L'eurodéputé allemand Axel Voss (PPE) a présenté aux membres de la commission spéciale sur l'intelligence artificielle (IA) à l'ère du numérique (AIDA) du Parlement européen, mardi 9 novembre, son rapport sur l’IA.
« Si nous n’agissons pas maintenant, nous prenons le risque que les valeurs de l’UE soient marginalisées, que nos entreprises soient mises à l’écart », a déclaré M. Voss, faisant allusion aux investissements déjà réalisés en Chine et aux États-Unis en matière d’IA.
« Nous devons rester compétitifs, c’est un développement stratégique, l’un des plus importants, nous ne pouvons pas nous permettre d’échouer », a-t-il complété, insistant sur la nécessité de placer l’humain au centre d’une réflexion basée sur le risque.
Dans une Union européenne décrite comme « à la traîne », le rapport plaide pour que l’intelligence artificielle ne soit plus vue comme « une menace imprévisible », mais plutôt en tant que vecteur de progrès sur des domaines tels que la santé, la recherche ou encore la lutte contre le changement climatique.
Reste qu’en la matière, cette approche pourrait rencontrer l’opposition de plusieurs groupes parlementaires craignant des abus dans certains usages de l’IA. Le 5 octobre dernier, le Parlement européen avait validé le rapport de Petar Vitanov (S&D, bulgare) réclamant l’interdiction permanente de la reconnaissance permanente et automatisée des individus dans les espaces publics (EUROPE 12806/18).
« Je pense que l’interdiction d’une technologie n’est pas la réponse la plus intelligente, il faut une approche plus générale », a pour sa part estimé Axel Voss.
De là à voir, déjà, se dessiner un sujet de tension au sein des familles politiques du Parlement européen ? Sur ce point, le rapporteur semble confiant. « Je ne pense pas qu’il s’agira du point le plus controversé. Le lien entre l’IA et le règlement général sur la protection des données (RGPD) devrait, lui aussi, être très discuté », a-t-il déclaré.
Une commission du PE dédiée au numérique
Par ailleurs, le rapport pointe également du doigt le fait que « l'absence de sécurité juridique, d’accès à des données de qualité, de financement et d’infrastructures » a conduit l’UE à voir sa compétitivité diminuer et insiste ainsi sur l’urgence de travailler sur le sujet.
En outre, le rapport prône également la création d’une commission spécialement dédiée au numérique au sein du Parlement européen pour « répondre efficacement aux défis horizontaux » que représente cette thématique, dont l’IA est au cœur. « Notre structure législative, y compris au Parlement européen, n’est pas suffisante », a jugé M. Voss.
Le texte porté par l’eurodéputé allemand appelle enfin l'UE à « ne pas négliger les considérations militaires et de sécurité qui découlent du déploiement mondial des technologies d’IA ».
Voir le rapport : https://bit.ly/3mWITkr (Thomas Mangin)