Alors que la colère des agriculteurs continue de secouer certains pays de l'Union européenne, comme l'Espagne, les trois groupes du 'Comité économique et social européen' (CESE) ont souligné, mercredi 7 février, l'importance de garantir un revenu approprié aux agriculteurs et de filtrer l'entrée dans l'UE des produits agricoles ne respectant pas les normes européennes (EUROPE 13345/1).
Les difficultés auxquelles font face les agriculteurs ne datent pas d'hier, ni même du moment où le 'Pacte vert européen' a été initié, mais de plusieurs années, a indiqué Peter Schmidt (groupe II, allemand) à quelques journalistes. Il a exposé « la distribution inéquitable » des rémunérations au sein de la chaîne alimentaire, qui désavantage les agriculteurs parfois contraints de vendre à perte face au pouvoir de négociation disproportionné de l'agro-industrie.
Rapporteur du CESE sur la Politique agricole commune (PAC) post-2027, Stoyan Tchoukanov (groupe III, bulgare) a mis en avant la nécessité de « renégocier » les marges de façon à ce que les agriculteurs bénéficient d'une part équitable des profits. Aujourd'hui, si les agriculteurs sont dans la rue, ce n'est pas tant pour la question du changement climatique, mais pour demander des revenus décents, a-t-il ajouté.
Président de l'Organisation mondiale des agriculteurs, Arnold Puech d'Alissac (groupe I, français) a appuyé l'idée d'avoir « une discussion avec l'industrie ». Il a évoqué une campagne de l'Observatoire français de la formation des prix et des marges des produits alimentaires démontrant qu'en 2018, sur 100 euros de produits alimentaires, moins de 7 euros revenaient aux agriculteurs.
Interrogé sur l'impact des accords de libre-échange entre l'UE et ses partenaires commerciaux, M. Schmidt a estimé que, « si nous fixons des normes pour l'UE, les produits arrivant dans l'UE doivent respecter les mêmes normes ». Le libre-échange ne doit pas mener à une course au moins-disant, a-t-il insisté, tout en mettant en garde contre une remise en cause du marché intérieur au sein de l'UE.
Si vous allez trop loin, trop vite, ce sont les agriculteurs qui en font les frais, a estimé M. Puech d'Alissac. Il a craint « une concurrence déloyale » au détriment de l'agriculture européenne si les produits du Mercosur arrivent dans l'UE. Et de critiquer le fait que la PAC impose des jachères, mais interdit de placer du bétail sur ces jachères.
Dialogue stratégique. Les trois intervenants ont également critiqué le fait que la Commission européenne n'ait invité ni le CESE ni le Comité européen des régions à participer au dialogue stratégique que l'institution de l'UE a récemment initié avec des représentants du secteur pour faire des propositions sur l'avenir de l'agriculture en Europe (EUROPE 13337/7).
Fin janvier, le CESE a écrit à la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, pour lui demander de quelle manière il sera impliqué dans la réflexion. (Mathieu Bion)