Le blocage politique intérieur espagnol au sujet de la réforme de la justice, notamment du remplacement de quatre des douze magistrats du Tribunal constitutionnel dont le mandat a expiré en juin, a dominé, jeudi 12 janvier, les discussions de la commission des libertés civiles du Parlement européen, alors que les discussions devaient se focaliser sur la situation générale de l’État de droit en Espagne.
La ministre espagnole de la Justice, Pilar Llop Cuenca, et des eurodéputés d'origine espagnole, dont les élus issus du Partido Popular appartenant au groupe PPE, ont en effet passé la plus grande partie de cette audition à s’invectiver, s'accusant mutuellement de « déloyauté », sans permettre de porter le débat sur d’autres questions cruciales soulevées, comme l’utilisation éventuelle du logiciel Pegasus par Madrid contre des opposants politiques ou les événements de Melilla en juin dernier qui avaient provoqué le mort de dizaines de migrants en provenance du Maroc.
En effet, la droite espagnole s’oppose depuis des années au renouvellement des membres du conseil de la magistrature espagnol, au motif que la composition de ses membres est trop politique et servirait le gouvernement socialiste de Pedro Sánchez.
L’élu du groupe CRE, le Polonais Patryk Jaki, en a profité pour demander pourquoi la Pologne a été critiquée sur la composition de ses instances judiciaires alors que la pratique de nominations politiques est la même en Espagne.
La Néerlandaise Sophie in ’t Veld (Renew Europe), de son côté, a exhorté les différentes parties en présence à s’accorder.
La Commission européenne s'inquiète aussi du blocage. Le 29 septembre, le commissaire européen Didier Reynders s’était rendu à Madrid et avait demandé à ce que le conseil de la magistrature « soit immédiatement rénové, pour que le système soit ensuite réformé selon les standards européens, qui recommandent que les membres de ce conseil soient élus par leurs pairs ». (Solenn Paulic)