».
Olivér Várhelyi est déjà sur la sellette. « Ce Hongrois, personne n’en veut, il ne va pas survivre à l’épreuve des auditions », a déjà prédit un élu. La délégation française du groupe Renew Europe a d'ores et déjà annoncé qu'elle ne le soutiendrait pas.
D'ici là, les commissaires désignés seront accueillis par Mme von der Leyen mercredi 18 septembre dans l'après-midi à la Commission européenne, à Bruxelles, pour leur permettre de se rencontrer. « Cette réunion donnera le coup d'envoi des préparatifs du processus de confirmation », a précisé le porte-parole de la Commission européenne, Eric Mamer, sur X. (Camille-Cerise Gessant et Léa Marchal)