Les ministres européens des Affaires étrangères se retrouveront à Bruxelles, lundi 21 février, pour un Conseil avec une nouvelle fois un agenda chargé.
Ils débuteront leur réunion par une discussion sur la situation sécuritaire européenne, alors que la situation dans l’est de l’Ukraine est instable.
Jeudi 17 et vendredi 18 février, des bombardements se déroulaient le long de la ligne de contact et les États-Unis mettaient en garde contre de possibles prétextes invoqués par la Russie pour attaquer l’Ukraine (EUROPE 12893/2).
Jeudi 17 février dans la soirée, le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a condamné fermement le bombardement d'un jardin d'enfants à Stanytsia Luhanska, jugeant le bombardement aveugle d'infrastructures civiles « totalement inacceptable ». Dans son communiqué, il a estimé qu'il s'agissait d'une « violation manifeste du cessez-le-feu et des accords de Minsk ». Il a appelé à un arrêt immédiat de l’escalade de la violence et demandé que la Mission spéciale d'observation de l'OSCE puisse accéder sans restriction à l'ensemble du territoire de l'Ukraine.
Le débat des ministres s’organisera autour d’un échange informel sous forme de petit déjeuner avec le ministre des Affaires étrangères ukrainien, Dmytro Kuleba, qui partagera son évaluation de la situation avec ses homologues de l’UE, puis d’une discussion à Vingt-sept. les chefs des diplomaties européennes devraient en profiter pour rappeler le soutien de l’UE à l’Ukraine et pour discuter des moyens de soutenir davantage Kiev, notamment concernant le renforcement de sa résilience. Les Européens discutent de la possible mise en place d’une mission pour aider à la réforme de l’enseignement militaire professionnel en Ukraine (EUROPE 12884/15).
Les ministres pourraient en outre faire un point sur les efforts diplomatiques en cours et rappeler qu’ils sont prêts à discuter avec la Russie de ses préoccupations sécuritaires. Ils pourraient également réaffirmer leur détermination à adopter des sanctions en cas de besoin. Un haut fonctionnaire européen a précisé, vendredi 18 février, que l’UE envisageait des sanctions à l’encontre de la Biélorussie si celle-ci devait participer à une invasion de l’Ukraine.
Diplomatie climatique. Comme il est de tradition en début d’année, les ministres discuteront de la diplomatie climatique et adopteront des conclusions à cet égard. Ils devraient procéder à un échange de vues afin de trouver des moyens d'optimiser l'utilisation des ressources, des réseaux et de l'expertise de l'UE, ainsi que des partenariats existants dans le monde entier pour garantir une diplomatie climatique conjointe efficace de l'UE, axée sur les actions spécifiques. Les ministres devraient déterminer les thèmes et les zones géographiques prioritaires sur lesquels un effort doit être porté cette année.
Bosnie-Herzégovine. Le Conseil se penchera ensuite sur la Bosnie-Herzégovine. Si 2021, année sans élections, aurait dû être celle des réformes, notamment constitutionnelles et électorales, elle a davantage été celle de la division, avec les velléités indépendantistes de membres de la Republika Srpska (EUROPE 12889/8).
Les ministres débattront des moyens d’aider le pays à progresser dans le processus de réformes afin d’arriver à un accord en vue des élections d’octobre 2022. Ils s’entretiendront aussi sur les façons de faire pression sur la Republika Srpska et ses acteurs afin que l’État central et les institutions soient préservés.
Selon une source européenne, l’imposition de sanctions a été soulevée par des États membres. Mais la Hongrie s’est déjà publiquement prononcée contre. « Il faut voir comment on peut inverser la tendance (en Bosnie), une façon de le faire est de renforcer le dialogue (…), mais on peut utiliser un certain nombre de leviers, y compris financiers. Il faut une discussion globale des États membres sur la stratégie et les outils à utiliser », a expliqué un diplomate européen.
Golfe. En marge du Conseil de l'UE, en début d’après-midi se tiendra le Conseil conjoint entre l’UE et le Conseil de coopération du Golfe (Bahreïn, Koweït, Oman, Qatar, Arabie saoudite et Émirats arabes unis). C’est la première fois que ce Conseil conjoint a lieu depuis 2016, en raison de conflits entre les membres arabes.
Les discussions porteront sur le renforcement de la coopération entre l’UE et le Golfe, mais aussi des questions d’intérêt commun, notamment le processus de paix au Proche-Orient, la lutte contre le terrorisme ou les crises dans la région.
Le partenariat avec le Golfe devrait faire l’objet d’une communication conjointe du Haut Représentant de l’UE et de la Commission, qui devrait être présentée au printemps.
Affaires courantes. Rapidement, les ministres feront le point sur : - les négociations sur le nucléaire iranien, qui se poursuivent à Vienne et pour lesquelles un haut fonctionnaire européen a espéré un accord « dans les deux prochaines semaines environ » ; - la situation en Biélorussie, qu’il s’agisse de la répression interne, qui se poursuit en amont du référendum sur la constitution, prévu le 27 février, ou du déploiement militaire russe dans le pays ; - le Mali et le Sahel, après l’annonce de retrait des opérations Barkhane et Takuba et de la réarticulation du dispositif (EUROPE 12893/1). Le Haut Représentant de l’UE a annoncé, jeudi 17 février, qu’il avait envoyé une mission au Mali pour voir si les conditions sont réunies pour poursuivre les missions de formation de l’UE, mais aucune décision ne devrait être prise déjà lundi.
Cybersécurité. Enfin, les ministres participeront à un exercice cybernétique visant à vérifier le degré de mobilisation et de réponse des États membres face à un exercice cybernétique de grande ampleur. Selon un diplomate, ce sera le premier exercice du genre effectué par les ministres au niveau politique, après des exercices au niveau technique. « On en tirera des leçons pour à la fois nourrir le travail sur la 'Boussole stratégique', mais aussi pour la révision de la boîte à outils cyber », a-t-il expliqué.
Présences maritimes coordonnées. Sans débat, le Conseil adoptera deux jeux de conclusions sur les présences maritimes coordonnées. Le premier portera sur l’extension de la présence maritime coordonnée dans le golfe de Guinée pour deux ans supplémentaires (EUROPE 12871/17, 12890/9) et l’autre sur la création d’une présence maritime coordonnée dans le nord-ouest de l’Océan indien (EUROPE 12876/4). (Camille-Cerise Gessant)