L'examen annuel coordonné en matière de défense (CARD), examiné par les ministres de la Défense de l’UE, mardi 15 novembre, lors du comité directeur de l’Agence européenne de Défense (AED), révèle que la coopération reste l’exception plutôt que la norme.
Selon l'AED, « la planification de la défense continue de se faire essentiellement de manière isolée et les États membres ne sont toujours pas convaincus par les projets de coopération européenne ».
Ainsi, d’après les chiffres obtenus des États membres, 52% des investissements de défense sont nationaux et 18% collaboratifs. Les informations ne sont pas disponibles pour les 30% restants. « Moins de 20% des investissements sont faits en collaboration ; cela doit changer », a prévenu le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, tout en rappelant qu’il y a trois ans, c’était 11%, mais que l’ambition de la 'Boussole stratégique' porte sur 35%.
Selon l’AED, les principaux moteurs de la coopération semblent être les avantages finaux nationaux, les économies de coûts, la consolidation des partenariats stratégiques et l'augmentation du rendement opérationnel. La coopération se déroule principalement entre États voisins dans les cadres de coopération existants tandis que les approches collaboratives européennes plus larges ne sont généralement pas le choix privilégié, précise l’Agence. À l’inverse, une législation complexe, des délais courts (pressing timelines) ou encore un manque de budget ou de personnel qualifié sont les principaux obstacles.
« En dépensant de manière isolée et en se tournant vers des fournisseurs non européens, on risque d'accroître la fragmentation et de saper les efforts plus larges visant à mettre en place des forces armées européennes capables et cohérentes », a estimé le directeur général, Jiří Šedivý.
Selon lui, « une fois que les déficits d'investissement du passé auront été compensés, les États membres devraient travailler à l'élaboration de perspectives communes à long terme pour le paysage de la défense de l'UE, en mettant davantage l'accent sur une approche européenne de la planification coopérative des capacités ».
Le rapport CARD estime que les fonds supplémentaires annoncés par les États membres ces derniers mois pourraient combler des lacunes capacitaires de longue date : il est possible qu’en 2023, les États membres puissent avoir récupéré le sous-investissement dans la défense qui a suivi la crise financière de 2008. En 2021, les efforts de défense ont atteint 214 milliards d’euros et « on estime que la croissance se poursuivra jusqu'à 70 milliards d'euros d'ici 2025 », précise le rapport.
Le CARD recommande notamment que les États membres élaborent une perspective commune des capacités à long terme pour le paysage de défense de l'UE - en envisageant comment il sera façonné d'ici 2040 - avec un plus grand soutien pour l'adoption d'une approche européenne de la planification coopérative des capacités.
Il faut aussi, selon le rapport, faire avancer les possibilités de collaboration du CARD par le biais de projets dans le cadre de la coopération structurée permanente ou du Fonds européen de défense.
En fonction des informations recueillies auprès des États membres, l’Agence a identifié plus de 100 possibilités de coopération : 45 en matière de développement de capacités, 42 pour la R&T et 23 pour de la collaboration opérationnelle. Elle met en avant la possibilité de coopérer notamment sur les systèmes aériens sans pilote, la surveillance maritime, les systèmes antichars, les véhicules blindés chenillés ou à roues, les opérations dans le cyberespace, la communication satellitaire, ou encore des capacités médicales ou de défense contre les armes nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques.
Voir le rapport : https://aeur.eu/f/42n
Hausse du budget de l’Agence européenne de Défense
En outre, les ministres de la Défense ont approuvé une hausse du budget de l’AED pour 2023, de 15% par rapport à 2022, pour atteindre 43,5 millions d'euros. Le budget opérationnel à partir duquel l'AED finance directement les projets de coopération en matière de défense augmentera, lui, de 47% l'année prochaine.
Les ministres ont également adopté le cadre de planification de l'AED pour la période 2023-2025, qui donne un aperçu de la nature, de la portée et de l'impact attendu des activités de l'AED à l'appui des États membres dans les années à venir.
Signature du programme MICNET
Par ailleurs, en marge du comité directeur, les ministres de la Défense de 18 États membres ont signé le nouveau programme AED pour le réseau opérationnel MICNET (Military Computer Emergency Response Team) (EUROPE 13061/2).
Ce réseau opérationnel a pour objectifs de faciliter le partage d'informations, de développer une réponse forte aux cybermenaces et d'améliorer la résilience globale de la Communauté européenne de défense, a précisé la ministre belge, Ludivine Dedonder. (Camille-Cerise Gessant)