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Bulletin Quotidien Europe N° 12945
Invasion Russe de l'Ukraine / Russie/Énergie

Budapest s'oppose à la proposition de la Commission d’un embargo européen sur le pétrole russe

Budapest s’opposera au sixième paquet de sanctions à l’égard de la Russie dans sa forme actuelle, en raison de son impact sur la Hongrie en matière énergétique, a déclaré sur Facebook le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, mercredi 4 mai, en réaction à la proposition d’un embargo progressif de l’UE sur le pétrole russe formulée par la Commission européenne (EUROPE 12945/1).

Selon M. Szijjártó, l’embargo tel que proposé par la Commission « détruirait la sécurité énergétique de la Hongrie », malgré la présence d’une dérogation pour la Hongrie et la Slovaquie dans le paquet de sanctions mis sur la table par l’institution européenne. Ces deux pays dépendent en effet fortement de l’oléoduc Droujba pour leurs importations de pétrole, faute de connexions avec le reste de l’UE.

« Ce n’est pas une question de volonté politique ou de durée. Il s’agit simplement d’une réalité physique, géographique et d’infrastructures », s’est ainsi justifié M. Szijjártó.

« Personne ne peut attendre de nous que nous fassions payer au peuple hongrois le prix du conflit en Ukraine », a-t-il ensuite ajouté.

Alors que l’adoption des nouvelles sanctions nécessite l’accord unanime des États membres, le ministre a précisé que l’approbation hongroise est conditionnée à l’ajout d’une exception à l’embargo pour le pétrole acheminé par oléoducs.

Le porte-parole du gouvernement hongrois, Zoltan Kovacs, de son côté, a souligné que 65% du pétrole utilisé par la Hongrie provient de Russie.

« Nous ne voyons aucun plan ni aucune garantie sur la façon dont une transition pourrait être gérée sur la base des propositions actuelles et sur la façon dont la sécurité énergétique de la Hongrie serait garantie », a-t-il en outre déclaré dans une réponse par courriel à l’agence de presse Reuters.

Vers une dérogation plus longue pour certains pays ?

Outre la Hongrie, d’autres États membres pourraient s’opposer à la proposition d’embargo de la Commission.

Le ministre slovaque de l’Économie, Richard Sulík, a ainsi réclamé une période de transition de trois ans pour pouvoir appliquer progressivement l’embargo, selon des informations publiées par Reuters.

« La République tchèque devra demander une dérogation avant que la capacité des oléoducs en provenance d’autres pays ne soit augmentée et que les importations de pétrole vers la République tchèque ne soient assurées par d’autres sources », a  réagi, de son côté, le Premier ministre tchèque, Petr Fiala, via Twitter.

Le ministre allemand de l’Économie et de l’Énergie, Robert Habeck, quant à lui, a averti qu’un embargo sur le pétrole russe pourrait entraîner des perturbations dans les approvisionnements en pétrole de l’Allemagne ainsi qu’à des hausses de prix.

Une mesure efficace ?

Interrogé par EUROPE sur les risques de pénuries de pétrole pour certains États membres, Thomas Pellerin-Carlin, directeur du Centre énergie de l’Institut Jacques Delors, a estimé que ces risques sont presque inexistants, sauf pour certaines régions slovaques et hongroises, « vu leur dépendance à l'égard de l’oléoduc Droujba ».

À ses yeux, l’introduction d’un embargo de l’UE sur le pétrole russe est une bonne décision qui aurait dû être prise bien plus tôt afin de « priver Poutine des moyens matériels de mener sa guerre en Ukraine ».

Il regrette néanmoins la progressivité de l’embargo prévu par la Commission : « Plus on traîne des pieds, plus on donne du temps à Poutine pour amoindrir l’impact de cet embargo en trouvant d’autres clients », a-t-il estimé.

C’est également l’avis du centre de réflexion Bruegel, selon lequel un tarif punitif sur toutes les importations d’énergie en provenance de Russie représenterait une meilleure option qu’un embargo progressif sur certains carburants.

Cette organisation craint qu’un embargo progressif entraîne également une augmentation des prix du pétrole en Europe et dans le monde pendant la phase de transition, en prévision de la réduction des livraisons russes, poussant ainsi les revenus générés par ces livraisons à la hausse.

Pour M. Pellerin-Carlin, l’option optimale pour les Européens aurait été celle d’un dépôt fiduciaire (‘escrow account’) qui permettrait à l’UE de continuer d’acheter des combustibles fossiles à la Russie, mais en transférant l’argent sur un « compte gelé ». Cet argent ne serait ensuite débloqué qu’après une certaine période, par exemple à la condition d’un cessez-le-feu en Ukraine.

Et d’ajouter : « Le grand oublié de tout ça, c’est la sobriété énergétique, par exemple en réduisant la vitesse sur les autoroutes, qui permettrait de réduire notre consommation de pétrole ».

La Commission, de son côté, a défendu sa proposition qui représente « un bon équilibre ». « Il s’agit de maximiser la pression sur la Russie d’une manière qui minimise l’impact sur nous, sur nos partenaires et sur le marché mondial », a ainsi déclaré le porte-parole en chef de l’institution, Eric Mamer. (Damien Genicot, avec Camille-Cerise Gessant et Solenn Paulic)

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