Les ministres des Affaires étrangères des États membres de l'UE se réuniront lundi 11 décembre en Conseil 'Affaires étrangères' pour débattre de la guerre en Ukraine, de la situation au Proche-Orient et du recalibrage de la stratégie de l'UE pour le Sahel.
Cette réunion sera précédée par un dîner informel, dimanche 10 décembre au soir, avec l’opposante politique biélorusse Svetlana Tikhanovskaïa, et sera suivie, lundi, par une réunion ministérielle avec les pays du Partenariat oriental.
Ukraine. Les ministres entendront d'abord leur homologue ukrainien, Dmytro Kuleba, présent à Bruxelles, leur faire rapport de la situation sur le terrain et des besoins de son pays, avant de se pencher une nouvelle fois sur le soutien à apporter à l'Ukraine.
« Étant donné le rejet par le Sénat américain du soutien de 60 milliards de dollars, il est très important que l’UE montre son plein soutien financier, militaire et politique. On discutera de la candidature de l’Ukraine à l’adhésion à l’UE – c’est le moment de poursuivre -, on parlera aussi des engagements de sécurité », soulignait vendredi un haut fonctionnaire européen.
Le Conseil discutera du 12e paquet de sanctions à l'encontre de la Russie, axé sur les diamants et les produits en aluminium, proposé le 14 novembre, par la Commission européenne et le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell (EUROPE 13293/1), de la Facilité de 50 milliards pour l'Ukraine, du soutien à long terme par la 'Facilité européenne pour la Paix' et de la recommandation de la Commission européenne d’ouvrir les négociations d’adhésion avec l’Ukraine.
« Il s'agit d'envoyer un signal fort sur la nécessité de poursuivre le soutien autant que nécessaire, notamment le soutien en matière militaire, de réaffirmer l'importance d'une ouverture des négociations d'adhésion et de l'adoption rapide du 12e paquet de sanctions », selon un diplomate européen.
Aucune décision ne devrait toutefois être prise lundi, la Hongrie bloquant ces dossiers. Le Conseil européen des 14 et 15 décembre devrait se saisir de ces sujets avec l'objectif de lever les blocages.
Proche-Orient. Les ministres discuteront de la situation en Israël, dans la Bande de Gaza, en Cisjordanie et dans la région à l'heure où les combats ont repris entre Israël et le Hamas et où le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, appelle à un cessez-le-feu humanitaire après avoir prévenu d'un risque d'effondrement du système humanitaire à Gaza (EUROPE 13309/22).
Un document d'orientation préparé par le Service européen pour l'action extérieure sur les options et le 'jour d'après' (après la guerre) guidera la discussion.
L'échange de vues portera notamment sur l'idée de sanctionner le Hamas et celle d'imposer des sanctions individuelles aux colons extrémistes coupables de violences contre les Palestiniens en Cisjordanie. La Belgique, la France et l’Allemagne sont en faveur de telles mesures.
Le Haut Représentant de l’UE a dénoncé, le 6 novembre, la démolition « en violation du droit international, par des colons israéliens, de l'école de Zanuta, construite par l'UE. La violence des colons contre les communautés palestiniennes doit cesser », a-t-il prévenu.
« Le Hamas est une organisation terroriste. L'UE le dit depuis longtemps, mais, après les atrocités du 7 octobre, nous voulons faire en sorte de renforcer les sanctions », a déclaré un haut fonctionnaire de l'UE.
Selon un diplomate, sont envisagés un régime dédié concernant le Hamas et une extension du régime de sanctions pour l'Iran - les mesures restrictives prises dans le cadre du soutien de l'Iran à l'agression russe - dont le champ pourrait être étendu à la participation de l'Iran à la déstabilisation régionale. « Ces deux options sont liées », a expliqué cette source.
Quant aux sanctions contre les colons violents, elles pourraient revêtir la forme d'une interdiction de visa.
« Nous avons l'idée partagée qu'il faut préserver la Cisjordanie et la possibilité d'avoir un État palestinien. Les mesures concerneraient les colons qui sont contre la solution à deux États. Étant donné que l'armée d'Israël n'a pas agi contre ces actes illégaux, nous réfléchissons à des sanctions à l'encontre des individus. Les États-Unis l'ont déjà fait », a expliqué un haut fonctionnaire de l'UE.
De l'avis d'un diplomate européen « les positions américaines peuvent avoir un effet de traction dans le débat européen », et « une déflagration en Cisjordanie hypothéquerait totalement une solution à deux États ».
Sahel. Les ministres, qui avaient entamé en septembre leur réflexion pour revoir la stratégie holistique de l'UE pour le Sahel (EUROPE 13253/29) après les coups d'État au Mali, au Burkina Faso, puis au Niger en juillet, devraient la poursuivre, ce qu’ils n’ont pas eu le temps de faire en octobre (EUROPE 13276/4) et en novembre. Le Conseil européen d'octobre avait demandé à la Commission européenne et au SEAE de préparer des options pour adapter l’action de l’UE et les instruments à la situation actuelle dans la région (EUROPE 13279/6). C'est chose faite.
Un haut fonctionnaire a souligné que « L'approche régionale n'a pas fonctionné. Il faut une approche pays par pays. Ce qui se passe au Sahel pourrait avoir des conséquences sur les pays côtiers. Nous devons réorienter notre coopération au développement et nous engager vers un dialogue bilatéral ».
Selon un diplomate, les propositions du Haut Représentant visent à « déployer l'action selon une approche transactionnelle, flexible, au cas par cas, en mettant l'accent sur le Tchad, la Mauritanie, les pays du golfe de Guinée pour éviter la contagion de la menace sur la région ».
Initialement inscrite à l'ordre du jour, une discussion sur la dimension de politique étrangère de la sécurité économique n'aura finalement pas lieu lundi, compte tenu de « l'urgence sur les autres sujets », selon un diplomate européen.
Partenariat oriental. À l'issue de la session, les ministres des États membres et de l’Arménie, de l’Azerbaïdjan, de la Géorgie, de la Moldavie et de l’Ukraine feront le point, lundi, sur les réalisations du Partenariat et identifieront des recommandations concrètes pour l'avenir de cette politique.
Ils se pencheront notamment sur la façon dont le Partenariat oriental peut continuer à garantir que les besoins des États membres et des pays partenaires sont satisfaits, sur les principales priorités du travail commun en 2024, sur les moyens d’accélérer la mise en œuvre du plan économique et d'investissement pour le partenariat oriental et sur la façon d’accroître la coopération avec des régions telles que l'Asie centrale et les Balkans occidentaux et les synergies avec d'autres politiques régionales, telles que la synergie de la mer Noire. Les ministres s'efforceront de consolider leur engagement sur des résultats concrets pour 2024, notamment dans le domaine de l'itinérance régionale, de la sécurité routière et des transports, précise le Conseil dans son communiqué.
« Nous insisterons sur l'intérêt de ce partenariat pour l'Arménie, avec une inclusion plus importante dans des projets de connectivité », déclarait vendredi un diplomate européen. (Aminata Niang et Camille-Cerise Gessant)