Les ministres européens des Affaires étrangères, réunis à Bruxelles lundi 14 novembre, ont fait part de leurs vives préoccupations face à la recrudescence des tensions à l'est de la République démocratique du Congo, à la frontière rwandaise (EUROPE 13057/15), et au risque de déstabilisation de toute la région des Grands Lacs, mais aussi de l'intérêt qu'il y aurait à une stratégie renouvelée de l'UE avec une région d'Afrique stratégique.
« Les Grands Lacs africains sont un point névralgique géostratégique. Cette région peut devenir une locomotive pour le développement de l'ensemble du continent. Il y a, certes, de nombreux défis, mais aussi de nombreuses opportunités », a souligné le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, à l'issue de la session, évoquant les possibilités en germe d'« un fort potentiel encore largement inexploité, mais qui peut faire la différence ».
Annonçant que cette stratégie de l'UE pour les Grands Lacs sera adoptée lors du prochain Conseil 'Affaires étrangères' de l'UE, il a précisé : « Nous serons réalistes dans nos ambitions et nous nous concentrerons sur les secteurs où nous avons une valeur ajoutée ». Ainsi, il s'agira de « soutenir la région pour passer des tensions à la confiance, des trafics au commerce et de la concurrence à l'intégration régionale ».
Le ministre des Affaires étrangères finlandais, Pekko Haavisto, évoquant « l’implication du président Kenyatta dans les négociations » pour tenter d'obtenir la paix, a parlé d'une « lueur au bout du tunnel ». Il a estimé, qu’« avoir aussi un envoyé spécial de l’UE pour les Grand Lacs serait une bonne idée ».
La ministre belge, Hadja Lahbib, qui avait demandé l’inscription de ce point à l’ordre du jour de la session pour aborder « notre nouvelle stratégie, particulièrement en Afrique centrale », a rappelé que le conflit, au cours des 25 dernières années, avait fait plus de 5 millions de morts.
Elle a indiqué avoir eu l’occasion de s’entretenir avec ses homologues rwandais et congolais et les avoir appelés tous deux à revenir à la table des négociations, à trouver une solution diplomatique au conflit.
Selon elle, « l’Union européenne doit être plus présente dans cette région du monde, qui a l’impression d’être un peu oubliée aujourd’hui ».
Parmi les propositions concrètes de la Belgique, elle a cité « le renforcement de la sécurité, l’entraînement policier, militaire, mais aussi le désarmement, le retour et la réinsertion des communautés ».
« La région des Grands Lacs est sujette à une instabilité chronique. Nous pensons que l’Union européenne peut faire beaucoup pour aider », a estimé, elle aussi, la secrétaire d'État française, Laurence Boone.
Selon elle, après la réunion qu'avait organisée Emmanuel Macron avec le président du Rwanda, Paul Kagame, et le président de la RDC, Félix Tshisekedi (à New York, en septembre, en marge de la 77e Assemblée générale des Nations Unies : NDLR), « il est vraiment important à nos yeux que l’UE puisse s’impliquer, puisse aider à la stabilité de cette région ». (Aminata Niang)