Les eurodéputés se sont montrés très divisés, mardi 12 septembre à Strasbourg, sur l’accord scellé en juillet entre l’UE et la Tunisie qui devra notamment aider la Tunisie à prévenir les départs de migrants vers l’UE.
Si une partie des élus, en particulier à droite, a soutenu les objectifs de cet accord et même regretté qu’il ne soit pas mis en œuvre plus rapidement, une autre partie assez large des eurodéputés l’a dénoncé, la Néerlandaise Sophie in’ t Veld (Renew Europe) parlant même de « trahison des valeurs européennes ».
En juillet, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, et les dirigeants italien et néerlandais, Giorgia Meloni et Mark Rutte, avaient scellé un protocole d’accord couvrant à la fois le soutien macroéconomique et la migration avec une enveloppe de 105 millions d’euros pour prévenir les départs (EUROPE 13240/5).
Les eurodéputés avaient très vite dénoncé un accord auquel ils n’ont pas été associés et le contexte dans lequel il a été signé, alors que la Tunisie est accusée depuis plusieurs mois de refouler des migrants dans le désert.
Pour le député PPE néerlandais Jeroen Lenaers, cet accord est pourtant « une étape très importante » pour tarir les flux migratoires vers l’UE, mais, « deux mois après, il n’y a pas beaucoup d’améliorations ». « Nous sommes en septembre et les chiffres des arrivées sont déjà supérieurs à l’an passé », a-t-il indiqué, demandant à ce que la partie tunisienne procède avec la même urgence que l’UE lorsqu’elle a signé cet accord.
Pour Malik Azmani (Renew Europe, néerlandais), il « est très clair que nos citoyens attendent une Union qui agisse ; c’est pour cela que je suis en faveur d’un très vaste accord sur le volet migratoire » . « Nos objectifs communs, c'est de ne pas avoir encore plus de victimes et on ne pourra y arriver qu’en travaillant avec nos voisins », mais « on doit s’assurer que tout accord soit en ligne avec les droits fondamentaux », a-t-il ajouté.
L’élu a aussi critiqué le fait que l’accord semble « bloqué à la phase d’application » et qu’il ne porte pas encore de résultats visibles. Cet accord devant servir de « modèle à des accords futurs », il est « nécessaire d’agir tout de suite », a encore souligné le député.
En revanche, pour les groupes de gauche comme S&D, les Verts/ALE ou La Gauche, l’accord en lui-même est à reconsidérer. Udo Bullmann (S&D, allemand) s’est ainsi demandé pourquoi le cadre de l’accord d’association entre l’UE et la Tunisie n’a pas été exploité pour accueillir ce nouveau partenariat. L'accord d’association comporte un « article 2 nous forçant à respecter les droits humains ; est-ce un hasard ? »
« L’expérience libyenne aurait dû nous apprendre que ce genre d’accord est voué à l'échec », a commenté de son côté Brando Benifei (S&D, italien). « Mon parti va se rendre en Tunisie pour voir si une autre voie de migration légale n’est pas possible. On ne peut pas faire l’objet de chantage de dictateurs ou d’aspirants dictateurs ».
Birgit Sippel (S&D, allemande) estime que, comme ce type d’accord est appelé à se reproduire, il faut d’autant plus être « vigilants ».
De son côté, le député des Verts/ALE Mounir Satouri a dénoncé un « mode d’action qui nous rend otage des régimes autoritaires » et qui rend l’UE « vulnérable sur ses valeurs ». (Solenn Paulic avec Camille-Cerise Gessant)