Le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a appelé, mardi 7 février, à plus d'ambition dans la lutte contre la désinformation.
« Nous devons être plus ambitieux dans le renforcement de la résilience face aux régimes autoritaires qui tentent de créer de la désinformation et de manipuler l'information », a-t-il souligné lors de la Conférence du Service européen pour l'action extérieure sur la manipulation et l'interférence des informations étrangères.
Si M. Borrell a rappelé que la désinformation n’était pas nouvelle et existait déjà pendant la Seconde Guerre mondiale, la nouveauté porte sur « l’intensité, la volonté et les instruments ». Et le Haut Représentant, estime qu'il faut agir.
Il a aussi annoncé la création d’un Centre de partage et d'analyse des informations. « Nous allons créer une nouvelle ressource centrale pour rassembler des informations sur les menaces provenant de la désinformation et de la manipulation d'informations étrangères. Cela favorisera le partage d'informations entre toutes les parties prenantes sur les causes profondes, les incidents et les menaces ainsi que le partage d'expériences, de connaissances et d'analyses », a-t-il expliqué. Selon M. Borrell, il est nécessaire de comprendre comment les campagnes de désinformation sont organisées, afin de pouvoir organiser la réponse de l’UE et identifier les acteurs de cette manipulation. « Nous avons besoin d'une méthode normalisée et interopérable de partage des analyses au sein de la communauté, qui permette de lutter contre la manipulation des informations », a-t-il ajouté.
Le Haut Représentant a également annoncé étudier la possibilité d'assurer une présence régionale meilleure et plus stratégique des experts en matière de stratégie et de communication. « Toutes nos délégations seront dotées d'experts en matière de lutte contre la désinformation dans de nombreuses régions du monde afin que notre voix soit mieux entendue », a-t-il révélé.
M. Borrell a en outre présenté la première édition du rapport sur les menaces de manipulation et d'interférence de l'information étrangère, qui se base sur 100 incidents analysés (https://aeur.eu/f/58r ). Ce rapport met notamment en avant le rôle de la Russie dans la désinformation et la manipulation de l’information.
Le Haut Représentant a dénoncé l’« industrie » de la manipulation et la désinformation russe. « La Russie investit dans la désinformation et la manipulation en tant qu’industrie, massivement, bien plus que ce que nous investissons dans la lutte contre la désinformation », a-t-il rappelé. Et d'ajouter : « Ils sont passés maîtres en la matière, ils investissent beaucoup, ils utilisent des milliers de personnes et ils le font de manière systématique, permanente et industrialisée - comme une arme ».
Mêler « actions législatives et non législatives »
Présente lors de la Conférence, la vice-présidente de la Commission européenne, Věra Jourová, a souligné l’importance de combiner « actions législatives et non législatives » pour contrer la désinformation.
Elle a ainsi insisté sur la pertinence du 'Code révisé des pratiques pour lutter contre la désinformation', « qui définit les engagements volontaires de l'industrie et parties prenantes » à cet égard. Un rapport publié « bientôt » dans ce cadre et portant sur les « rapports de référence » des plateformes majeures, a-t-elle précisé, révèle des écueils, en particulier le manque de personnel dédié à modérer ces contenus dans les langues peu courantes ou dans les pays d’Europe de l’Est et centrale.
Par ailleurs, Mme Jourová a renouvelé son ambition de lancer une « Radio Free Russia », à l’image de la radio « Voice of America » de la Guerre froide. Celle-ci offrirait une plateforme aux journalistes russes exilés soutenant des idéaux démocratiques. « Je veux soutenir ceux qui sont déjà actifs pour qu'ils puissent produire plus de contenu et le distribuer plus largement sans aucune interférence éditoriale », a-t-elle ajouté.
Enfin, elle a rappelé que le 'Paquet pour la défense de la démocratie', prévu en mai, contiendra une initiative législative visant à « protéger nos démocraties des entités financées par ou liées à des pays tiers exerçant des activités économiques dans l'UE qui peuvent avoir un impact sur l'opinion publique et la démocratie » et une révision du 'Plan d’action européen pour la démocratie'. (Camille-Cerise Gessant et Hélène Seynaeve)