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Bulletin Quotidien Europe N° 13399
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INSTITUTIONNEL / Avenir de l'ue

Défense, économie, commerce, valeurs, Emmanuel Macron esquisse sa vision d'une nouvelle « Europe puissance »

Sept ans après un premier discours tenu à l'Université parisienne de la Sorbonne (EUROPE 11870/1), le président français, Emmanuel Macron, a esquissé à nouveau, jeudi 25 avril, une nouvelle vision pour l’Union européenne alors que les Européens seront appelés à désigner leurs eurodéputés, du 6 au 9 juin.

Le président s’est inscrit dans le prolongement de son discours de septembre 2017 dans lequel il pointait comme principales menaces pour l’Union « le nationalisme, l’identitarisme et le protectionnisme, le souverainisme de repli ». Il voulait alors refonder une « Europe souveraine, unie et démocratique » et avait listé plusieurs priorités entre la sécurité, l’immigration, le développement durable, la régulation du numérique et l’économie.

Ce jeudi 25 avril, le président français a cette fois dessiné les contours d’une « Europe puissance », qui, à la fois, maîtrise ses frontières, renforce sa sécurité et sa défense et défend ses valeurs, mais se retrouve aussi à un moment « de bascule », en particulier en raison du nouveau contexte géopolitique.

M. Macron juge en effet à présent que l’UE « est confrontée à une menace mortelle », due au « déclin économique, à la montée de l'illibéralisme et au retour de la guerre » avec le conflit en Ukraine. « C'est aujourd’hui que se joue la question de la paix et de la guerre sur notre continent et notre capacité à assurer notre sécurité ou pas », a-t-il mis en garde.

Consacrant la première partie de son discours, long de 108 minutes, aux réussites actées ces sept dernières années, notamment sur l'endettement commun pendant la Covid-19, les vaccins ou encore la régulation du secteur numérique avec le DSA et le DMA, il a ensuite formulé les actions nécessaires, selon lui, pour réaliser cette « Europe puissance ».

En matière de défense, Emmanuel Macron a ainsi plaidé pour une « Europe puissance » qui « se fait respecter »« assure sa sécurité » et reprend « son autonomie stratégique ».

Face à des « adversaires désinhibés », « il nous faut faire émerger (...) une défense crédible du continent européen », qui permettra de bâtir les garanties de sécurité qu'attendent les partenaires de l'Europe.

Au-delà de la construction du pilier européen au sein de l’OTAN, le président a annoncé qu’il allait inviter, « dans les prochains mois », ces partenaires à une initiative européenne de défense « qui doit d'abord être un concept stratégique dont nous déduirons ensuite des capacités pertinentes : antimissiles, tirs dans la profondeur, comme toutes les capacités utiles ». Il a aussi souhaité la création d’une « capacité européenne de cybersécurité et de cyberdéfense ».

Le président a également plaidé pour la création d’une « intimité stratégique » entre les armées européennes.

Selon lui, cela doit passer par le lancement d’une deuxième étape de l’initiative européenne d’intervention, par l'élaboration de stratégies européennes de sécurité et de défense régionale en Méditerranée, en Afrique, dans la région indopacifique, en Arctique « pour unifier (les) visions et mieux répartir (les) forces entre Européens » et par une académie militaire européenne afin de former les futurs cadres militaires et civils aux enjeux de sécurité et de défense. 

Autre priorité de M. Macron ainsi que de la Commission européenne : le renforcement de l’industrie européenne de défense. Il a appelé à « produire plus vite, davantage et plus en Européen », faisant écho au « dépenser plus, mieux et en Européen » de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen. Selon lui, il faut insérer dans les traités européens la préférence européenne dans les secteurs stratégiques que sont la défense et l'espace.

M. Macron a également souhaité que l’UE réussisse à bâtir des programmes industriels européens, travaille au développement de standards communs et de grands champions européens, assume un soutien accru de la Banque européenne d'investissement et des financements supplémentaires, y compris les plus innovants, comme l'idée d'un emprunt européen, proposé par la Première ministre estonienne, Kajas Kallas.

Il a également estimé qu'il fallait « bâtir une Europe en capacité de montrer qu'elle n'est jamais le vassal des États-Unis d'Amérique et qu'elle sait aussi parler à toutes les régions du monde (...), pas simplement par des accords commerciaux, mais avec des vraies stratégies de partenariat équilibré et réciproque ».

