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Bulletin Quotidien Europe N° 13363
Sommaire Publication complète Par article 14 / 37
INSTITUTIONNEL / Interview pe2024

Il est temps pour les chrétiens-démocrates de préciser « les choix politiques » et les alliances possibles en vue de la future coalition au Parlement européen, estime Pedro Marques

Pedro Marques (S&D, Portugais) est vice-président du groupe S&D au Parlement européen. Croisé par EUROPE lors du congrès du 2 mars, à Rome, du Parti socialiste européen ayant désigné le Luxembourgeois Nicolas Schmit comme tête de liste des Européennes, le député membre de la commission 'Affaires étrangères' du PE, explique en quoi le PES se distingue du PPE et revient sur les choix politiques cruciaux que devra également faire le PPE pour espérer une alliance avec les socialistes. (Propos recueillis par Solenn Paulic)

Agence Europe : Pourquoi était-il si important pour les socialistes européens de se rencontrer à Rome ?

Pedro Marques : Venir à Rome est vraiment spécial, pas seulement à cause de ce qui s'est passé dans les rues de Rome à Acca Larentia il y a quelques semaines (des centaines de personnes ont fait des saluts fascistes le 7 janvier en commémorant la mort de trois militants d’un ancien parti d’extrême droite et néofasciste, NDLR), mais pour le simple fait qu'on a ce gouvernement entre l'extrême droite et le centre droit ici en Italie.

Nous avons ailleurs en Europe ces mariages entre le centre droit et l'extrême droite, mais ici, ils ont vraiment pris le devant de la scène. Et nous voulons que cette famille politique, les progressistes, les sociaux-démocrates, envoient un message clair : il n'y a pas de flirt, il n'y a pas de mariage possible avec ces idées et avec ces personnes. Et les Européens doivent le savoir. C'est un message clair que nous envoyons à tous les démocrates d'Europe : nous sommes la famille politique qui ne fera pas de compromis avec l'extrême droite et avec ses valeurs. 

Que ressentez-vous lorsque vous voyez Mme von der Leyen côtoyer si souvent Georgia Meloni ? Quelle attitude adopterez-vous si, après l'élection, elle tentait d’obtenir les voix de Mme Meloni pour assurer sa reconduction ? 

C'est le moment de discuter des choix politiques et des options politiques et des priorités en vue de l'élection. Et là, il y a effectivement une différence claire entre nous et le PPE. Les membres du PPE continueront-ils, par exemple, à soutenir le Green Deal et une transition équitable, ou essaieront-ils de revenir en arrière sur le Green Deal ? Continueront-ils à soutenir les droits sociaux et à leur donner la priorité ? Ou les mettront-ils en jeu, comme nous le supposons ? Soutiendront-ils une position claire sur l'État de droit et ne feront-ils pas de compromis avec ceux qui sont contre l'État de droit ? Ou vont-ils continuer à soutenir des gouvernements, par exemple le gouvernement de Serbie, M. Vucic étant un membre éminent du PPE ? Ce sont les questions que nous poserons au PPE et qui seront posées lors du débat pour les élections européennes. Et ce sont des questions que nous poserons aussi évidemment à Ursula von der Leyen.

Car tout cela s’adresse aussi à elle. Nous avons vu Ursula von der Leyen, tout au long de ce mandat, soutenir le Green Deal, les propositions de Frans Timmermans, les politiques que notre famille politique a mises dans son programme. Elle a mis en œuvre des politiques sociales par l'intermédiaire de notre candidat, Nicolas Schmit. Le moment est donc venu pour elle de s'exprimer clairement. A-t-elle réellement soutenu ces politiques ou les a-t-elle simplement mises en œuvre parce qu'elles faisaient partie du compromis avec les progressistes ? 

Pour revenir à Nicolas Schmit. Pourquoi pensez-vous qu'il est le meilleur candidat pour la Commission européenne ? 

