Les dirigeants européens ont annoncé, dans la nuit de jeudi 24 à vendredi 25 mars, qu’ils étaient prêts à combler les lacunes dans les sanctions actuelles à l’encontre de la Russie et de la Biélorussie et à en adopter de nouvelles « rapidement ».
« L'UE (...) reste prête à combler les lacunes et à cibler les contournements réels et possibles ainsi qu'à agir rapidement en adoptant d'autres sanctions robustes coordonnées (...) afin de contrecarrer efficacement les capacités de la Russie à poursuivre son agression » envers l'Ukraine, ont annoncé les dirigeants dans leurs conclusions.
Selon le Premier ministre belge, Alexander de Croo, le Conseil européen a demandé à la Commission d’examiner en détail comment éviter que les sanctions déjà adoptées puissent être contournées.
Dans leurs conclusions, les dirigeants ont, en outre, exhorté les autres pays tiers à s’aligner sur leurs mesures, appelant à l’arrêt des tentatives de contourner les sanctions ou d'aider la Russie par d'autres moyens.
Plus tôt dans la soirée, dans une déclaration avec le président américain, Joe Biden, les dirigeants européens avaient déjà souligné « leur volonté d'adopter des mesures supplémentaires et de mettre fin à toute tentative de contournement des sanctions ».
« Ensemble, nous devrions (…) nous engager à infliger des coûts supplémentaires à la Russie jusqu'à ce que Vladimir Poutine cesse son agression », avaient souligné M. Biden et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dans une autre déclaration. Ils avaient aussi annoncé leur intention d'approfondir la collaboration pour lutter contre l'utilisation illicite des actifs numériques ('digital assets'), y compris pour éluder les sanctions.
Alors que dans son intervention devant les Européens, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a une nouvelle fois appelé les dirigeants à prendre des mesures vigoureuses, notamment dans le secteur énergétique, les dirigeants européens sont divisés sur le sujet.
« L’énergie est un moyen d’empêcher les flux monétaires vers Poutine », a estimé le Premier ministre letton, Krišjānis Kariņš. Selon lui, il serait logique d’avancer sur les sanctions portant sur le charbon et le pétrole russes. « Des sanctions décisives sont nécessaires, y compris des sanctions sur toutes les sources d'énergie », a ajouté le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki. « Plus tôt nous comprenons qu’il s’agit du principal oxygène pour la machine de guerre russe, mieux c'est », a-t-il souligné.
L'Estonie, la Lettonie, la Lituanie et la Pologne ont également plaidé pour l’interdiction du transport routier de marchandises depuis et vers le territoire de la Russie et de la Biélorussie et pour le blocage de l'accès des navires russes et biélorusses aux ports de l'UE.
Voir la lettre : https://aeur.eu/f/12h
Mais pour le Premier ministre belge, Alexander de Croo, un embargo sur le gaz russe aurait un impact « dévastateur sur l'économie européenne ». « On n'est pas en guerre avec nous-mêmes. On ne va pas prendre des sanctions qui nous affaiblissent », a-t-il expliqué. « Il n’y aura pas d’embargo sur le gaz russe », a renchéri le chancelier autrichien, Karl Nehammer.
Selon le Premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel, « si nous voulons avoir de nouvelles sanctions, nous devons les avoir en réaction à quelque chose ». « La situation ne s'améliore pas en ce moment, c'est certain. Mais si nous prenons de nouvelles sanctions maintenant, quelle sera la prochaine étape ? », s'est-il interrogé.
La question de l’énergie a également été abordée lors de la discussion des Vingt-sept avec le président Biden. Dans la déclaration conjointe, la Commission européenne et Washington ont réaffirmé leur intention de coopérer pour assurer « la sécurité et la durabilité énergétiques de l’UE et de l’Ukraine » et « l’accélération de la transition mondiale vers une énergie propre ».
À cette fin, la Commission et les États-Unis mettront en place un groupe de travail conjoint chargé de répondre aux besoins immédiats de l’UE dans ces domaines. Mme von der Leyen a aussi annoncé qu’elle présenterait avec M. Biden, ce vendredi, « un nouveau chapitre de (leur) partenariat sur l’énergie ». « Cela portera sur des livraisons additionnelles de gaz naturel liquéfié américain vers l‘UE, remplaçant ainsi le GNL russe que nous avions jusqu’ici », a-t-elle précisé.
Créer un fonds fiduciaire d'aide à l'Ukraine
L’UE va aussi continuer de fournir « un soutien politique, financier, matériel et humanitaire coordonné » à l’Ukraine. Les chefs d'État ou de gouvernement ont également loué les « aspirations européennes et (le) choix européen » de l’Ukraine, réitérant leur invitation à la Commission européenne à soumettre son opinion concernant la demande d’adhésion à l’UE du pays.
Les Vingt-sept se sont engagés, en outre, à fournir au gouvernement ukrainien un soutien pour ses besoins immédiats et, une fois la guerre terminée, pour la reconstruction d’« une Ukraine démocratique ». Pour cela, le Conseil européen s’est accordé pour créer un Fonds fiduciaire de solidarité avec l’Ukraine, dont les préparatifs devront commencer sans délai, et il a invité ses partenaires internationaux à y participer. Une conférence internationale devrait être organisée « en temps voulu », pour lever des fonds alimentant ce Fonds fiduciaire, ajoutent les conclusions.
Les dirigeants ont également invité la Commission à continuer de fournir une assistance technique afin d’aider l’Ukraine à mettre en œuvre les réformes nécessaires.
Voir la déclaration des Vingt-sept : https://aeur.eu/f/yc
Voir la déclaration UE-États-Unis : https://aeur.eu/f/ya
Voir la déclaration Biden-von der Leyen : https://aeur.eu/f/yb (Camille-Cerise Gessant et Damien Genicot, avec la rédaction)