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Bulletin Quotidien Europe N° 13116
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DROITS FONDAMENTAUX - SOCIÉTÉ / MÉdias

La base et la forme légales de l'Acte pour la liberté des médias doivent encore convaincre les eurodéputés

La base et la forme légales de l’'Acte pour la liberté des médias' (EMFA) ont continué d’occuper les eurodéputés alors que plusieurs experts étaient invités à s’exprimer à ce sujet, lundi 6 février, devant la commission de la culture (CULT) du Parlement européen. 

Marché unique des médias

En effet, l’EMFA repose sur l’article 114 du TFUE relatif au marché unique et à la protection d’intérêts publics. Or, « tout ne peut pas tomber sous le coup de la législation européenne sur la base d'une affirmation selon laquelle cela a un rapport avec le marché unique », a martelé Matthias Cornils, de l’Université de Mainz (Allemagne).

Pour lui, l’UE n’a pas de compétences à légiférer sur le secteur médiatique - en particulier pour les dispositions de l’EMFA relatives à la régulation des médias publics et l’indépendance des décisions éditoriales individuelles, voire en matière de contrôle de concentrations - s’il ne suit pas un objectif économique. Néanmoins, selon les traités, « les États membres peuvent prendre des mesures appropriées pour protéger des intérêts légitimes autres que la concurrence [dont la pluralité des médias] », a rétorqué la Commission européenne. 

Directive vs. règlement

Autre point de discorde : le choix de l'acte législatif. « Étant une réglementation hybride, avec des dispositions de type directive, l'EMFA produit des incertitudes défavorables », a résumé M. Cornils, plaidant plutôt pour une directive « si elle accorde suffisamment de flexibilité aux États membres ». 

Au contraire, Elda Brogi, qui enseigne à l’Institut universitaire européen, a soutenu qu’au vu de « la fragmentation du paysage réglementaire européen qui limite le marché [médiatique] », un règlement permet une mise en œuvre rapide, « en évitant la lenteur et les éventuelles divergences excessives entre États membres dans la transposition ».

« Privilège des médias »

Quant au fond, une des dispositions qui a occupé les eurodéputés est l’obligation des plateformes de notifier les médias avant de suspendre leur contenu pour non-respect des conditions d’utilisation (« media privilege »). Une mesure qui rappelle « l’exemption pour les médias » finalement retirée du règlement pour les services numériques (DSA). « Je suis sceptique quant au fait de laisser les plateformes décider du contenu diffusé », a résumé Tobias Schmid de l’autorité des médias de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie. 

« Ce pourrait être un cadeau pour ceux qui mènent des campagnes de désinformation et d'ingérence étrangère », a également mis en garde le ‘fact-checker’ Carlos Hernández-Echevarría. Les réseaux pourraient contourner le contrôle des plateformes en étant reconnus comme médias, en dépit de l’obligation d’être reconnus comme tels par les autorités d’autorégulation nationales. « Elles n’ont pas les ressources de s’assurer que les médias suivent les principes qu’ils annoncent, si ceux-ci se dissimulent », a-t-il précisé. (Hélène Seynaeve)

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