Les dirigeants des États membres de l'Union européenne, de l'Amérique latine et des Caraïbes ont rendez-vous, lundi 17 et mardi 18 juillet à Bruxelles, à l'occasion du troisième sommet UE/CELAC, le premier depuis 2015 (EUROPE 11333/1).
Ce sommet, préparé de longue date par la Commission européenne et la Présidence du Conseil européen, désiré ardemment par la Présidence espagnole du Conseil de l'UE, visera à relancer « un partenariat choisi » entre deux ensembles régionaux aux relations socioéconomiques historiques et qui prônent le multilatéralisme pour affronter les défis mondiaux comme la lutte contre le changement climatique.
Vendredi 14 juillet, la liste définitive des dirigeants présents au sommet n'était pas encore finalisée. Côté latino-américain, 26 leaders sur les 33 pays latino-américains et caribéens avaient confirmé leur présence, sachant que le Pérou et le Mexique seront représentés au niveau de leur ministre des Affaires étrangères. La venue à Bruxelles de Nicolas Maduro, critiqué pour ses ingérences dans le processus électoral, est également improbable.
L'une des réussites du sommet consistera à mettre sur pied, comme le proposent les Européens (EUROPE 13196/15), « une structure légère » visant à faciliter un dialogue régulier entre les deux partenaires, la CELAC ne disposant pas d'un secrétariat permanent, contrairement à l'Union africaine. Cette structure faciliterait la tenue de rencontres entre fonctionnaires de haut niveau, ministres des Affaires étrangères et des sommets UE/CELAC qui auraient lieu tous les deux ans, notamment en Colombie en 2025.
Les discussions visant à finaliser la déclaration conjointe se poursuivront pendant le week-end afin d'aboutir à un texte plus court qu'initialement prévu, mais « plus politique dans sa nature », a indiqué une source européenne, convaincue que l'écart entre les positions respectives se resserre.
Parmi les messages politiques qui restent controversés figure la référence à l'invasion militaire russe de l'Ukraine, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, n'étant toutefois pas attendu à Bruxelles. Les Européens tentent de convaincre leurs partenaires latino-américains et caribéens de l'importance d'un langage fort alors que des pays comme le Brésil refusent de prendre ouvertement parti en faveur de l'Ukraine.
L'agression militaire russe provoque « des dommages collatéraux » qui exacerbent « les fragilités des chaînes d'approvisionnement et l'insécurité alimentaire » au niveau mondial, a noté une source européenne. Elle a confirmé la volonté des Européens d'inclure dans la déclaration une référence au fait que la guerre en Ukraine viole les principes et les valeurs sur lesquels repose l'ordre international, conformément à la position qu'une très grande majorité de pays latino-américains ont défendue lors de votes de résolutions par l'Assemblée générale des Nations Unies.
Selon une source présidentielle française, le sommet permettra aussi de pointer les projecteurs sur les pays plongés dans de profondes crises politiques, comme le Venezuela, le Nicaragua et Haïti. Il servira aussi à réaffirmer le soutien des Européens au processus de paix en Colombie.
En marge du sommet, de nombreux documents, accords de financement et projets seront signés. L'UE souhaite notamment asseoir un dialogue bilatéral régulier avec les pays, comme le Salvador et le Honduras, pour lesquels de tels mécanismes n'existent pas encore.
Par ailleurs, vendredi, la Commission a annoncé le déblocage de 43 millions d'euros en faveur de l'aide humanitaire pour l'Amérique latine et les Caraïbes en 2023.
De nouveaux partenariats économiques bilatéraux
En marge du sommet, plusieurs partenariats économiques bilatéraux seront signés.
Ce sera notamment le cas concernant un protocole d'accord ('memorandum of understanding') sur les matières premières critiques avec le Chili, et deux autres sur l'énergie avec l'Argentine et l'Uruguay. Les ambassadeurs des États membres auprès de l'UE (Coreper) ont approuvé la décision pour ces trois protocoles vendredi 14 juillet. Propices à l'autonomie stratégique de l'UE, ces partenariats permettent de renforcer les liens avec des pays tiers partageant les mêmes valeurs et riches en ressources nécessaires pour réussir les transitions climatique et numérique.
Les échanges commerciaux et les investissements entre les deux blocs, de manière plus large, font partie des sujets du sommet UE/CELAC, un forum entre entreprises des deux régions devant se tenir lundi matin.
Reste que la question d'avancer sur certains des accords en cours de négociation - ceux avec le Mexique et le Mercosur en premier lieu - continue de faire débat. Il s'agit surtout pour l'UE, à ce stade, de maintenir l'attention sur les accords. Malgré les rencontres bilatérales en marge du sommet, il ne faut pas s'attendre à des percées, d'après deux diplomates européens.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, rencontrera le président brésilien, Luiz Inácio Lula da Silva, lundi afin de faire le point sur la position de Brasília quant aux discussions en cours.
Le Brésil rédige actuellement une contre-proposition à la lettre additionnelle proposée par l'UE sur l'accord UE/Mercosur (EUROPE 13215/27, 13209/37). Cette réponse devra ensuite être soumise aux trois autres pays du Mercosur avant d'être transmise à la Commission.
Les pays du Mercosur, le Brésil en tête, s'inquiètent de récentes législations européennes, comme le règlement contre la déforestation importée dans l'UE et le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières de l'UE, qui sont perçues comme des mesures unilatérales pouvant sanctionner les pays du Mercosur et ainsi affecter les relations commerciales que l'accord de libre-échange doit faciliter.
D'après un fonctionnaire européen, la réponse des pays du Mercosur sera l'occasion de mettre leurs inquiétudes sur papier, puis d'en discuter. « Nous serons prêts à négocier aussitôt que nous recevrons leur réaction », a indiqué cette source. Et d'ajouter que l'objectif est toujours de conclure ces négociations avant la fin de l'année.
Quant à la modernisation de l'accord UE/Mexique, les discussions sont, là encore, toujours en cours entre les deux parties, avec l'objectif également de clore les discussions avant la fin de l'année (EUROPE 13203/21).
La BEI annoncera également la signature de plusieurs accords de prêts, pour un total de 800 millions d'euros, pour le financement de projets visant à lutter contre le changement climatique en Argentine, au Brésil et au Chili, dans le cadre de l'initiative Global Gateway. (Mathieu Bion et Léa Marchal)