La Présidence française du Conseil de l’UE s’est montrée optimiste, mardi 21 juin, quant à la possibilité d’obtenir un accord sur l’ouverture des négociations d’adhésion de l’Ukraine à l’UE. La Moldavie pourrait elle aussi se voir octroyer le statut et la Géorgie obtenir une perspective européenne.
« Nous avons eu une discussion (entre les ministres) qui a permis de montrer un large consensus, je dirai même un consensus total, sur l’avancée de ces dossiers, notamment en ce qui concerne, pour l’Ukraine, la possibilité de reconnaître le statut candidat dans les meilleurs délais », a souligné le ministre français des Affaires européennes, Clément Beaune, à l’issue du Conseil 'Affaires générales' à Luxembourg. « Nous avons besoin d’une unité, d’un soutien continu à l’Ukraine, de ce message fort, symbolique, avec l’octroi de ce statut de candidat », a estimé une source de l'Élysée.
À leur arrivée au Conseil, plusieurs ministres, tels que l’Irlandais Thomas Byrne, l’Estonien Andres Sutt, la Croate Andreja Metelko-Zgombić ou la Finlandaise Tytti Tuppurainen, avaient publiquement apporté leur soutien à l’octroi du statut à l’Ukraine et la Moldavie. « Il est très important de donner une perspective politique », a souligné M. Sutt, saluant les recommandations de la Commission (EUROPE 12974/1).
Après la France et l’Allemagne, le Danemark, les Pays-Bas et le Portugal, qui semblaient plus frileux, ont eux aussi donné leur feu vert (EUROPE 12975/1). « Nous voulons aider l’Ukraine à atteindre son rêve européen et lui accorder le statut est une étape et un encouragement à le faire », a souligné le ministre danois, Jeppe Kofod. Il a cependant rappelé que de nombreuses obligations devraient être remplies, citant notamment les critères de Copenhague, l’État de droit ou une économie qui fonctionne. Mardi, sur Twitter, le Premier ministre portugais, Antonio Costa, a, lui aussi, confirmé le soutien de son pays.
Ne pas laisser les Balkans occidentaux de côté
Si les yeux sont rivés sur l’Ukraine, plusieurs ministres ont insisté sur la situation des Balkans occidentaux.
M. Beaune a estimé qu’il ne fallait pas que l'ouverture de nouvelles perspectives européennes donne « le sentiment que l’on oublie celles et ceux, pays des Balkans en particulier, qui sont déjà, parfois depuis longtemps, dans un processus exigeant de négociations ».
« Nous ne devons pas oublier les pays des Balkans occidentaux, qui ont besoin de voir bien plus de progrès dans leur propre position d’adhésion », a souligné M. Byrne. Pour son homologue finlandaise, « l’Europe doit tenir ses promesses ». « La politique d’élargissement doit être fondée sur le mérite », a-t-elle ajouté.
Selon une source de l’Élysée, un des objectifs du sommet européen sera de voir comment rendre plus tangible et rapide la perspective d’adhésion des Balkans occidentaux. Les dirigeants discuteront aussi de l’idée d’une communauté politique européenne qui « vise notamment à répondre à ce vide géostratégique qui peut se créer entre le moment où un pays fait acte de candidature et le moment de l’adhésion pleine et entière », a-t-elle ajouté. Le Conseil européen pourrait aussi se pencher sur la possibilité de faire participer les pays, avant leur adhésion, à certaines politiques européennes, pour une intégration progressive au marché intérieur.
L’ouverture des négociations d’adhésion de la Macédoine du Nord et, par ricochet, de l’Albanie est toujours bloquée. Si la France mène depuis plusieurs semaines des discussions avec Sofia et Skopje dans l’espoir d’un accord, l’issue est notamment liée à la situation politique interne bulgare, alors que le gouvernement fera face à un vote de défiance du Parlement ce mercredi.
De son côté, la Bosnie attend toujours de recevoir le statut de candidat. Un statut soutenu par la ministre croate, Andreja Metelko-Zgombić, qui a également appelé à des changements dans la loi électorale bosnienne avant les élections de l’automne.
Selon une source élyséenne, les dirigeants européens devraient discuter de l’octroi ou non de ce statut. Dans son avis rendu en mai 2019 (EUROPE 12266/3), la Commission avait mis en avant 14 domaines prioritaires d’action pour pouvoir avancer dans le processus d’adhésion.
« C’est un sujet sur lequel nous sommes encore en train de réfléchir », a précisé cette source, ajoutant que, si le statut n’était pas attribué lors du sommet, un des éléments importants pour se décider serait le bon déroulement des élections et la formation rapide d’un gouvernement. (Camille-Cerise Gessant)