Un modèle économique européen actuel qui n'est plus viable

Sur le plan économique, l’UE ne peut plus non plus continuer comme avant. « Notre modèle, tel qu'il est conçu aujourd'hui, n'est plus soutenable, parce que nous voulons légitimement tout avoir, mais ça ne tient plus ensemble. Nous voulons évidemment le social et nous avons le modèle social et de solidarité le plus généreux du monde. C'est une force. Nous voulons le climat, avec l'énergie décarbonée, mais nous sommes le seul espace géographique qui a pris les règles pour y arriver. Les autres ne vont pas au même rythme. Nous voulons un commerce qui nous profite, mais avec plusieurs autres qui commencent à changer les règles du jeu, qui sur-subventionnent, de la Chine aux États-Unis d'Amérique. On ne peut pas durablement avoir les normes environnementales et sociales les plus exigeantes, moins investir que nos compétiteurs, avoir une politique commerciale plus naïve qu'eux et penser que l'on continuera à créer des emplois. Ça ne tient plus », a considéré le chef de l'État.

Il a ainsi proposé un 'Pacte de prospérité' et l'accélération de la politique industrielle. Il faut pour cela des « objectifs de production sur le sol européen », « des actions de formation », des « investissements communs » et « consolider ce que nous avons déjà fait ». 

« Décidons maintenant de faire de l'Europe un leader mondial d'ici 2030 dans cinq secteurs parmi les plus émergents et les plus stratégiques », a déclaré le président, citant l'intelligence artificielle, l'informatique quantique, l'espace, les biotechnologies et les nouvelles énergies, notamment l'hydrogène.

« Nous réglementons trop, nous investissons trop peu, nous sommes trop ouverts et nous ne défendons pas assez nos intérêts », a aussi jugé le président, appelant aussi l’UE à une « révision » de sa politique commerciale. « L'ouverture, oui, mais en défendant nos intérêts ». Et de pointer le risque « de créer un continent (l'Europe) qui sur-contraint les producteurs sur son sol et, par sa politique commerciale, lève les contraintes sur les produits qu'il importe ».

Sans révision fondamentale de cette politique commerciale, l'UE pourrait « devenir un marché de consommateurs où il n'y aura plus de producteurs conformes à nos objectifs et qui sera, par les dépendances ainsi créées, obligé de consommer des produits qui ne respectent pas nos normes ».

Simplification de l'Europe

Il faut aussi « mettre fin à l'Europe compliquée », a plaidé Emmanuel Macron, et à la surrégulation. « Nous avons bâti des réglementations utiles qui donnaient des jalons, des repères, des caps. Mais nous avons aussi parfois été beaucoup trop dans le détail, empêchant aussi les acteurs économiques de se projeter dans le temps long et créant des désavantages compétitifs pour nos acteurs par rapport à leurs compétiteurs internationaux. Nous devons avoir le courage de l'allègement, en premier lieu par une revue des seuils et des obligations pesant sur les TPE, PME », a estimé M. Macron.

« Nous devrons revenir au principe de proportionnalité » et « laisser de la flexibilité nationale dans la mise en œuvre. C'est pourquoi, la prochaine mandature devra passer par plusieurs vagues de simplification de nos réglementations »

Au rang des valeurs, le Président a voulu défendre un « humanisme » européen et la défense d’un modèle de société qui « nous distingue des autres », souhaitant, par exemple, que l’avortement figure dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne.

Alors que le président a mis la régulation du numérique avec le DSA et le DMA au rang des grandes réussites depuis 2017, il veut désormais « reciviliser l’espace numérique » et a plaidé pour « l'Europe de la majorité numérique à 15 ans ». « Avant 15 ans, il doit y avoir un contrôle parental sur l'accès à cet espace numérique », a-t-il avancé, refusant que les parents envoient leurs enfants de 5, 10 ou 12 ans dans « la jungle » numérique.

Sur l’immigration, Emmanuel Macron, qui a salué l'accord sur le Pacte 'Asile et migration', a appelé à « une vraie politique européenne et une vraie coordination » et à « davantage de coordination avec les pays d'origine et de transit ». Il souhaite agir « avec plus de fermeté » en matière de « retours et de réadmissions » et développer les conditionnalités avec les pays tiers.

Mais il ne veut pas d’une Europe qui réplique le projet britannique d’externalisation des demandeurs d’asile au Rwanda, qui ne correspond pas aux valeurs européennes.

Dans un message publié sur X, le chancelier allemand, Olaf Scholz, a salué le discours. « La France et l’Allemagne veulent ensemble que l’Europe reste forte. Ton discours contient de bonnes impulsions sur la manière dont nous pouvons y parvenir. Ensemble nous faisons avancer l'Europe : politiquement et économiquement ».

Voir le texte du discours d'Emmanuel Macron : https://aeur.eu/f/bz2 (Solenn Paulic avec Camille-Cerise Gessant et Isalia Stieffatre)

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