Les ministres des Affaires étrangères des Vingt-sept se retrouveront à Bruxelles, lundi 12 juillet, pour leur dernier Conseil avant la pause estivale. Leur agenda chargé débutera par des discussions sur la 'Boussole stratégique', les technologies numériques et l'Éthiopie. Pour la première fois, la session s'achèvera par les questions d'actualité.
Éthiopie. Les ministres auront de nouveau une discussion sur la situation d’une extrême gravité au Tigré, lundi après-midi. Après huit mois de conflit, les combats et les atrocités rapportées se poursuivent et des millions de personnes nécessitant une aide humanitaire urgente ne peuvent être secourues malgré le cessez-le-feu unilatéral décrété par le gouvernement le 28 juin, sous l’offensive des rebelles qui ont repris la capitale régionale, Mekelé (EUROPE 12757/5).
Tous les appels à un accès humanitaire immédiat lancés par l’UE, y compris par les dirigeants européens, sont restés vains.
La discussion portera principalement sur le volet humanitaire et les violations massives des droits humains et sur le volet politique pour réfléchir aux moyens pour l’UE de contribuer à obtenir des autorités éthiopiennes l’accès humanitaire immédiat à toutes les zones et qu'elle s'engage dans un dialogue politique inclusif.
« Notre principale préoccupation, ce sont les droits de l’homme. Il est essentiel d’obtenir l'accès à l’aide humanitaire. L’UE travaille avec l’UA, l’ONU et d’autres partenaires internationaux pour que le gouvernement s’engage dans un nécessaire dialogue politique. La question maintenant est de savoir comment l’UE peut collaborer pour mettre un terme à cette crise et remettre l’Éthiopie sur les rails d’un dialogue politique », soulignait vendredi un haut fonctionnaire.
« La situation semble s’enliser. C’est un cessez-le-feu partiel, temporaire, qui équivaut à une pause militaire, mais il n’y a pas d’accès humanitaire », a estimé un diplomate européen.
Un autre a résumé l'enjeu de la discussion en ces termes : que faire de plus au plan humanitaire ? Que faire de plus pour que les violations des droits de l’homme ne restent pas impunies ? Que faire pour obtenir des autorités un dialogue inclusif pour la stabilité ? Que faire pour obtenir le retrait des troupes érythréennes ?
« Nous sommes extrêmement préoccupés. Le conflit au Tigré s’est intensifié. Les troupes loyales au gouvernement semblent se retirer, mais la situation humanitaire empire, avec un risque d’extension et de déstabilisation de toute la région », confiait une autre source européenne.
La menace des sanctions, qui avait été précédemment brandie par le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell, ne sera pas à l'ordre du jour, lundi. « Elle sera sans doute abordée, mais ce sera pour plus tard », a estimé un diplomate européen, soulignant que l'urgence est la situation humanitaire.
Israël. Les ministres recevront, pour le déjeuner, leur nouvel homologue israélien, Yaïr Lapid, en poste depuis un mois. Les discussions porteront à la fois sur les relations bilatérales – Israël est un partenaire important de l’UE et participe à quasiment tous les programmes européens -, sur le processus de paix au Proche-Orient et sur les questions régionales, notamment le Liban et la Syrie.
Un sujet sur la table pourrait être l’organisation d’un Conseil d’association UE/Israël. Un tel Conseil n’a pas eu lieu depuis plusieurs années en raison d’un manque d’unanimité des États membres en faveur d’une telle réunion. Si, selon un diplomate, une vaste majorité des États membres serait en faveur d'une telle réunion, il n’y aurait pas d’unanimité.
Afghanistan. Le Conseil devrait se pencher rapidement sur l’Afghanistan, avec le retrait des troupes étrangères et une situation sécuritaire préoccupante.
Vendredi 9 juillet, le président américain, Joe Biden, a annoncé que le retrait des troupes américaines serait terminé le 31 août, et non le 11 septembre comme initialement annoncé.
« Il y aura une brève évocation de la situation et du travail en cours sur l’approche européenne qu’on peut avoir dans ce nouveau contexte », a précisé une source européenne (EUROPE 12496/3). « L’UE doit être vigilante concernant la situation de la population sur le terrain », que ce soit en termes de droits ou de sécurité, a expliqué un diplomate. Les ministres pourraient revenir plus longuement sur le sujet en septembre.
