Ministres des Affaires étrangères et fonctionnaires de l'Union africaine et de l'UE se sont engagés à renforcer le partenariat stratégique UE/UA, lors de la deuxième réunion ministérielle conjointe Union africaine/Union européenne qui s'est tenue en présence physique mardi 26 octobre à Kigali (Rwanda).
Beaucoup de progrès ont été faits depuis 2000, date à laquelle avait été lancé ce partenariat « au Caire, lors du premier sommet UE/Afrique, pour servir de cadre de coopération officiel entre l'UE et le continent africain, mais il convient de le rendre plus adapté aux nouveaux défis à relever ensemble, à commencer par le changement climatique », a estimé le vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères de la République démocratique du Congo (RDC) et président du Conseil exécutif de l'UA, Christophe Lutundula Apala Pen' Apala, qui a coprésidé cette réunion. Il table sur « un partenariat des peuples ».
Ce partenariat stratégique doit être « repensé et refaçonné pour rendre la relation plus équitable », a souligné le ministre des Affaires étrangères du Rwanda, Vincent Biruta.
Santé publique, relance économique post-pandémie, changement climatique et sécurité mondiale ont dominé les débats.
La 'Déclaration de Kigali' traduit l'engagement des partenaires à relever ensemble les défis communs. Pour préparer le sixième sommet UE/UA prévu à Bruxelles en février, elle établit les priorités sur lesquelles travailler pour faire passer le partenariat à une étape supérieure.
Sont ainsi répertoriés : - la réponse à la pandémie de Covid-19 et le rétablissement post-pandémie ; - le renforcement de la résilience ; - l'investissement dans les transitions numérique et écologique ; - la paix, la sécurité et la gouvernance mondiale ; - la migration et la mobilité ; - l'éducation, la science, la technologie et la développement des compétences (EUROPE 12815/13).
Au nom de l'UE, le Haut Représentant pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a estimé qu'« énormément de travail reste à faire ». Il a insisté sur l'importance de combler l'écart de vaccination entre l'Europe et l'Afrique, notamment par l'accroissement du partage de doses, mais aussi le soutien au secteur pharmaceutique en Afrique, notamment en Afrique du Sud, au Sénégal et au Rwanda, qui vient de conclure avec l'entreprise allemande BioNTech un contrat pour la production de vaccins anti-Covid-19 à ARN messager.
Il a également insisté sur la nécessité de « reconstruire en mieux et plus vert » ('build back better', selon la terminologie du Forum économique mondial) pour « la croissance durable » et de favoriser les investissements dans le continent africain par les instruments financiers innovants, mis en place par l'UE pour accroître les flux de capitaux et réduire les risques.
« Dans quelques semaines, nous présenterons notre nouvelle stratégie pour la connectivité 'Global Gateway.' Nous voulons investir dans des infrastructures de qualité, connecter les biens, les personnes et les services. Nous voulons créer des liens, pas des dépendances. Nous voulons créer un marché africain de l'hydrogène vert qui reliera les deux rives de la Méditerranée. », a déclaré M. Borrell.
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a cité la « relance eurafricaine durable », les dons de vaccins à l'Afrique et la sécurité maritime dans le golfe de Guinée parmi les priorités de la Présidence française du Conseil pour ce partenariat.
À Kigali, le Haut Représentant a eu « une bonne rencontre », le 25 octobre, avec le président Paul Kagame et a « salué le rôle de leader du Rwanda en Afrique et les solides relations entre l'UE et le Rwanda ». Et d'ajouter : « Nous sommes convenus de renforcer notre coopération en matière de sécurité et de défense », évoquant la situation au Mozambique, en RCA, en Éthiopie et au Soudan.
M. Borrell a également visité le mémorial du génocide rwandais de 1994. « Les horreurs indicibles de ce génocide contre les Tutsis nous rappelleront toujours le besoin de solutions pacifiques aux conflits et de réconciliation, ainsi que l'impératif de combattre la violence et la haine », a-t-il déclaré.
Il a pu en outre visiter le projet Interpeace à Bugesera, soutenu par l'UE en coopération avec la Suède, qui traite de la réconciliation et des soins post-traumatiques. (Aminata Niang)