Huit mois de guerre au Tigré (Éthiopie), des violations massives des droits de l'homme, des allégations de massacres, l’utilisation de la famine et des violences sexuelles comme armes de guerre : il faut que l’UE agisse pour que cela cesse, ont estimé tous les eurodéputés lors d’un débat en session plénière, mardi 6 juillet au soir, estimant, comme la Présidence slovène du Conseil de l’UE et la Commission européenne, que l’urgence absolue est d’obtenir des autorités éthiopiennes le plein accès humanitaire.
Depuis huit mois, les messages de l'UE, y compris du Conseil européen, ont été très clairs et demeurent les mêmes : -garantir l'accès ; - appel à toutes les parties à protéger les civils ; - retrait des troupes érythréennes ; - une solution politique durable au conflit avec un dialogue inclusif, a indiqué le ministre des Affaires étrangères slovène, Anže Logar, au nom du Conseil.
Même si les forces éthiopiennes se retirent suite à l'offensive rebelle, les combats se poursuivent, avec une intensité moindre, a-t-il noté. Salué par l'UE comme une première étape, le cessez-le-feu unilatéral du gouvernement, décrété le 28 juin, doit donc être consolidé et l'aide humanitaire acheminée (EUROPE 12753/31).
90% de la population a besoin d'aide d'urgence, 900 000 personnes sont menacées de famine. Or, des rapports inquiétants font état d'un blocage de l'aide, a déploré le ministre slovène.
La situation en Éthiopie sera à l'agenda du Conseil 'Affaires étrangères', lundi 12 juillet.
« L'UE demeure fortement préoccupée », a déclaré le commissaire européen à la Gestion des crises, Janez Lenarčič. Il a évoqué plus de 5 millions d'enfants nécessitant une aide d'urgence, 2 millions de personnes déplacées désormais menacées de famine et un million au seuil de la famine « fabriquée par l'homme - une honte ». Déni délibéré d'accès par les forces armées, déportations de réfugiés vers l'Érythrée, destruction de récoltes sont aussi des crimes de guerre, des crimes contre l'humanité, a précisé M. Lenarčič.
« Depuis l'annonce du cessez-le-feu, le Tigré est coupé du monde. Les infrastructures essentielles sont endommagées, un embargo sur les vols a été décrété et les télécommunications confisquées. Les humanitaires ne peuvent pas y pénétrer. La voix de millions de personnes est réduite au silence. Ce n'est pas un cessez-le feu, mais un siège. Les atrocités se poursuivent », a déploré le commissaire. Et d'assurer aux députés : « Nous sommes prêts à des mesures concrêtes avec les partenaires internationaux pour trouver un mécanisme facilitant l'aide dans les zones du Tigré sous contrôle et pour reprendre le dialogue ».
Michael Gahler (PPE, allemand) a estimé qu'il fallait demander aux responsables à Addis Abeba d'utiliser les aéroports et demander aussi une enquête des Nations Unies sur les crimes de guerre.
De l'avis de l'Autrichien Hannes Heide, dont le groupe social-démocrate avait sollicité ce débat, « l’accès de toutes les organisations humanitaires doit être garanti et l'UE devrait adopter des sanctions ciblées à l’encontre de tous les responsables de ces souffrances et ces massacres ».
Selon Bernard Guetta (Renew Europe, français), « il faut que notre Union contacte l’Union africaine pour chercher à jeter les bases d’un compromis historique. C’est une urgence pour l’Afrique, une urgence pour nous ».
Pour la Française Michèle Rivasi (Verts/ALE), « il faut de la clarté, une meilleure compréhension de qui est responsable de quoi, et une aide humanitaire ». Elle a appelé l'UE à peser de tout son poids pour que les autorités éthiopiennes acceptent l'accès humanitaire, et à établir une enquête internationale sur les causes profondes du conflit. L'Espagnole Idoia Villanueva Ruiz (La Gauche) a demandé une enquête sur la mort de trois travailleurs humanitaires de MSF.
« L'armée attaque les femmes, les enfants, les travailleurs humanitaires », s'est indignée Beata Kempa (CRE, polonaise). Elle a déploré que le cessez-le-feu unilatéral n’ait mené à aucun résultat. Et d'ajouter : « Les attaques se poursuivent contre un seul groupe ethnique. L’aide humanitaire est devenue un outil de pression contre la minorité chrétienne. Nous devons agir pour que la situation se stabilise ». (Aminata Niang)