Les ministres de l’UE chargés de la Santé ainsi que la commissaire européenne compétente, Stella Kyriakides, l’ont rappelé à plusieurs reprises, mardi 12 octobre : la pandémie de Covid-19 est loin d’être finie. La vaccination et la mise au point de traitements demeurent à ce stade les principales priorités.
Les ministres et la commissaire, réunis en Slovénie (EUROPE 12809/11), ont malgré tout consacré une large partie de leur réunion informelle à l’après-Covid-19, évoquant la nécessité de renforcer leurs systèmes sanitaires respectifs — dont la crise a démontré la fragilité — et de préparer l’UE en vue d’éventuelles nouvelles crises.
Cette réunion a notamment été l’occasion pour les ministres de discuter pour la première fois, à Vingt-sept, du lancement de l’HERA : la nouvelle Autorité européenne de réaction aux crises sanitaires, dévoilée mi-septembre (EUROPE 12792/24).
« Les ministres ont salué la proposition de la Commission » en la matière, a assuré, à l’issue de la réunion, le ministre slovène Janez Poklukar.
« Nous tous, ministres de la Santé, après cette année de gestion de la crise, savons que quelque chose doit être fait, que l’infrastructure de l’UE doit être renforcée », a indiqué à la presse son homologue tchèque, Adam Vojtěch, à son arrivée.
« Question de gouvernance »
Le ministre allemand de la Santé, Jens Spahn, a également souligné que l’HERA, en elle-même, était une initiative importante, susceptible de « faire la différence » dans l’UE post-pandémie.
« Nous sommes globalement très reconnaissants et très heureux de la proposition de la Commission », a-t-il ajouté, précisant toutefois que « comme toujours au sein de l’Union européenne, tout est question de gouvernance ».
« Pour nous, en tant qu’États membres, et pour l’Allemagne en particulier, il est très important que les États membres aient aussi leur mot à dire, et que cela soit visible dans la gouvernance et dans la structure » de l’HERA, a-t-il détaillé, insistant sur la nécessité d’une prise de décision commune.
Sur ce point, la commissaire Stella Kyriakides a précisé en conférence de presse qu’elle avait assuré aux ministres lors de la réunion que l’HERA serait bien une « une entreprise commune rassemblant les États membres, les agences de l’UE, le Parlement européen et d’autres parties prenantes, notamment l’industrie et la société civile ».
Tandis que les eurodéputés, malgré les promesses de la Commission, s’estiment, eux, exclus du projet (EUROPE 12799/11), les États membres ont en effet été plus étroitement associés. Leurs représentants siègeront au sein du conseil d’administration de l’HERA, lorsque celle-ci sera en mode « préparation », et dans son conseil de crise, en cas d’urgence sanitaire.
Autonomie stratégique
Au-delà de la mise en œuvre de l’HERA, les ministres ont reconnu qu’il était grand temps de donner corps à l’Union européenne de la Santé.
Leur réunion a notamment été l’occasion de contribuer à la préparation de conclusions sur le sujet, qui devraient être discutées et adoptées lors de la réunion du Conseil ‘Emploi, politique sociale, santé et consommateurs’ (EPSCO) prévue au mois de décembre.
Les ministres ont en particulier insisté sur la nécessité d’améliorer les capacités de production de médicaments au niveau de l’UE, pour renforcer leur autonomie stratégique en la matière.
« Nous sommes trop dépendants des marchés extérieurs de l’UE », a répété le ministre slovène.
« Imaginez un monde où les vaccins n’auraient été développés qu’en Chine ou en Russie et où les démocraties occidentales et l’Union européenne seraient dépendantes de ces autocraties pour ses vaccins. Nous ne voulons pas de cela », a également soutenu le ministre allemand.
Leur homologue français, Olivier Vérant, a également fait écho à ces déclarations sur Twitter à l’issue de la réunion, affirmant que « la santé de demain passe par notre souveraineté en matière de médicament et de dispositifs médicaux ». (Agathe Cherki)