Après une croissance plus soutenue que prévu au premier semestre de cette année, la Commission européenne s'attend à une récession technique de deux trimestres, fin 2022 et début 2023, avant une reprise modérée à partir du printemps prochain.
« Nous avons devant nous des mois difficiles », a déclaré le commissaire européen à l'Économie, Paolo Gentiloni, vendredi 11 novembre, en présentant les prévisions économiques d'automne de l'institution de l'Union européenne.
La Commission s'attend à une hausse du PIB de 3,3% dans l'UE et de 3,2% dans la zone euro grâce à l'acquis de croissance accumulé en 2021, lorsque les mesures sanitaires contre la pandémie de Covid-19 avaient été progressivement levées.
Mais la situation se dégrade rapidement. Selon M. Gentiloni, « une majorité » d'États membres feront face à une récession technique, certains d'entre eux étant déjà dans cette situation depuis le troisième trimestre.
Ainsi, en 2023, la croissance devrait être atone, à hauteur de 0,3% tant au niveau de l'Eurozone que de l'UE. La reprise serait un peu plus prononcée l'année suivante, à hauteur de 1,5% dans la zone euro et de 1,6% dans l'UE.
Tous les États membres connaîtront cette situation, quoiqu'à des degrés divers. En 2023, l'Allemagne et la Suède devraient enregistrer une récession (baisse du PIB de -0,6%), comme la Lettonie (-0,3%), alors que l'Irlande (3,2%), Malte (2,8%) et la Roumanie devraient enregistrer la plus forte croissance. En France, la création de richesses devrait être faible (0,4%) ainsi qu'en Italie (0,3%), et un peu plus soutenue en Espagne (1,0%).
Les risques baissiers prédominent, parmi lesquels les répercussions de l'agression militaire russe de l'Ukraine, la réduction - voire l'arrêt - des livraisons de gaz russe qui entraîneraient des difficultés pour l'hiver 2023-24 ainsi que le ralentissement de la consommation.
Quelques signaux encourageants sont néanmoins relevés, tels que l'excellente tenue de l'emploi et le maintien de l'investissement productif, gage de croissance supplémentaire ultérieure.
Ce panorama démontre que « notre décision de maintenir activée la clause dérogatoire générale (du Pacte de stabilité et de croissance) était justifiée », a estimé le commissaire, plaidant pour un accord rapide sur la révision du cadre européen de gouvernance économique (EUROPE 13060/1). Sur la réduction de la dépendance de l'UE vis-à-vis des hydrocarbures russes, il a réitéré sa position favorable à l'introduction de mécanismes européens qui permettraient d'augmenter la puissance de frappe de la stratégie 'REPowerEU', y compris par de l'endettement commun.
Inflation. « La hausse des prix s'est poursuivie plus rapidement que prévu, mais nous pensons que le pic est proche, le plus probablement à la fin de cette année », a indiqué M. Gentiloni.
Ainsi, selon l'institution de l'UE, la hausse des prix atteindrait 8,5% dans la zone euro et 9,3% dans l'UE, avant de décélérer modérément l'année prochaine à hauteur de 6,1% dans l'Eurozone et de 7,0% dans l'UE, puis de façon soutenue pour atteindre 2,6% dans la zone euro et 3,0% dans l'UE fin 2024.
Concernant le déficit public, entre 2022 et 2023, le niveau moyen observé diminuerait de -5,1 à -3,5% au niveau des Dix-neuf, et de -4,6 à -3,4% au niveau de l'UE. Là encore, les divergences sont importantes selon les États membres. En 2022, le déficit serait le plus élevé à Malte (-7,8%), en Grèce (-7,5%) et en Italie (-7,2%) tandis que le Danemark (+3,6%) et le Luxembourg (+0,8%) auraient un budget excédentaire.
Quant à la dette publique, entre 2021 et 2022, le ratio moyen devrait baisser de 97,1 à 93,6% du PIB dans la zone euro et de 89,4 à 86,0%. Sur la même période, les pays les plus endettés devraient connaître la trajectoire suivante : Grèce (diminution de 194,5 à 171,1%), Italie (de 150,3 à 144,6%), Portugal (de 125,5 à 115,9%), Espagne (de 118,3 à 114,0%), France (de 112,8 à 111,7%), Belgique (de 109,2 à 106,2%).
À l'opposé, les pays les moins endettés en 2023 devraient être la Bulgarie (22,5% du PIB), le Luxembourg (24,3%) et la Suède (32,1%).
Voir les prévisions économiques d'automne de la Commission : https://aeur.eu/f/41w (Mathieu Bion)