L’harmonisation des informations a encore du chemin à faire, ont conclu des experts réunis autour de la question de la finance durable, lors d'un forum organisé par Better Finance, la fédération européenne des épargnants et des usagers de services financiers, mercredi 14 décembre.
D’un côté, le règlement sur la divulgation en matière de finance durable 'SFDR' doit en effet encore être précisé, puisqu’il dépend de la taxonomie. De l’autre, le Groupe consultatif européen sur l'information financière (EFRAG) est en train d’établir les normes de publication en matière de durabilité, conformément à la directive ‘CSRD’ sur les rapports de durabilité des entreprises (EUROPE 13069/25).
Pour Bryan Coughlan, responsable de la finance durable au BEUC, il existe différentes cultures d'investissement au sein des pays européens. De plus, les experts financiers doivent faire face à des problèmes de confiance de la part des investisseurs et des consommateurs. « Il leur faut s'engager sans connaître les résultats avant des années », a-t-il souligné. L’important, selon lui, est d’« établir un système plus fiable et digne de confiance », car « on ne peut pas établir la confiance sur le marketing ».
Lenny Kessler, gestionnaire de portefeuille chez WHYO, a insisté quant à lui sur la nécessité d'intégrer les investisseurs de détails aux marchés financiers et de les éduquer.
Tous les panélistes ont pointé du doigt l’absence de critères pour définir la durabilité dans les articles 8 et 9 du SFDR, ce qui crée une situation où ce règlement est utilisé comme label pour les fournisseurs de produits financiers. La commissaire européenne aux Services financiers, Mairead McGuinness, avait elle-même soulevé le problème lors d'un débat au Parlement européen (EUROPE 13077/18).
Patrik Karlsson, Senior Policy Officer dans l'équipe de gestion des investissements au sein de l'Autorité européenne des marchés financiers (ESMA), a rappelé que le SFDR définit seulement les critères de transparence, mais pas les standards de durabilité. Ce texte est lié directement à la taxonomie, qui définit proprement ces standards, mais qui n'est pas encore finalisée. En attendant, à la demande de l'ESMA, la Commission fournira d'ici quelques mois une première série de questions-réponses pour apporter des éclaircissements sur des points spécifiques.
Dans l'intervalle, sans définition de l''impact environnemental', le risque de greenwashing est élevé.
Concernant les normes de publication en matière de durabilité, les experts ont appelé à une harmonisation au niveau international avec l'organisme de normalisation, l'International Sustainability Standards Board (ISSB). « Il vaut mieux qu'il y ait moins de normes, car elles seront plus fiables », a estimé M. Coughlan, appelant en parallèle « à ne pas limiter nos ambitions ».
« La CSRD est la pièce la plus importante du puzzle », a fait valoir Sven Gentner, chef d'unité 'Représentation des entreprises, de l'audit et des agences de notation de crédit' au sein de la Direction générale de la stabilité financière et des marchés des capitaux (DG FISMA) de la Commission. (Anne Damiani)