À la demande de La Gauche, le Parlement a débattu, mercredi 12 juillet en session plénière, de la taxation de la fortune. Le débat a divisé les élus : les groupes de droite s’y sont opposés alors que les groupes de gauche y sont favorables.
La présidente du groupe, la Française Manon Aubry, a souhaité mettre en évidence le paradoxe de la situation économique actuelle. « Une personne sur six ne mange pas à sa faim dans le continent le plus riche du monde ; c’est la conséquence de l’inflation, qui frappe de plein fouet les foyers européens », a-t-elle dénoncé. « Cette inflation, des dires mêmes de la BCE, est causée majoritairement par les superprofits des entreprises, qui alimentent les dividendes des actionnaires et les salaires des patrons », a-t-elle ajouté, qualifiant ceci d'« indécent ».
Prenant exemple sur la directive sur la taxation des multinationales, Biljana Borzan (S&D, croate) a considéré qu'il était « temps d’être courageux et de faire un pas de plus vers une répartition plus équitable des richesses », a-t-elle souligné.
Kira Marie Peter-Hansen (Verts/ALE, danoise) a dénoncé à son tour « la concentration de la richesse extrêmement élevée en Europe », avec 1% des plus riches qui détiennent plus de 30% de la richesse totale. « L'UE a le potentiel de sauver notre planète, d'éduquer nos enfants et de prendre soin de nos aînés », a-t-elle affirmé.
À l’inverse, Markus Ferber (PPE, allemand) a estimé que les États membres n’avaient pas de problème de recettes fiscales. « Le problème, c’est plutôt les dépenses qui ont augmenté », a-t-il rétorqué. Filip De Man (ID, belge) a tenu le même discours : « Dépenser et prélever toujours plus, c’est un précepte de gauche que nous ne soutenons pas », a-t-il lancé.
Du côté de Renew Europe, la position était moins tranchée. La Française Valérie Hayer a estimé que « les gauchistes » veulent « s’en prendre à la réussite aveuglément et sans distinction, peu importe l’efficacité ». Selon elle, une telle mesure entraînerait une fuite des capitaux et devrait donc être pensée à l’échelle mondiale. L’Irlandais Billy Kelleher a appelé à « un débat ouvert, constructif, afin de soulager la main-d'œuvre », qui est déjà très taxée (EUROPE 13219/16).
Pour Paolo Gentiloni, « il est clair que les citoyens attendent de nous tous que nous fassions preuve de détermination, malgré la limite que les juridictions communes ont dans ce domaine ».
Par ailleurs, la Commission a décidé, mardi 11 juillet, d'enregistrer l’initiative citoyenne européenne invitant à mettre en place un impôt européen sur les grandes fortunes au profit de la transition écologique et sociale (EUROPE 13198/21). L’une des initiatrices, Aurore Lalucq (S&D, française), s’en est réjouie : « C’est un bon signal, car cela pouvait tuer l’initiative ou la débloquer », a-t-elle confié à EUROPE mercredi. Les organisateurs doivent désormais décider quand lancer le processus de signature. (Anne Damiani)