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Bulletin Quotidien Europe N° 12816
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / Alimentation

Le PE prône le renforcement de la stratégie de l’UE 'de la ferme à la table' en vue d’un système alimentaire « sain » et « durable »

Le suspense sur l'issue du vote du Parlement européen sur la stratégie 'de la ferme à la table' (F2F) aura été de courte durée. Les députés européens se sont prononcés, mardi 19 octobre, à une confortable majorité (452 voix pour, 170 contre, et 76 abstentions) en faveur d'un système alimentaire « équitable, sain et respectueux de l’environnement » avec des objectifs contraignants, selon les résultats du vote publiés mercredi.

Ils ont ainsi consigné dans une résolution d'initiative leurs recommandations pour renforcer et aligner sur les objectifs onusiens de développement durable la stratégie F2F, qui avait été présentée en mai dans le cadre du 'Pacte vert européen'.

À un amendement près, le rapport d'initiative conjoint de Anja Hazekamp (La Gauche, néerlandaise) et Herbert Dorfmann (PPE, italien) a été adopté tel qu’il avait été voté en septembre par les commissions parlementaires de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire (ENVI) et de l’agriculture (AGRI) en septembre (EUROPE 12787/16).

Cela, en dépit des votes par division sur certains paragraphes, qui visaient notamment à éviter le caractère contraignant des objectifs de réduction des pesticides et des nutriments (EUROPE 12814/6, 12812/6).

La chose était entendue, eu égard à l'effort considérable de compromis qui avait déjà été réalisé entre groupes politiques, dès septembre, pour tenter de concilier ambition environnementale élevée et exigence de durabilité économique de l'agriculture et de toute la chaîne d'approvisionnement.

Un seul amendement. En vertu d'un seul amendement adopté par 464 voix contre 220 et 14 abstentions, un considérant est ajouté au texte demandant que soient publiées les études d’impact sur la production agricole, pris en compte les effets cumulés de la stratégie sur l’agriculture et que la Commission publie « des évaluations d’impact ex ante scientifiques et solides ».

Le Parlement souligne l'importance d'offrir aux consommateurs européens des produits de qualité et abordables, tout en garantissant des revenus décents aux agriculteurs et la réduction de l'empreinte environnementale de l'agriculture. Il préconise, entre autres, la mobilisation de tous les acteurs, y compris les consommateurs. 

Outre les objectifs contraignants de réduction de moitié de l'utilisation des pesticides chimiques et des risques des pesticides les plus dangereux dans les plans stratégiques de la PAC, il recommande l’amélioration du processus d'autorisation des pesticides dans l'UE et un meilleur suivi de la mise en œuvre des mesures visant à protéger les pollinisateurs ainsi que l'interdiction d'exporter vers des pays tiers des pesticides interdits dans l'UE.

Il préconise aussi : - l'adaptation des règles de concurrence pour renforcer la position des agriculteurs dans la chaîne d’approvisionnement ; - des recommandations scientifiques de l’UE pour une alimentation plus saine, incluant une étiquette nutritionnelle sur la face avant des emballages, des mesures pour réduire la surconsommation de viande et d’aliments hautement transformés à forte teneur en sel, en sucre et en matières grasses, notamment en fixant des niveaux de consommation maximale ; - la révision des normes de bien-être animal.

« Les agriculteurs et les consommateurs sont ensemble responsables d’une agriculture plus durable. Nos agriculteurs font déjà un excellent travail ; donc, quand on leur demande, à juste titre, de réduire davantage leur utilisation de pesticides, d’engrais et d’antibiotiques, nous devons les soutenir afin que la production ne vienne pas exclusivement de l’extérieur de l’UE », a commenté Herbert Dorfmann. 

« Nous proposons des mesures concrètes pour ramener notre système alimentaire dans les limites de notre planète en encourageant la production alimentaire locale et en s’éloignant de l’élevage intensif et des monocultures agricoles qui utilisent des pesticides à un niveau élevé. Un système alimentaire durable est également essentiel pour l’avenir des agriculteurs », selon Anja Hazekamp.

Votes contre et abstentionnistes. Ont notamment rejeté la résolution du Parlement européen des députés français du groupe PPE, le groupe ID et le groupe CRE.

La Française Anne Sander (PPE) avait annoncé mardi qu’elle voterait contre, jugeant que cette stratégie « n’est pas acceptable » et que « la stratégie agricole de la Commission européenne risque de sacrifier notre autonomie alimentaire et l'avenir de nos agriculteurs sur l'autel d'objectifs environnementaux et climatiques qui ne seront même pas atteints ».

De l'avis de son collègue et compatriote François-Xavier Bellamy, « la plus grosse pression vient des ONG, pas de la Copa-Cogeca ».

Se sont abstenus des eurodéputés PPE et CRE, principalement. 

Les organisations agricoles regrettent les angles morts dans la stratégie. Dans un communiqué, vingt-sept organisations actives dans la chaîne alimentaire (Copa-Cogeca, CEJA, Fertilizers Europe…) « reconnaissent » le signal envoyé par le Parlement, mais regrettent l’absence de débat sur les moyens de « remédier aux multiples angles morts que cette stratégie a créés ».

Les acteurs de la chaîne alimentaire soutiennent les principaux objectifs définis dans la stratégie ‘de la ferme à la table’ et disent vouloir jouer leur rôle « sur la voie d'une transition vers un système alimentaire plus durable ». « Ce qui nous manque actuellement, ce sont de nouveaux outils et une feuille de route plus claire. L'échéance de 2030 approche et les changements ne peuvent être effectués du jour au lendemain », estiment ces organisations. Elles saluent le « signal clair » envoyé par le Parlement, « qui demande à la Commission européenne de préparer une étude d'impact complète évaluant l'impact de sa stratégie ». 

Le BEUC ravi. Le Bureau européen des unions de consommateurs a salué ce vote. « La plupart des consommateurs sont prêts à changer leur façon de manger pour la planète. Mais ils ne peuvent pas le faire seuls. Les décideurs doivent faciliter la vie des consommateurs en veillant à ce que les choix alimentaires durables et sains soient faciles à repérer et abordables », a affirmé la directrice générale du BEUC, Monique Goyens. (Aminata Niang avec Lionel Changeur et Solenn Paulic)

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