La commission spéciale sur la Covid-19 (COVI) du Parlement européen, établie pour tirer les enseignements de la pandémie, avait invité, lundi 6 février, plusieurs experts pour échanger autour de l'amélioration de la résilience des chaînes de production de produits médicaux critiques durant la pandémie.
La présidente de la commission, Kathleen Van Brempt (S&D, belge), a annoncé qu’elle avait adressé un courrier à la commissaire à la Santé publique et à la Sécurité alimentaire, Stella Kyriakides, afin qu'elle assiste à une réunion avec les coordinateurs COVI pour que les députés obtiennent davantage d’informations sur la révision du troisième contrat signé avec Pfizer-BioNTech pour la fourniture de vaccins contre la Covid-19 et un état des lieux des livraisons.
Les eurodéputés ont entendu Matthias Bauer, du Centre européen pour l’économie politique internationale (ECIPE), qui estime que l’on insiste trop - notamment la Commission européenne - sur la dépendance européenne à l'égard d’autres pays. Pour M. Bauer, la vraie priorité pour une autonomie en matière de soins de santé serait d’insister sur la compétitivité en matière d’innovations de long terme et d’éviter les expériences politiques de courte vue, comme les attaques contre les droits de propriété intellectuelle. Pour lui, l’UE a besoin d‘une réglementation comprenant des incitations aux investissements en recherche et innovation et en capacités de production.
Chad P. Bown, du Peterson Institute, estime que le gouvernement fédéral des États-Unis a réussi la diversification du portefeuille de vaccins et que les subventions publiques ont été importantes et fournies suffisamment en avance pour établir des capacités de production avant les autorisations de vaccins en urgence. Le gouvernement était impliqué dans le fonctionnement des chaînes d’approvisionnement, notamment grâce aux informations disponibles au titre du 'Defence Production Act' ; il a rationné les fournitures rares nécessaires aux vaccins et certains contrats de vaccins comprenaient des incitations financières pour les doses livrées avant une date donnée.
Cependant, le gouvernement américain n’a pas pu rationaliser les fournitures de manière globalement efficace avant la formation du groupe de travail avec la Commission européenne.
Pour M. Bown, l’UE a cependant mieux partagé les vaccins et soutenu les régimes de solidarité de distribution de vaccin globalement. UE et États-Unis devraient subsidier conjointement leurs chaînes de production interdépendantes, résoudre les goulets d’étranglement et rationaliser les fournitures en tension, par exemple, par le biais d’un accord de commerce et d’investissement facilité par un organe comme l’OMC.
Sibilia Quilici, de Vaccine Europe, estime que le cadre de propriété intellectuelle a bien fonctionné et n’a pas constitué une entrave à l’accès aux vaccins. Elle a souligné l’importance de la collaboration entre les institutions publiques qui collectent les informations et les producteurs, notamment pour bien connaître la demande de vaccins. Mme Quilici a salué les souplesses réglementaires obtenues par les producteurs, en urgence, et souhaite leur maintien.
Le Professeur Massimo Florio, de l'Université de Milan, estime qu'il est nécessaire de mettre en place des infrastructures majeures publiques et privées dans l’UE pour combler les lacunes d'investissement en recherche et en développement. (Émilie Vanderhulst)