Les eurodéputés ont approuvé à une large majorité (470 voix pour, 120 contre et 40 abstentions) l’accord trouvé lors des négociations interinstitutionnelles avec le Conseil de l'UE sur la directive 'énergies renouvelables' (EUROPE 13204/3, 13153/1) fixant un objectif de 42,5% d’énergies renouvelables dans le mix énergétique de l’UE d’ici 2030.
Ce vote en plénière a lieu après la validation du texte en commission de l’industrie, de la recherche et de l’énergie (ITRE), le 28 juin dernier (EUROPE 13211/23).
Le rapporteur de la directive, Markus Pieper (PPE, allemand), s’est félicité de ce vote, qu’il a qualifié d’« excellente nouvelle pour l’évolution des énergies renouvelables en Europe ».
Il a toutefois invité à la prudence. Bien que la part d’énergies renouvelables consommées dans l’UE soit d'environ 22% aujourd’hui, plus élevée que la moyenne mondiale, il a tenu à rappeler qu’au cours de l’année dernière, l’UE n’a construit que la moitié des éoliennes par rapport à la moyenne mondiale. « Cela signifie que nous perdons du terrain. Cette directive ajustée arrive donc à point nommé », a-t-il insisté.
La veille du vote, plusieurs députés avaient salué, lors d’un débat en plénière, le doublement des objectifs en matière de déploiement des énergies renouvelables et l’adoption d’une législation jugée essentielle pour remplir les objectifs climatiques de l’UE et agir en matière de sécurité énergétique.
La commissaire européenne à l’Énergie, Kadri Simson, a tenu à saluer ce texte, qui offre « de la stabilité réglementaire pour les investissements » et permet d’accélérer les octrois de permis.
Le texte vise en effet à limiter la bureaucratie et permettre aux projets d’énergie renouvelable de recevoir des autorisations de façon plus rapide.
« En vertu du principe du 'silence qui vaut consentement', les investissements seront considérés comme approuvés en l'absence de retour d'information de la part de l'administration », a expliqué Markus Pieper. Il a également rappelé l’instauration de quotas obligatoires d’innovation quant à l’installation des énergies renouvelables.
Le texte reprend effectivement différentes technologies dites « innovantes » en matière d’énergies renouvelables, qui vont de l’éolien au solaire, en passant par l’énergie hydraulique, la géothermie, l’hydrogène sous toutes ses formes ou encore la biomasse.
Biomasse
Cette technologie, soutenue par le rapporteur, été le sujet d’inquiétudes de la part de nombreux eurodéputés aussi bien à droite qu’à gauche de l’hémicycle, comme Robert Roos (CRE, néerlandais) ou Tiemo Wölken (S&D, allemand), qui ont déploré que de nombreuses dérogations permettent de subventionner de façon importante l’incinération du bois.
Martin Häusling (Verts/ALE, allemand), pour sa part, a estimé qu’il faut se concentrer davantage sur le développement de l’énergie solaire plutôt que de brûler du bois. « 70% du bois de l’UE part en fumée, ce n’est pas tenable. On ne peut pas accepter que les centrales qui, hier, étaient alimentées avec du charbon soient alimentées demain avec du bois. Ce n’est pas la bonne approche ».
Pour Michal Wiezik (Renew Europe, slovaque), ces règles contiennent « autant de lacunes et de hiatus qui sont introduits pour tenter de se soumettre à certains lobbies forestiers et favoriser un écoblanchiment mondial ».
Face à ces critiques, le rapporteur, M. Pieper, a tenu à rappeler que le texte avait été adopté en l’état lors des négociations interinstitutionnelles et que, concernant l’utilisation du bois, le principe de « cascade » y avait été introduit, prenant ainsi en compte l’aspect environnemental (EUROPE 13153/1).
Nucléaire
Enfin, la place accordée à l'énergie nucléaire s’est une fois de plus invitée dans le débat.
Plusieurs députés, dont le rapporteur fictif Christophe Grudler (Renew Europe, français), ont tenu à réaffirmer l’importance du nucléaire (voir autre nouvelle) à côté des énergies renouvelables pour répondre aux objectifs climatiques européens. « Nous avons besoin des deux. Opposer les deux ou omettre l’un des deux, ce n’est pas être sérieux dans la lutte contre le réchauffement climatique ».
À présent, le texte doit être formellement adopté aussi par le Conseil pour que la législation puisse entrer en vigueur.
Pour revoir l’accord : https://aeur.eu/f/7kx (Pauline Denys)