Les dirigeants des pays de l’OTAN ont décidé, jeudi 24 mars, lors de leur sommet à Bruxelles, de prolonger d’un an, jusqu’au 30 septembre 2023, le mandat du secrétaire général de l’Alliance, Jens Stoltenberg.
« Alors que nous sommes confrontés à la plus grande crise de sécurité depuis une génération, nous sommes unis pour maintenir notre Alliance forte et nos citoyens en sécurité », a souligné M. Stoltenberg, à ce poste depuis le 1er octobre 2014.
Soutien à l’Ukraine, condamnation de la Russie
Lors de leur sommet, les dirigeants ont rappelé leur soutien à l’Ukraine, ajoutant que l'ampleur et la nature de ce soutien seraient une nouvelle fois discutées lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères, en avril.
« Je pense que ce dont l’Ukraine a besoin le plus est l’espoir, des armes modernes, de l’argent pour survivre et de l’aide humanitaire », a expliqué le Premier ministre slovène, Janez Janša.
Participant au sommet par visioconférence depuis Kiev, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a appelé les Alliés à faire plus. « Vous avez des milliers d'avions de chasse. Mais on ne nous en a pas encore donné! », a-t-il lancé. Et d’ajouter : « Vous avez au moins 20 000 chars (...) L'Ukraine a demandé un pour cent de tous vos chars! Donnez-les-nous ou vendez-les-nous! Mais nous n'avons toujours pas de réponse claire ».
Il a reçu une fin de non-recevoir de la part du président français. « Il y a une limite : ne pas devenir co-belligerant », a rappelé Emmanuel Macron, estimant que livrer des avions ou des chars caractérisait une co-belligérance.
Au-delà d'un soutien militaire supplémentaire, les Alliés « maintiendront leur assistance dans des domaines tels que la cybersécurité et la protection contre les menaces de nature chimique, biologique, radiologique et nucléaire », précise la déclaration commune. M. Stoltenberg a précisé que ce soutien pourrait inclure la détection, la protection et les fournitures médicales ainsi que la formation à la décontamination et à la gestion de crise.
« Tout emploi de l’arme chimique ou biologique par la Russie serait inacceptable et aurait de graves conséquences », ont prévenu les Alliés, qui ont également renforcé leur préparation face à un risque de menaces de nature chimique, biologique, radiologique et nucléaire.
Les Alliés ont, en outre, exhorté le président Poutine à mettre immédiatement un terme à la guerre et à retirer ses forces armées d’Ukraine. Selon eux, la Russie doit montrer qu’elle souhaite vraiment négocier et doit, pour cela, mettre en œuvre un cessez-le-feu immédiat. « Nous condamnons fermement les attaques meurtrières perpétrées par la Russie à l’encontre des civils, y compris des femmes, des enfants et des personnes en situation de vulnérabilité », ont-ils souligné dans leur déclaration. Ils feront en sorte, avec le reste de la communauté internationale, que les responsables de violations du droit international et du droit humanitaire, notamment de crimes de guerre, répondent de leurs actes.
La guerre a déjà atteint « un haut niveau d’atrocités » ('large scale'), a dénoncé le Premier ministre belge, Alexander de Croo, ajoutant qu'il fallait documenter les actes pour qu’ils soient poursuivis ultérieurement. M. Poutine « a déjà franchi la ligne rouge dans la barbarie », a ajouté son homologue britannique, Boris Johnson.
Dans leur déclaration commune, les dirigeants ont donc prévenu qu’ils restaient « déterminés à maintenir sur la Russie une pression coordonnée au niveau international ».
Les Alliés ont également exhorté tous les pays hors OTAN, notamment la Chine, à respecter l’ordre mondial, à s’abstenir de soutenir d’une quelconque manière l’effort de guerre russe et à éviter toute action qui aiderait la Russie à contourner les sanctions.
« La Chine ne doit pas fournir de soutien économique ou militaire à l'invasion russe. Au lieu de cela, Pékin devrait utiliser son influence significative sur la Russie et promouvoir une résolution immédiate et pacifique », a souligné M. Stoltenberg. Pour M. de Croo, « le message pour la Chine est très clair : restez à distance ».
Renforcer le flanc est de l’Alliance
Par ailleurs, les Alliés ont décidé de renforcer la position de l’Alliance sur son flanc est. « Nous continuerons de prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger les populations des pays membres, assurer leur sécurité et défendre chaque centimètre carré du territoire de l’Alliance. Notre attachement à l’article 5 du traité de Washington est sans faille », ont rappelé les dirigeants dans leur déclaration.
Selon le président lituanien, Gitanas Nauseda, « personne ne peut se sentir en sécurité ». La Russie « veut aller plus loin, contre les membres orientaux de l'OTAN. Les États baltes. La Pologne, bien sûr », a également prévenu M. Zelensky par vidéo.
Le secrétaire général de l’OTAN a ainsi annoncé la mise en place de quatre groupements tactiques en Slovaquie, Bulgarie, Roumanie et en Hongrie, en plus des quatre groupements déjà présents en Pologne et dans les pays baltes. Ces derniers ont appelé à ne pas être oubliés. « On ne peut pas avoir de plan pour défendre le pays seul. Il faut passer d’une posture de dissuasion à des plans de défense », a expliqué la Première ministre estonienne, Kaja Kallas.
Le président lituanien a rappelé que son pays était entouré par des zones hautement militarisées : la Biélorussie et l’enclave russe de Kaliningrad. « Nous devons créer une dissuasion à travers un déploiement très crédible de troupes de l’OTAN », a-t-il ajouté, expliquant que son pays augmentait, de son côté, ses dépenses de défense.
Les dirigeants ont également décidé de prendre des mesures à long terme, en s’engageant à accélérer la transformation de l’Alliance « face à une réalité stratégique qui recèle plus de dangers, notamment en adoptant le prochain concept stratégique à Madrid ».
« Nous renforcerons également de manière significative notre posture de dissuasion et de défense à plus long terme et nous développerons plus avant toute la gamme des forces et capacités nécessaire, au niveau de disponibilité opérationnelle requis, pour maintenir une dissuasion et une défense crédibles », ont-ils prévenu. Selon M. Stoltenberg, les dirigeants devraient décider des détails lors du sommet de Madrid en juin.
« La sécurité n'est pas gratuite et en faire plus coûtera plus cher », a prévenu le secrétaire général, alors que les Alliés soumettront, à Madrid, des plans supplémentaires sur la manière de respecter les promesses en termes d’investissements dans la défense.
Enfin, rappelant que la porte de l’OTAN était ouverte, les dirigeants ont annoncé un soutien « sur mesure » aux partenaires touchés par les menaces et l’ingérence russes. Les ministres des Affaires étrangères étudieront en avril des propositions concrètes à ce sujet.
Voir la déclaration : https://aeur.eu/f/xd (Camille-Cerise Gessant)