À quelques jours du coup d’envoi de la Coupe du monde de football, la sous-commission des droits de l’homme (DROI) du Parlement européen a convié le ministre du Travail qatari, Ali Bin Samikh Al Marri, pour discuter de la situation des travailleurs migrants et du respect des droits de l’homme. Si certains ont applaudi les progrès réalisés, d’autres ont insisté sur le long chemin que le pays doit encore parcourir.
Des réformes...
Les eurodéputés se sont inquiétés d’informations relayées par des organisations de défense de droits de l’homme faisant état de travailleurs décédés sur les chantiers liés à la coupe du monde, de traitements salariaux discriminatoires ou encore d’absence de prise en charge en cas d’accidents du travail.
Alors que l’Organisation internationale du travail (OIT) et le Qatar collaborent sur un programme de réformes du travail depuis 2018, Max Tuñon, à la tête du bureau de l’OIT à Doha, a soutenu les progrès réalisés. Au-delà de l’introduction d’un salaire minimum pour les travailleurs étrangers, il a souligné la mise en place d’une loi limitant le travail en plein air pour diminuer le « stress thermique » ainsi que la possibilité pour un représentant des travailleurs étrangers de participer au dialogue social au sein de son entreprise. « C’est une première pour la région du Golfe », s’est-il félicité. Il a également salué la fin du système de « kafala », un système de tutelle qui obligeait un travailleur étranger à dépendre d’un sponsor.
...insuffisantes ?
Mais pour Minky Worden, directrice des initiatives mondiales au sein de Human Rights Watch, « ces réformes ont eu un impact limité en raison de leur introduction tardive, de leur champ d'application restreint et de lacunes dans leur mise en œuvre ». Elle dénonce ainsi des « abus salariaux », des « frais de recrutement illégaux » ainsi que des décès « non enquêtés et non indemnisés aux familles ».
« Les réformes se sont déroulées rapidement, c'est normal que nous rencontrions des difficultés [...] Il ne suffit pas de promulguer une loi : il faut changer l'environnement et la mentalité, et nous poursuivons ces efforts », s’est défendu M. Al Marri.
Par ailleurs, il a assuré que les réformes se poursuivraient une fois la Coupe du monde terminée. « La Coupe du monde a accéléré les réformes, mais elles font partie de la vision qatarie à l'horizon 2030 », a-t-il précisé, promettant également d’instaurer un « dialogue de Doha annuel » pour discuter de la situation des travailleurs étrangers.
Des avis mitigés
Du côté des eurodéputés, deux avis se sont affrontés. Certains ont qualifié le tournoi de « Coupe du monde de la honte » et ont invoqué la responsabilité de la FIFA dans la sélection du Qatar. D’autres, notamment issus du groupe S&D, ont estimé qu’il fallait encourager les changements positifs. « La culture de la démocratie est différente au Moyen-Orient. Si vous voulez imposer un changement, vous devez y aller progressivement », a soutenu à son tour Joel Odigie, coordinateur pour l’Afrique de la Confédération syndicale internationale. (Hélène Seynaeve)