Les premiers mots du discours sur l'état de l'Union prononcé mercredi 15 septembre par Ursula von der Leyen ont, sans surprise, été consacrés à la crise sanitaire et aux moyens mis en œuvre par les Européens pour y faire face. Si l’UE a atteint son objectif de vacciner 70% de sa population adulte et a « tenu [ses] engagements mondiaux », la présidente de la Commission, fière de ce résultat, a reconnu qu'il n'y avait encore « aucune raison » de « nous endormir sur nos lauriers ».
« Notre première priorité - et la plus urgente - est d'accélérer la vaccination mondiale », a-t-elle affirmé, invoquant un devoir de « justice » et de « solidarité » pour combler le fossé vaccinal entre pays riches et pays pauvres.
« Avec moins de 1% des doses mondiales administrées dans les pays à faibles revenus, l'ampleur de l'injustice et le niveau d'urgence sont évidents. C'est l'une des grandes questions géopolitiques de notre époque », a affirmé Mme von der Leyen.
Pour compléter la livraison de 250 millions de doses déjà promises en partage par l’UE avant la fin de l’année (EUROPE 12768/12), elle a annoncé « un nouveau don de 200 millions de doses supplémentaires d'ici le milieu de l'année prochaine ». Et d’ajouter : « Il s'agit d'un investissement dans la solidarité, mais aussi dans la santé mondiale ».
Les doutes sur l’efficacité des vaccins face au variant delta - dont témoignent les doses de rappel administrées par de nombreux pays riches contre l’avis de l’OMS, qui veut privilégier les dons aux pays pauvres - n’ont pas été évoqués.
Comme Mme von der Leyen, les eurodéputés ont salué les vaccins comme « un grand succès » de l’UE ou invoqué, comme Jordi Solé (Verts/ALE, espagnol) la nécessaire solidarité au vu des « millions de doses dans nos frigos alors que d’autres pays n’ont pas commencé à vacciner ».
Soulignant qu’en Afrique, 3% seulement de la population a reçu au moins une dose, le chef des libéraux, le Roumain Dacian Cioloș (Renew Europe) a rappelé la lettre que son groupe politique a adressée à Mme von der Leyen pour accroître de 4 milliards € le soutien de l’UE à la Facilité mondiale Covax - soutien de 2,9 milliards actuellement (EUROPE 12788/1).
« Voir comment le budget pourrait accélérer la vaccination dans les pays les plus pauvres, voilà ce qui pourrait être une Europe géopolitique », a-t-il déclaré avant d'être applaudi.
Poursuivre la vaccination dans l’Union
Si elle a donc mis l’accent, en premier lieu, sur l’urgence de vacciner à l’échelle mondiale, la présidente a également rapidement attiré l’attention des députés sur les retards enregistrés dans l'UE et les « divergences préoccupantes » entre les taux de vaccination des Vingt-sept.
Selon les données mises en ligne par le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies le jour même, le taux d’adultes ayant été vaccinés en Bulgarie ne dépasse pas les 23%. En Roumanie, il tourne autour de 33% tandis qu’au Portugal, par exemple, près de 97% des adultes ont reçu une première dose et 87% ont été tout à fait vaccinés.
« Nous devons continuer sur notre lancée », a martelé la présidente, rappelant que les vaccins, au niveau européen, ne manquaient pas. « Nous avons obtenu 1,8 milliard de doses supplémentaires. C'est assez pour nous-mêmes et notre voisinage au moment où des injections de rappel sont nécessaires », a-t-elle ajouté, faisant référence au troisième contrat d’achat conclu fin mai entre la Commission et la société pharmaceutique BioNTech/Pfizer (EUROPE 12723/3).
Se préparer aux pandémies futures
Troisième et dernière priorité mise en avant sur le plan sanitaire : la préparation aux éventuelles crises à venir.
Afin d’orchestrer cette préparation, la présidente a rappelé la mise en œuvre prochaine d’une Autorité européenne de préparation et d'intervention en cas d'urgence sanitaire : l’HERA.
La Commission dévoilera jeudi les détails de cette Autorité, présentée par la présidente comme un « immense atout pour réagir plus rapidement et mieux aux futures menaces sanitaires ».
Une version provisoire du règlement, parue dans la presse quelques jours avant le discours sur l'état de l'Union, a toutefois suscité des interrogations quant à l’efficacité de cette Autorité (EUROPE 12790/1).
Au-delà de l'HERA, la présidente a fait référence à la mise sur pied d'une « nouvelle mission de préparation et de résilience sanitaire à l'échelle de toute l'Union » - mission qu'elle entend soutenir financièrement au moyen d'un « investissement de l'Équipe Europe de 50 milliards d'ici à 2027 ».
Le budget alloué à l'HERA, lui, devrait être de l'ordre de 6 milliards d'euros.
Enfin, se référant aux leçons tirées de cette pandémie, la présidente a plaidé pour des soins de santé meilleurs pour tous les Européens et a annoncé la présentation d'une nouvelle stratégie européenne de soins.
Levée des brevets
Si la présidente, enfin, n'a pas évoqué la question des brevets sur les vaccins contre la Covid-19, le groupe La Gauche n'a pas manqué d'aborder le sujet en réaction au discours sur l'Union. « Ce Parlement, 140 anciens chefs d'État ainsi que des prix Nobel et une centaine de pays réclament la levée des brevets sur les vaccins anti-Covid-19. Quand renoncerez-vous à bloquer cette levée ? », a interrogé le député Martin Schirdewan (allemand).
Des associations ont également réagi au discours de la présidente, comme l'ONG internationale ONE, qui déplore le blocage européen à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) : « Pour réduire la propagation du virus et l'urgence des variants, aucun effort ne devrait être négligé, y compris le soutien à la levée des brevets », a déclaré Emily Wigens, directrice UE de la campagne ONE.
La veille, l'UE avait rappelé son opposition à cette proposition lors d'une réunion à l'OMC (EUROPE 12790/17).
Pour consulter le discours sur l'état de l'Union : https://bit.ly/3hBaQeB
Pour consulter la lettre d'intention de la Commission pour 2022 : https://bit.ly/3EmADkf (Aminata Niang, Agathe Cherki et Léa Marchal)