Les représentants des grands groupes et du secteur de la comptabilité ont fait part de leurs inquiétudes concernant la mise en œuvre des normes européennes de reporting durable ('ESRS') (EUROPE 13288/27), mardi 28 novembre, à l’occasion d’une conférence organisée par le 'Groupe consultatif européen sur le reporting d'entreprise' (EFRAG), qui a élaboré ces normes.
En effet, l’échéance approche, puisque la directive ‘CSRD’, dans laquelle sont définis les principes qui régissent les ESRS, prévoit que les grandes entreprises établissent en 2025 leur premier bilan de durabilité, basé sur les données de l’année 2024.
Pour Luc Vansteenkiste, président de l’association EuropeanIssuers, qui représente les intérêts des entreprises cotées en bourse sur les marchés européens, les entreprises n'ont pas les compétences, à l’heure actuelle, pour collecter les données qui seront nécessaires. « L'UE peut être fière d’avoir élaboré des normes dans un tel laps de temps, mais la mise en œuvre est un problème pour les entreprises », a-t-il souligné. « Celles-ci manquent d'ingénieurs pour mettre en place les solutions techniques qui pourraient les aider à collecter les données », a-t-il expliqué.
« Les données sont la grande inconnue », a enchéri Eelco van der Enden, président de la Global Reporting Initiative (GRI), organisme indépendant qui établit également des normes de reporting durable.
De son côté, Mark Vaessen, président de Accountancy Europe, qui représente comptables, auditeurs et consultants européens, a attiré l’attention sur le fait que les entreprises manquaient de temps, ce qui ajoute une certaine « pression ».
Lors de son discours introductif, Mairead McGuinness, commissaire aux Services financiers, s’est réjouie de la mise en ligne d’une plateforme de questions-réponses, « où les parties prenantes peuvent poser des questions pratiques et obtenir des réponses pratiques ».
Chiara Del Prete, présidente du groupe d'experts techniques sur le reporting de durabilité de l’EFRAG (EFRAG SR TEG), a indiqué que le premier guide de mise en œuvre était prêt à être publié. Deux autres documents seront publiés par la suite sur l'analyse et l'évaluation de la matérialité. Le premier illustrera le contenu qui sera attendu des entreprises pour expliquer comment valider les exigences et le second rassemble les réponses aux questions les plus fréquemment posées sur ces deux modèles.
Les panélistes ont confirmé leur besoin de conseil. « Nous devons éviter que les entreprises considèrent les ESRS comme des sanctions », a averti M. Vansteenkiste, en appelant au « respect de l'identité des entreprises ».
M. Vaessen, quant à lui, estime que les organismes nationaux de normalisation doivent jouer un rôle important pour aider les entreprises. (Anne Damiani)