Ce choix est évident. Tout notre Congrès a porté sur les conditions sociales des familles en Europe, des classes moyennes, des familles plus pauvres, sur la lutte contre la vie chère, la crise du logement, la possibilité d'augmenter les salaires minimums, les négociations collectives, la protection des travailleurs, les transitions équitables. C'est le cœur du programme de notre famille politique. Et c’est Nicolas Schmit qui, tout au long de ces cinq années, a été le chef de file de ces politiques sociales au sein de la Commission européenne. C'est lui qui a élaboré l'agenda social de Porto avec le gouvernement portugais, en plaçant au centre des politiques européennes le pilier des droits sociaux. C'est donc un choix évident. 

De nombreux élus socialistes appellent à mettre au point un nouveau Pacte social, un nouveau ‘Green deal social’. Quelles initiatives concrètes pourrait-il contenir ? 

Il faudra, les cinq prochaines années, s’attaquer au coût de la vie, aux conséquences des transitions, soutenir les familles, les petites entreprises les agriculteurs dans la transition, mettre le social au centre de l'action. Bien sûr, pour cela, il faut aussi des ressources. C'est pourquoi nous nous battons pour obtenir des ressources propres, pour une capacité d'investissement européenne. Ce sont des politiques qui se distinguent de l'extrême droite, et certainement même du PPE. Cette idée que nous avons besoin d'une Europe plus forte avec plus de politiques sociales et de ressources pour la soutenir à travers une capacité d'investissement. Il s'agit d'une différence claire entre nous et le centre droit, qui parle de priorités complètement différentes. Ils parlent de murs. Ils parlent de revenir sur le 'Pacte vert'. On ne les entend pas dire quoi que ce soit d'important sur les politiques sociales. 

Craignez-vous que certains dirigeants soient tentés de faire un choix entre les dépenses sociales et les dépenses pour la défense ? 

Nous avons besoin d'une Europe plus autonome, plus stratégique sur la scène internationale, en ce qui concerne même notre sécurité en tant qu'Européens. Nous avons besoin d'une Europe plus ambitieuse et c'est le genre de choix que je ne veux pas que nous fassions. Nous devons nous occuper de notre sécurité, mais il y a une dimension importante, qui est celle de la sécurité économique des citoyens. Les citoyens doivent être en sécurité et avoir le sentiment qu'ils ne perdront pas leur emploi à cause des transitions, qu'ils ne finiront pas dans l'extrême pauvreté sans aucune aide de l'État. Pour ne pas avoir à faire ce genre de choix, nous devons donc être plus ambitieux. Nous devons mettre en œuvre les ressources dont nous avons discuté à maintes reprises au Parlement européen et que le Conseil a retardées. Il faut aller vers plus d'Europe, vers une meilleure Europe, vers une Europe plus sociale et plus sûre. 

Pour revenir au Green Deal et aux agriculteurs. Est-il trop tard pour que les socialistes parlent aux agriculteurs ? Comment pouvez-vous vous réconcilier avec eux ? 

Il y a eu beaucoup d'hypocrisie de la part des libéraux et du PPE au sujet des agriculteurs, parce que les libéraux et le PPE ont voté le Pacte vert avec nous : toutes ses politiques au début, ils ont voté avec nous. Aujourd'hui, ils font marche arrière sur la loi sur la restauration de la nature.

Ils ont donc présenté ces grands objectifs avec nous, ces objectifs audacieux, mais lorsqu'il s'agit de mettre en œuvre les politiques, ils font marche arrière. Il n’est pas possible d’atteindre la neutralité carbone au niveau européen si l’on ne met pas en œuvre ces politiques. Nous ne souhaitons pas, nous, revenir sur le Pacte vert juste pour obtenir quelques votes.

Ce que nous devons faire, c'est soutenir les familles les plus pauvres, soutenir les petites et moyennes entreprises et soutenir les agriculteurs dans la transition, en termes de formation, en termes de soutien à leurs entreprises dans la transition, en termes de soutien aux travailleurs dans la transition numérique. Il est clair, par exemple, qu’il faudra revoir les moyens du Fonds social pour le climat et se doter de davantage de ressources pour accompagner ces transitions.

Ce n'est pas en revenant sur l'ambition de l'Europe que nous arriverons à quelque chose. C'est ce que j'ai vu de la part du PPE et ce n'est certainement pas un progrès.

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