La Commission européenne a encore revu à la baisse, jeudi 15 février, ses prévisions de croissance économique pour la zone euro, les ramenant à 0,5% du PIB pour 2023 et à 0,8% du PIB en 2024, contre respectivement 0,6 et 1,3% dans ses précédentes prévisions, formulées en novembre dernier (EUROPE 13293/2). Au niveau de l'UE, la croissance devrait s'élever à 0,5% en 2023 et à 0,9% en 2024. L'institution de l'UE s'attend néanmoins toujours à un « rebond » cette année, quoique retardé.
Après une période post-pandémie de Covid-19 de forte croissance, « l'économie de l'UE a débuté l'année sur une base plus faible que prévu », a déclaré le commissaire européen à l'Économie, Paolo Gentiloni, faisant état de perspectives « mitigées » pour le premier trimestre 2024, notamment en raison de la faiblesse de l'économie allemande.
Néanmoins, le commissaire a estimé que les conditions macroéconomiques pour un rebond demeurent réunies. Il a cité la baisse plus rapide que prévu de l'inflation, des prix énergétiques maîtrisés, des conditions de crédit qui devraient graduellement se détendre, le maintien d'un marché du travail dynamique et la stimulation des investissements publics via le Plan de relance européen Next Generation EU. Toutefois, les risques baissiers continuent de prédominer, notamment en raison des répercussions sur l'économie des tensions géopolitiques (agression russe de l'Ukraine, guerre Israël/Hamas).
Interrogé sur la nécessité pour les pays de la zone euro de réviser l'orientation budgétaire restrictive pour 2024 (EUROPE 13328/25), M. Gentiloni s'est limité à rappeler que l'Eurogroupe recommande aussi que les politiques budgétaires nationales demeurent « agiles » de manière à réagir à l'évolution de la conjoncture économique.
Sur le plan de la croissance, les différences demeurent importantes selon les États membres. En 2023, onze pays ont essuyé une récession : l'Estonie (-3,5% du PIB), l'Irlande (-1,9%), le Luxembourg et la Hongrie (-0,8% chacun), l'Autriche (-0,7%), la Lettonie (-0,6%), la Finlande et la République tchèque (-0,4% chacune), l'Allemagne et la Lituanie (-0,3% chacune) et la Suède (-0,1%). Les moteurs de la croissance étaient Malte (6%), la Croatie (2,6%), l'Espagne (2,5%), Chypre (2,4%) et la Grèce (2,2%).
En 2024, tous les États membres devraient retrouver une croissance économique positive. Les performances de Malte (4,6% du PIB), de Chypre (2,8%), de la Croatie (2,6%), de la Grèce et de la Slovaquie (2,3% chacune) demeureront fortes. En revanche, la Suède (0,2%), l'Allemagne (0,3%) et les Pays-Bas (0,4%) devraient échapper de peu à la récession. Et la production de richesses sera modeste en Italie (0,7%) et en France (0,9%), mais toujours soutenue en Espagne (1,7%).
Interrogé sur la situation en Allemagne, M. Gentiloni a évoqué des « défis structurels » à surmonter dans le secteur énergétique et en matière d'exposition commerciale à la Chine. Plus tôt, au Parlement européen, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, avait évoqué la nécessité pour Berlin de revoir son modèle économique afin d'accroître l'indépendance énergétique (voir autre nouvelle).
Inflation. Concernant l'inflation, la Commission est d'avis que celle-ci a diminué plus rapidement que prévu à l'automne dernier, en raison principalement de la baisse continue des prix énergétiques mais aussi du ralentissement économique. Ainsi, au niveau de la zone euro, la hausse des prix devrait être ramenée de 5,4% en 2023 à 2,7% en 2024 et 2,2% en 2025.
Enfin, M. Gentiloni a vu d'un bon œil le fait que le marché du travail en Europe se porte toujours bien malgré l'essoufflement actuel de l'économie, avec une hausse de l'emploi s'étant élevée en 2023 à 1,3% dans l'UE et à 1,4% dans la zone euro.
Le commissaire a également confirmé que la Commission proposera « fin juin » l'ouverture de procédures pour déficit excessif aux États membres dont le déficit dépasse 3% du PIB national, sur la base des chiffres définitifs d'Eurostat. Entre dix et douze pays seront concernés.
Voir les prévisions économiques d'hiver de la Commission : https://aeur.eu/f/avg (Mathieu Bion)