Les eurodéputés ont regretté, mercredi 9 novembre en plénière à Bruxelles, le manque d’ambition de la communication sur les engrais et ont été nombreux à réclamer la levée des droits antidumping sur les engrais produits par des pays tiers.
« Il y a, du côté des entreprises d'engrais, des surprofits, des bulles spéculatives, des oligopoles. Nous devons nous attaquer à ce problème et voir comment nous pouvons faire baisser les coûts en Europe », a déclaré l’Italien Herbert Dorfmann (PPE, italien). Si l'on additionne les coûts supplémentaires que les agriculteurs doivent supporter en raison de la hausse des coûts de l'énergie et des engrais, on arrive à 45 milliards d'euros pour cette année, a-t-il dit.
Clara Aguilera (S&D, espagnole) a demandé à la Commission européenne : « Allons-nous pouvoir utiliser des engrais organiques et y aura-t-il une modification de la directive pour le permettre ? Parce que, jusqu'à présent, cela n'a pas été possible ».
Pour Ulrike Müller (Renew Europe, allemande), « la PAC est un arbre de Noël avec tellement de boules que les branches commencent à se casser », en référence au fait que cette politique doit tout financer. Elle a estimé que l'azote et le phosphore doivent être considérés de manière différenciée. Pour l'azote, il s'agit de la dépendance énergétique ; pour le phosphore, il s'agit de la dépendance stratégique vis-à-vis des pays tiers.
Thomas Waitz (Verts/ALE, allemand) a aussi critiqué les bénéfices « énormes » engrangés par les entreprises d'engrais dans l'UE. « Alors, pourquoi devrions-nous maintenant utiliser l'argent des contribuables pour soutenir ces entreprises ? » C'est un sol sain, selon lui, qui nous assurera la sécurité alimentaire dans les années à venir et il a dit ne pas comprendre pourquoi, en ces temps de crise climatique, « nous continuons à soutenir les engrais artificiels ».
Droits antidumping. Gilles Lebreton (ID, français) a déploré le fait que la Commission ait refusé de lever les surtaxes instituées en 2019 sur les engrais en provenance de Trinité-et-Tobago et des États-Unis « alors même que cette levée avait été demandée par le Copa-Cogeca, qui représente un très grand nombre d’agriculteurs européens ».
Norbert Lins (PPE, allemand), président de la commission de l’agriculture du PE, voit « plus d'ombre que de lumière dans cette communication. À court terme, je ne vois guère d'efforts pour améliorer la situation des engrais en Europe ». Il aurait aussi voulu une suspension des droits antidumping pour Trinidad-et-Tobago et les États-Unis.
Anne Sander (PPE, française) a déploré que la communication contienne essentiellement des mesures qui ont déjà été prises ou des mesures qui renvoient les solutions vers les États membres. Elle a aussi réclamé une levée des droits antidumping sur les engrais produits par des pays tiers.
« Il serait important de suspendre temporairement la taxe punitive sur les importations ou les droits antidumping pour envoyer un signal à nos agriculteurs européens », a renchéri Peter Jahr (PPE, allemand).
Carmen Avram (S&D, roumaine) a demandé de suspendre d'urgence les droits de douane sur l'urée et l'ammoniac, de garantir la quantité de gaz nécessaire à la production d'engrais et d'identifier dans l'UE de nouveaux gisements minéraux nécessaires à la production d'engrais.
Engrais RENURE. Bert-Jan Ruissen (CRE, néerlandais) a regretté que la Commission n’exploite pas la solution offerte par les engrais RENURE, des nutriments issus du fumier animal « que nous pouvons nous-mêmes recycler en engrais renouvelables de haute qualité ». M. Lins a évoqué le recours aux engrais RENURE, Struvit, Stripping ou aux flexibilités régionales dans le cadre de la directive sur les nitrates.
« Ces dérogations » seront traitées en 2023 dans un plan d'action pour la gestion intégrée des nutriments, a promis le commissaire à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski (EUROPE 13060/5). Il a justifié le maintien des droits antidumping : « La protection des producteurs contre le dumping est nécessaire pour protéger la production d’engrais en Europe », a-t-il dit. Le commissaire a aussi rappelé l’absence de marge budgétaire dans le budget de la PAC. (Lionel Changeur)