Liban. Les ministres reviendront en outre brièvement sur le Liban. Ils devraient discuter à la fois des moyens de convaincre les parties prenantes de former un gouvernement et de mettre en œuvre les réformes nécessaires, et de la manière d’aider la population. « Les sanctions sont clairement une option sur la table », a souligné un diplomate dont le pays soutient une telle approche. Selon lui, il n’est pas impossible que les ministres donnent leur accord politique pour faire avancer les travaux sur les sanctions.
D’autres diplomates se sont montrés plus prudents. Le travail technique sur les sanctions est toujours en cours, notamment en raison de la complexité pour ce qui est de la base légale de telles mesures. « Il y a pas mal d’aspects juridiques à régler (…) c’est difficile de prendre une position politique dans ce cas-là », a expliqué une source européenne. L’UE n’a aucun régime similaire en place envers un autre pays qui n’est pas dans une situation de conflit, mais dans une situation où un gouvernement ne se forme pas et ne fait pas de réformes, ce qui pourrait engendrer une crise humanitaire, a précisé cette source.
Caucase du Sud. La situation dans le Caucase du Sud sera aussi mentionnée, après la visite sur place, fin juin, des ministres lituanien, autrichien et roumain, au nom du Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell.
Le Haut-Karabakh pourrait être abordé. Vendredi 9 juillet, lors d’une visite en Arménie, le commissaire européen au Voisinage, Olivér Várhelyi, a précisé que l’UE était « prête à jouer un rôle actif dans la situation d'après-guerre, à la fois en tant que facilitateur des mesures de confiance et, plus tard, en tant que partenaire essentiel de la reprise économique dans la région touchée par la crise ».
Chine. Le Haut Représentant de l’UE devrait aussi informer les ministres sur sa visioconférence du 8 juillet avec le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, lors de laquelle ils ont fait le point sur les derniers développements dans les relations UE/Chine, y compris les sanctions européennes liées aux droits de l’homme et les contre-sanctions chinoises et la situation à Hong Kong et au Xinjiang.
PSDC. Sans débat, les ministres devraient donner leur accord à l’établissement d’une mission PSDC de formation au Mozambique (EUTM Mozambique) (EUROPE 12752/20). Selon une source européenne, la mission devrait être lancée à l’automne. Elle devrait entraîner les compagnies des forces spéciales. Les Européens pourraient aussi fournir des équipements via la nouvelle Facilité européenne pour la Paix.
Le Conseil se penchera aussi sur des sujets à plus long terme : la 'Boussole stratégique' et la géopolitique des nouvelles technologies numériques.
Numérisation. Sur ce point, la discussion portera sur l’impact de la numérisation sur les sociétés et sur les relations internationales, notamment sur les tensions géopolitiques ou sur les relations avec les grands partenaires. L’objectif de cette discussion sera de voir comment promouvoir le modèle numérique de l’UE, le protéger et emmener d’autres partenaires pour qu’ils adoptent le modèle de l’UE, selon une source. La discussion devrait permettre de donner des orientations de travail au Service européen pour l'action extérieure. Un diplomate a notamment plaidé pour des propositions plus concrètes de la Commission et du Haut Représentant sur ce sujet et pour la nomination d’un envoyé spécial.
Boussole stratégique. Alors que leurs homologues de la Défense y travaillent depuis plusieurs mois, ce sera la première fois que les ministres des Affaires étrangères discuteront de la 'Boussole stratégique', dont l’adoption est prévue pour mars 2022, après la présentation d’un premier projet de Boussole en novembre. La Boussole porte sur quatre domaines d’action : la gestion des crises, la résilience, les capacités et les partenariats.
Conclusions. Les ministres adopteront des conclusions sur ‘Une Europe connectée mondialement’. Selon un diplomate européen, si cela n’est pas explicitement dit, ces conclusions sont la réponse européenne à l’initiative chinoise ‘Belt and Road’.
Le Conseil devrait également adopter, sans débat, des conclusions sur les priorités de l’UE aux Nations unies lors de la 76e session de l'Assemblée générale des Nations unies. Selon un projet de conclusions vu par EUROPE, le Conseil devrait souligner l’importance du multilatéralisme et d’un ordre mondial fondé sur les règles, plaider pour la réforme de l’ONU, reconstruire un monde post-Covid-19 meilleur qu’avant la crise, promouvoir la paix, la sécurité et un système mondial des droits de l’homme, mettre en avant la lutte contre le changement climatique et un agenda numérique mondial et, enfin, soutenir un partenariat plus fort entre l’UE et l’ONU.
Par ailleurs, en amont du Conseil, les ministres s’entretiendront à l’occasion d’un petit déjeuner avec leur homologue égyptien, Sameh Choukri. (Camille-Cerise Gessant avec Aminata Niang)