« Comment les obligations liées au développement durable peuvent-elles devenir une classe d'actifs à part entière ? » C’est la question que l’économiste Alexander Lehmann s'est posée au cours de la conférence « Joining the dots: climate, nature and the sovereign debt crisis », organisée par le centre de réflexion européen Bruegel, vendredi 31 mars, à Bruxelles.
Spécialiste de la finance durable, Alexander Lehmann a présenté les conclusions de sa publication « The potential of sovereign sustainability-linked bonds in the drive for net-zero » (mars 2023) - coécrite avec l’analyste de recherche Catarina Martins - et leur application dans le cadre des politiques climatiques de l’UE.
Un manque de garantie pour les investisseurs. Selon M. Lehmann si les obligations vertes (EUROPE 13132/17) émises par les gouvernements de l'Union européenne ont été accueillies de manière favorable sur les marchés des capitaux, elles peuvent toutefois compliquer la gestion du budget et, en ce sens, ne pas répondre aux attentes des investisseurs qui cherchent à avoir un impact sur les politiques nationales en matière de climat.
Et pour cause, ainsi que l’a exposé M. Lehmann, les investisseurs et les propriétaires d'actifs ont pris des engagements publics pour limiter les risques liés à la transition climatique et évaluer l'alignement des obligations souveraines sur les objectifs d'émissions. Or, les écarts de rendement sur les marchés obligataires commencent déjà à refléter les risques de transition qui découlent d’une poursuite inefficace des objectifs climatiques par les émetteurs. « L'investisseur ne dispose d'aucun recours pour faire appliquer ce résultat climatique, si l'émission du pays décide d'en faire autrement », a ainsi souligné M. Lehmann.
Les SLB, une approche novatrice. Dans ce contexte, pour Alexander Lehmann et Catarina Martins, les obligations liées au développement durable (Sustainability-linked bonds (SLB), en anglais), qui établissent un lien entre « les indicateurs de performance, de résultats et les conditions financières des obligations », constituent une approche novatrice pour lutter contre le changement climatique. En outre, les SLB ont gagné en importance sur les marchés privés.
Les SLB offrent ainsi aux investisseurs la possibilité de surveiller et de discipliner les résultats en matière de durabilité de manière plus efficace que les obligations vertes. Or, selon M. Lehmann, « le marché des obligations d'entreprise montre donc que les investisseurs récompensent les bons résultats climatiques qui sont disciplinés ».
Pour une « décarbonation plus crédible ». Les SLB pourraient par conséquent contribuer à encourager les politiques climatiques dans les pays de l'UE. Elles constitueraient un outil efficace d’affirmation de l'engagement européen, renforceraient l'intégration des marchés de capitaux et la transparence des politiques nationales. « Il s'agit donc de mettre en place un ensemble d'incitations financières derrière cet objectif climatique et rendre la décarbonation plus crédible », a conclu Alexander Lehmann.
Pour lire la publication d'Alexander Lehmann et Catarina Martins : https://aeur.eu/f/65s (Nithya Paquiry)