Jeudi 11 janvier, le Conseil de l’Europe a officiellement communiqué la liste des candidats à la succession de la Croate Marija Pejčinović Burić au poste de Secrétaire général de l’organisation internationale sise à Strasbourg.
Mme Pejčinović Burić ne se représentant pas pour un second mandat « sur décision personnelle », les candidats sont au nombre de trois : l’ancien ministre de la culture estonien Indrek Saar, l’actuel commissaire européen à la justice, le Belge Didier Reynders, et l’ancien président du Conseil fédéral suisse Alain Berset.
Indrek Saar était candidat depuis décembre 2023. Les gouvernements belge et suisse ont présenté leur candidat respectif à la date ultime de réception par le Comité des ministres du Conseil de l’Europe fixée mercredi 10 janvier à 18h. Pour Alain Berset, ce fut 15 minutes avant le gong.
Si le profil de Indrek Saar, trop peu international aux yeux des observateurs, a peu de chances de convaincre, celui des deux autres candidats a a priori plus de poids. En ce qui concerne M. Reynders (déjà candidat – malheureux –lors de l’élection de Marija Pejčinović Burić en 2019 - EUROPE 12223/33), son atout est de connaître de l’intérieur le fonctionnement de l’Union européenne.
« Les dossiers communs aux deux organisations sur lesquels Didier Reynders était actif ne manquent pas », a souligné la juriste Frédérique Berrod, professeure de droit de l’UE à IEP Strasbourg et spécialiste des relations UE/Conseil de l’Europe.
Elle a cité l’adhésion de l’Union à la Convention européenne des droits de l’homme, à propos de laquelle le Commissaire Reynders était venu faire le point devant l’assemblée parlementaire lors de la session d’octobre 2023 (EUROPE 13270/31), mais aussi l'entrée en vigueur dans l'UE de la Convention d’Istanbul contre les violences faites aux femmes (EUROPE 13262/20).
« Ce texte a été ratifié par l’Union, mais il faudra définir – dans le processus de suivi mené par les experts indépendants du GREVIO – sa compétence propre et celle de ses États membres. Sans compter les questions que poseront les pays qui, parmi les Vingt-sept, n’ont pas ratifié la Convention, mais y sont malgré tout liés par la ratification de l’Union », a noté Mme Berrod.
« Au nombre des dossiers sur lesquels tant le Conseil de l’Europe que l’Union européenne sont très engagés, on compte aussi : l’intelligence artificielle, le droit à un environnement sain, la défense de l’État de droit et celle des droits humains ainsi que la protection des journalistes et celle des enfants contre les violences sexuelles, y compris sur Internet », a relevé Frédérique Berrod, insistant également sur les questions budgétaires.
« L’Union qui réfléchit à ses perspectives financières reste le principal bailleur d’un Conseil de l’Europe dont les ambitions ont été redynamisées par le récent sommet de Reykjavik », souligne-t-elle (EUROPE 13184/2).
À ce stade, Didier Reynders peut désormais être considéré comme « candidat formel » au poste de Secrétaire général du Conseil de l’Europe, a confirmé l’Organisation à EUROPE.
Il entre donc en phase de campagne et devrait se mettre en congé de son poste s’il respecte le code de conduite des commissaires européens.
Tout comme les deux autres candidats, l'ancien ministre belge sera auditionné en mars par le Comité des ministres du Conseil de l’Europe, qui transmettra sa liste définitive à l’Assemblée parlementaire.
Celle-ci procédera ensuite à l’élection prévue en juin 2024.
Le mandat de cinq ans du nouveau Secrétaire général débutera le 18 septembre 2024. (Véronique Leblanc)