Les ministres des États membres de l’UE chargés de la Politique spatiale sont tous tombés d’accord pour soutenir l’essor d’un ‘New Space’ européen durable, face à une concurrence internationale de plus en plus agressive, lors d’un débat d’orientation au Conseil ‘Compétitivité’, vendredi 26 novembre.
Les interventions ont été unanimes pour soutenir un secteur privé européen spatial en vue de faire émerger un ‘New space’ européen et de faire de l’Union européenne un nouveau « hub mondial de l’entrepreneuriat spatial », comme l’a appelé de ses vœux le commissaire au Marché intérieur, Thierry Breton, dans son discours introductif. Pour ce dernier, 2022 sera un tournant majeur pour ce secteur en Europe, qui sera valorisé en particulier dans le cadre de la future constellation pour une connectivité sécurisée.
Ainsi, il y a eu une convergence sur une combinaison équilibrée entre investissements publics et privés, les premiers permettant d’attirer les seconds, et par la même occasion, de créer un effet de levier. Les ministres ont insisté sur le rôle des PME et des start-up. Le Portugal et l’Estonie ont mis en exergue la nécessité de créer des « licornes européennes », terme désignant les start-up principalement issues de la Silicon Valley, valorisées à plus d’un milliard de dollars. L’Estonie a mis en garde face à une surréglementation qui empêcherait un véritable entrepreneuriat d’émerger. L’exploitation des données spatiales a été régulièrement citée comme offrant un immense potentiel économique aussi pour des pays n'ayant pas d'industrie spatiale, comme la Lettonie.
Ce New Space européen serait une « troisième voie » entre le modèle américain et le modèle traditionnel, comme l’a fait valoir le commissaire dans son propos liminaire. L’une des spécificités serait de mettre l’accent sur une activité durable et responsable en matière de débris spatiaux, surtout à la lumière du récent tir russe contre un de ses propres satellites, qui a généré une multitude d’objets en orbite (EUROPE 12836/16). La lutte contre les débris a été soulignée par la Finlande, les Pays-Bas, la Hongrie, la France ou encore la Lettonie.
La gestion du trafic spatial (STM) a été quasi systématiquement citée par les ministres, qui ont tous reconnu le rôle de coordination que pourrait jouer l’Union et sa place dans les instances internationales, notamment au sein de l’ONU. Le Luxembourg a insisté sur une approche par étapes, d'abord pour trouver un accord européen pour peser sur la scène internationale. Le rôle du consortium européen SST, le réseau européen de surveillance de l’espace et suivi des objets en orbite, a été régulièrement cité. La Grèce a insisté sur sa situation géographique pour ce qui est du suivi des objets à ce titre.
Les financements ont été au cœur des interventions. La plupart ont reconnu un mal européen : un manque d’appétences pour les investissements à risque. L’initiative européenne Cassini, censée soutenir les PME dans le secteur spatial et dotée d’un milliard d'euros, a été en ce sens saluée par nombre d'États, mais plusieurs d'entre eux, à l’instar de la Croatie, ont jugé ce montant insuffisant. D’autres, comme l’Italie ou la République tchèque, ont estimé qu’il s’agissait d’une première étape. Le Portugal, l’Espagne et l’Italie ont mentionné l’utilisation du Plan de relance et de résilience pour financer ce secteur spatial naissant. Malte a fait valoir l’importance d’éviter des doublons entre les différents programmes européens.
Une approche compatible avec une stratégie d’autonomisation
En conférence de presse, répondant à EUROPE, le commissaire Breton a indiqué que les investissements privés étaient tout à fait compatibles avec une vision stratégique et d’autonomisation, citant pour exemple ce qui se faisait dans le cadre du Fonds européen de défense.
Pressé par un autre journaliste particulièrement critique, le commissaire a estimé que la position européenne sur la gestion du trafic spatial restait ambitieuse. Répondant à EUROPE sur le STM, il a souligné que différentes options étaient en cours d’exploration (une communication est prévue pour 2022). Concernant la constellation, il a indiqué que le secteur privé jouera un rôle clé, mais qu’il y aura une forte composante publique, car régalienne. (Pascal Hansens)